L’éthique animale au regard des religions monothéistes – Troisième partie: L’ Islam

  • Par Frédérique Moutsi, Master en sciences des religions et de la laïcité // pour ACTION INVISIBLE

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Cet article est consacré à l’Islam et clôturera le triptyque des animaux au regard des religions monothéistes. Il découle naturellement que le dernier soit sur l’Islam étant donné que nous avions procédé de manière chronologique, à savoir dans l’ordre de leur apparition dans l’Histoire.

Actuellement, l’image de l’Islam est souvent dévoyée par certains préjugés primaires liés à la peur et au rejet de la différence que les médias utilisent et renforcent à des fins diverses. En effet, comment se faire une idée authentique de la culture de l’autre sans entrer en contact avec cette altérité que l’on condamne avant même de découvrir ?

Le rapport que l’Islam entretient avec les animaux n’est pas épargné et est souvent réduit à l’abattage halal, une des cibles préférées de nombreux défenseurs des animaux : “sans étourdissement, l’abattage est un enfer pour l’animal. Les musulmans n’ont pas d’empathie pour les animaux. Leurs principes religieux passent avant le bien-être animal!”. On peut, en outre, trouver sur des pages ou des sites islamophobes des vidéos montrant des “musulmans” maltraiter des animaux. Le maltraitant est alors essentialisé à sa seule islamité, englobant dès lors tous les musulmans. Il nous semble pourtant que le problème de maltraitance et de sadisme à l’égard des animaux est davantage lié à l’homme qu’à une religion. En effet, cette barbarie est malheureusement présente dans toutes les cultures, et ce, qu’il y ait une confession derrière ou non.

Arrivée_de_Mahomet_à_La_Mecque-Ishâq_al-Nishâpûrî-1581.jpgAlors est-ce que l’Islam dans son rapport aux animaux correspond à l’image que les médias dépeignent ou bien est-il à l’opposé des croyances populaires islamophobes ? Que nous disent le Coran et la Sunna des animaux et quelle est la conduite orthodoxe que l’homme doit à avoir envers les autres espèces ? L’Islam est-il plus proche du christianisme qui s’est éloigné de la compassion animale ou se rapproche-t-il du judaïsme et de son concept tsaâr baâlei ‘haïm1? Quelle responsabilité l’homme at-t-il à l’égard des animaux ? Que nous dit la jurisprudence islamique (fiqh) sur la cruauté envers les animaux ? Quels sont les problèmes liés à l’étourdissement ?

Pour répondre aux questions citées ci-dessus, nous nous sommes basés sur le Coran et les ahadîth que nous avons puisés dans les ouvrages de deux auteurs musulmans : Al-Hafiz Basheer Masri, Les animaux en Islam. Mohammed Hocine Benkheira, L’animal en Islam. Ils ont tous deux une approche différente.

Le premier, Al-Hafiz Basheer Ahmad Masri (1914-1992), est né en Inde. Il détient une licence d’arabe, a été co-rédacteur en chef du magasine islamique de renom The Islamic Review et deviendra le premier musulman sunnite à être nommé Imam de la mosquée Shah Jehan de Woking en Angleterre. L’Imam, ami des animaux, a traité de nombreuses questions sur les enseignements islamiques en rapport au droit des animaux, et ce, de manière exhaustive. Il a une approche théologique sunnite. Ses principales sources sont le Coran et la Sunna. L’auteur ne mentionne pas le degré de validité des ahaîith auxquels il fait mention. Toutefois, le statut de l’auteur en tant qu’Imam et son parcours jumelé à la préface du livre écrite par Malek Chebel, anthropologue des religions renommé , nous autorise à conférer aux ahadîth une certaine validité : de hasan à sahîh. Pour rappel, la Sunna (tradition) est le corpus de l’Islam sunnite qui englobe les paroles du prophètes et de ses Compagnons. Ses paroles sont appelées ahadîth au pluriel et hadîth au singulier. La Sunna a servi a institué les dogmes et les pratiques des musulmans. Les ahadîth sont catégorisés en fonction de la valeur de chaque narrateur de la chaîne de transmission (isnad) : Ils sont soit recevables : authentiques (sahîh) ou bons (hasan) ; soit irrecevables : faibles (Dha’îf) ou inventés (Mawdû’).

Le second auteur, Mohamed Hocine Benkheira a travaillé sur le livre L’animal en Islam, en collaboration avec Catherine Mayeur-Jaouen et Jacqueline Sublet. Professeur à la Sorbonne à la faculté des sciences religieuses, il a une approche plus scientifique en tant qu’islamologue. Tout comme Al-Hafiz B.A. Masri, il se base sur le Coran et la Sunna mais se réfère, en plus, à la tradition littéraire islamique.

Ainsi, grâce à ces deux approches différentes nous pourront tenter de dégager les éléments communs et ainsi trouver la ligne éthique directrice normative à l’égard des animaux.

Pour répondre à la question de l’étourdissement, nous nous sommes également basés sur des journaux en ligne (Le Monde, SaphirNews, Al-Kanz, LCP, La meuse, L214), des diffusions de conférence, d’interviews et d’un rapport de l’Assemblée Nationale de 2016.

Précisions, pour ceux qui l’ignorent, que le Coran est divisé en sourates, l’équivalent des chapitres dans la Bible. Chaque sourate est subdivisée en versets. La plupart du temps, nous mettrons les références coraniques entre parenthèses. Le premier chiffre correspondant à la sourate, le second au verset. En ce qui concerne les ahadîth, nous vous renvoyons en note en bas de page d’abord à celui à qui a rapporté la parole, ensuite à celui qui l’a recueillie et rassemblée dans un ouvrage.

Enfin, dans cet article, nous parlerons du comportement général que les musulmans sont censés avoir à l’égard des animaux. Nous excluons donc le rapport des hommes et des chiens et des hommes et des cochons qui est assez complexe ! De plus, nous ne l’avons pas abordé dans les articles précédents. De ce fait pour être juste, il faudra élaborer un panneau synoptique des trois religions monothéistes sur ce point spécifique, ce que nous ferons ultérieurement.

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De la souveraineté de l’homme

L’Islam, à l’instar des deux autres religions monothéistes, place l’homme au sommet de la création. Comme nous l’avons vu dans les articles précédents, le judaïsme voit cette souveraineté de l’homme comme une responsabilité de celui-ci vis-à-vis de la création : L’homme est le garant et le protecteur de la nature. Le christianisme, quant à lui, a rompu avec le judaïsme et a progressivement réifier l’animal. Enfin, l’Islam qui s’inscrit dans la continuité des deux religions monothéistes antérieures, rejoint la vision judaïque de l’homme à l’égard de la création : « c’est Lui [Dieu] Qui vous a fait vicaires sur la terre » (Coran 35-39).

La notion de vicaire renferme le concept de vice-régence. Cette dernière est comprise dans un cadre d’application et de limites aussi bien psychiques que physiques.

Ainsi, la souveraineté de l’homme, dans le sens islamique, se rapproche d’une autrorité patriarcale, « une disposition en vertu de laquelle le père de famille gouverne la famille avec discipline et amour paternel2 ». À ce sujet, le prophète Muhammad a dit : « Toutes les créatures sont comme une famille [ayal] de Dieu : et Il aime d’autant plus celles qui sont le plus bienfaisantes envers Sa famille ». De ce fait, pour plaire à Dieu, l’homme doit agir avec la création en bon père de famille.

Toutefois, il faut savoir que cette position privilégiée de l’homme n’est pas inconditionnelle. En effet, cette souveraineté se mérite et dépend du développement des vertus requises pour pouvoir prétendre à ce poste.

D’abord, dans le Coran, nous retrouvons le concept de Taqwa. Il s’agit de la puissance spirituelle contenue dans l’homme qui lui confère une plus juste ordonnance entre ce qui est de l’ordre du conscient et de l’inconscient, lui permettant ainsi de faire meilleur usage de son libre arbitre. C’est grâce à cette puissance spirituelle que l’homme peut faire germer les vertus telles que la compassion, l’amour, la miséricorde, la justice et la charité.

Ensuite, ces vertus, l’homme doit les développer et les nourrir afin d’avoir la conduite juste. Par contre, si sa conduite reflète le mal alors il est relégué au rang de bête : « Une bête féroce et sauvage est meilleure qu’un souverain méchant et tyrannique3 ». Dans une perspective plus large, ce hadith peut s’appliquer au cas qui nous concerne, à savoir qu’un humain en tant que souverain face à la création en général et aux animaux en particluier n’est digne d’exercer sa fonction qu’à la condition d’être profondément bon et juste.

La dernière condition qui rend légitime cette place de l’homme vis-à-vis de la création est l’usage de la raison. Dans le Coran (8 : 22), il est écrit : « Véritablement, les plus viles créatures, aux yeux d’Allah, sont celles qui sont sourdes et muettes et qui ne font pas usage de leur rationalité ». Aussi, raisonner fait partie de cette spécificité humaine qui légitime la vice-gérance de l’homme sur le monde. Toutefois, la raison seule ne suffit pas. Il faut un juste équilibre entre les vertus et la raison pour avoir la conduite adéquate à l’égard des autres espèces.

Le verset suivant (7 : 179) condamne l’ignorance et le masque de celle-ci : « (…) ils ont un coeur avec lequel ils ne parviennent point à comprendre, et des yeux avec lesquels ils ne parviennent point à voir, et des oreilles avec lesquelles ils ne parviennent point à entendre. Ils sont comme le bétail, et même moins conscients de ce qui est juste. De tels [humains] sont loins du droit chemin ». Aussi se cacher derrière l’ignorance pour justifier une action ou une conduite injuste n’est pas islamique.

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Les animaux dans la tradition islamique

Le Coran cite plus d’une centaine d’animaux et les sourates 2, 6, 27, 29, 71, portent le nom d’un animal. Des versets, des ahadiths et de nombreux poèmes issus de la tradition orale leur sont également consacrés.

Ils ont donc une grande importance dans la tradition islamique et ont plusieurs rôles :

Les animaux permettent d’instituer des rites. C’est ainsi qu’ : « Allah fit surgir un corbeau qui gratta la terre afin de lui faire voir comment enterrer la dépouille de son frère. “ Malheur à moi ! s’écria (le meurtrier)”. “Je ne suis (même) pas capable d’être comme ce corbeau et d’ensevelir la dépouille de mon frère !” et il fut parmi ceux que hante le remords ». (Coran 5 : 34).

Ils sont également aptes à pratiquer les rites de la vénération : « du coq, ne dit-on pas couramment qu’il appelle à la prière ? À propos des pigeons, oiseaux sacrés souvent perçus comme les âmes des défunts, on dit au Maroc qu’ils font la circumambulation (le tawaf) autour des lieux saints…4 »

Ils servent d’exemple à la conduite humaine. C’est pour cela que Ali conseilla : « Soyez comme une abeille ; tout ce qu’elle mange est propre, tout ce qu’elle abandonne est agréable et toute branche sur laquelle elle s’assoit ne rompt pas5 ».

Le Coran reconnaît qu’il y a une organisation sociale chez les animaux et que nous avons cela en commun. « Abu Huraira a décrit le prophète racontant un incident arrivé à un autre prophète dans le passé. Ce prophète a été piqué par une fourmi et, dans la colère, il a ordonné que l’ensemble des nids de fourmis soient brûlés. Pour cela, Dieu a réprimandé ce prophète en ces termes : “parce qu’une fourmi t’as piqué, tu as brûlé toute une communauté qui me glorifiait”6 ». On notera ici le terme “communauté”. Il ne s’agit pas d’une analogie mais bien d’une réelle conception du monde animal en tant que chaque espèce est une communauté à part entière.

Le verset suivant confirme ce qui vient d’être explicité et peut faire penser que les animaux auraient une place au Paradis : « Nulle bête marchant sur terre, nul oiseau volant de ses ailes, qui ne soit comme vous en communauté. Nous n’avons rien omis d’écrire dans le Livre. Puis, c’est vers leur Seigneur qu’ils seront ramenés. » (Coran 6 : 38).

Dieu a donné aux animaux le nafs qui nous rappelle le néfèsh judaïque. Il s’agit de l’âme. Une différence existe toutefois entre ces deux religions : dans le judaïsme, Dieu a donné le néfèsh aux hommes et aux animaux mais seul l’homme a bénéficié du ruah, l’Esprit insufflé par Dieu à l’homme. Dans l’Islam, nafs et rûh (similaire au ruah) sont utilisés indistinctement : l’homme et l’animal en sont les dépositaires. Pourtant, une distinction existe bel et bien entre l’homme et l’animal. Elle réside dans le fait que le rûh se divise en deux niveaux et que seul l’homme est pourvu du second. Celui-ci peut se définir comme les caractéristiques de la conscience morale et spirituelle de l’homme. Le premier niveau n’en est pas moins capital car il est le « confluent du “coeur” et du corps, le siège du bien comme du mal. Il est donc celui qui permet l’équilibre et celui sur lequel repose le second degré7 ».

Les animaux sont capables de sacré, ils louent et prient Dieu. Dans un verset, Dieu éclaire les hommes face à leur propre ignorance à ce sujet : « Les sept cieux et la terre et toutes les créatures qu’ils renferment déclarent Sa gloire. Il n’est pas une créature qui ne célèbre son adoration ; et pourtant vous humains ! vous ne comprenez pas comment ils déclarent Sa gloire (…) » (Coran 17 : 49). Les animaux “déclarent” la gloire de Dieu. Le verbe déclarer contient une notion de volonté de dire.

De plus, le verset 41 de la sourate 24 nous informe que chaque animal a sa propre façon de prier Dieu et l’a apprise : « N’as tu pas vu [ô Muhammad] qu’Allah est glorifié par tous ceux qui sont dans les cieux et la terre ; ainsi que par les oiseaux déployant leurs ailes ? Chacun, certes, a appris sa çalât (façon de l’adorer/prière) et de Le glorifier. Allah sait parfaitement ce qu’ils font ». Le verbe utilisé dans cette sourate à propos de la prière est “apprendre”. L’apprentissage est lié à la transmission. On retrouve de nouveau une notion de volonté dans l’acte de transmettre. Par ailleurs, dans le cas de la prière, il s’agit d’un apprentissage abstrait en rapport à une croyance, une idée. Les animaux dans l’Islam sont-ils perçus comme capables d’abstraction ? Quoi qu’il en soit, il semble évident que l’acte de prier n’a de sens qu’avec la conscience de ce vers quoi l’acte tend. Les animaux auraient donc une conscience d’être à Dieu et seraient capables de saisir l’insaisissable.

Plus que les hommes – qui ont besoin de signes et de preuves pour croire – certains animaux ont la capacité de percevoir un homme saint et parfois même de le révéler : « Ce cheikh [al-Shubarbuli, début du 13e siècle] avait une chatte noire qui dormait sur ses genoux et que personne ne pouvait prendre ou caresser. Il me raconta une fois que cette chatte pouvait reconnaître les saints d’Allah (awliya Allah) (…) Le jour où notre cheikh Abu Ghafar al-Uryani vint le voir pour la première fois, la chatte était tout d’abord dans une autre pièce. Avant qu’il ne fût assis, la chatte entra et regarda : elle fit alors un saut, jeta ses pattes autour de son cou et frotta sa tête contre sa barbe8 ». Les animaux seraient donc dotés d’un sens spirituel qui leur permettrait de distinguer le bon grain de l’ivraie.

Bien plus surprenant encore, le Coran rappelle que les animaux possèdent un langage. En effet, il est rapporté qu’il fut un temps où certains hommes avaient la possibilité de comprendre leur langage. Voici plusieurs versets de la sourate 27 où l’on apprend que Soulaymân (Salomon) connaissait leur langage : « Et Soulaymân hérita de Dâwoûd et dit : “ Ô hommes ! On nous a appris le langage des oiseaux (…) » , « Quand ils arrivèrent à la Vallée des Fourmis, une fourmi dit : “Ô fourmis, entrez dans vos demeures, [de peur] que Soulaymân et ses armées ne vous écrasent [sous leurs pieds] par inadvertance” », « Il [Soulaymân] sourit, amusé par ses propos (…) ». (Coran 27 : 16, 18, 19).

Kisa’i, un auteur musulman du 11e siècle, nous décrit les 4 porteurs du trône divin. Ces 4 porteurs, qui seront 8 le jours du jugement dernier (69 : 17), sont des anges. Le premier à image d’humain intercède pour les humains. Le second à image de taureau intercède pour le bétail. Le troisième à image de lion intercède pour les bêtes féroces. Le quatrième à image de vautour intercède pour les oiseaux. Ce que nous pouvons dégager de cette représentation est d’une part, la proximité qui existe entre les anges et les animaux. D’autre part, bien qu’il y ait une hiérarchie entre les hommes et les animaux, de manière égale, ils soutiennent le trône divin, louent Dieu et sont soumis à sa toute-puissance divine. Enfin, on constate que les animaux ont également droit à un intercesseur. Ceci pourrait signifier que les animaux ont aussi reçu le libre arbitre grâce au rûh, sinon à quoi bon intercéder en faveur d’une créature dépourvue de choix même si leur capacité à évaluer le caractère moral de leurs actions est moins développée que chez les hommes.

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Traitement des animaux

La manière dont l’homme se conduit avec les autres espèces reflète son intériorité : « Quiconque est bon envers les créatures de Dieu, est bon envers lui-même9 »10.

Les 4 premiers ahadîth nous rapportent des paroles du Prophète Muhammad sur la manière dont il faut traiter les animaux, ils ne sont pas commentés car ils parlent d’eux-mêmes :

Un jour le prophète Muhammad a réprimandé sa femme Aïcha pour avoir traité un chameau de façon quelque peu désinvolte : « J’étais sur le dos d’un chameau rétif et le manoeuvrais de façon plutôt brutale. Le Prophète m’a dit : “il t’appartient de traiter les animaux avec douceur”11 »

« Le Prophète a été vu en train d’essuyer la face de son cheval avec sa robe (jullabiyah). Lorsqu’on lui a demandé pourquoi il faisait cela, il a répondu : “Hier soir, j’ai eu une réprimande d’Allah au sujet de mon cheval pour l’avoir négligé”12 ».

« Le Prophète a vu une fois un homme assis sur le dos de son chameau sur une place du marché, qui s’adressait aux gens. Il lui a dit : “N’utilisez pas le dos de vos bêtes comme des chaires, car Dieu a décidé qu’elles vous soient soumises afin qu’elles puissent vous emmener dans des endroits que vous ne pourriez atteindre autrement”13 »

« Le Prophète a une fois croisé un chameau maigre dont le ventre avait diminué jusqu’à son dos. “Craignez Dieu” a-t-il dit au propriétaire du chameau, “en ces animaux et ne les montez que lorsqu’ils sont aptes à être montés et relâchez-les quand il convient de les laisser se reposer”14 »

Bien que l’Islam n’interdise pas la mise à mort d’un animal pour la consommation de sa chair ou la défense, il est interdit de les tuer pour leur peau. À ce sujet il existe plusieurs ahadîth. Nous nous limiterons au hadith le plus général : « Le Saint Porphète Muhammad a interdit l’utilisation des peaux d’animaux sauvages15 ». Ainsi, l’utilisation de fourrure, de peau (pas celle des animaux que l’on mange) et autre braconnage sont totalement interdits.

Le Prophète Muhammad a aboli certaines pratiques païennes et traditionnelles occasionnant souffrance ou inconfort à l’animal : « Jabir a dit que le messager de Dieu a interdit de frapper ou de marquer au fer rouge la face des animaux16 » ; « Le Prophète a dit : “Ne coupez pas le toupet d’un cheval, car une convenance est liée à son toupet ; ni sa crinière car elle le protège ; ni sa queue, car il s’en sert pour faire partir les mouches”17 ». Mutiler, défigurer les animaux ou les marquer sur la face est également prohibé.

Tout ce qui est du domaine du loisir ou plaisir (corrida, chasse à courre, torture, combats entre animaux…) occasionnant de la souffrance animale est interdit : « Le prophète a condamné ceux qui considèrent tout ce qui vit comme un simple divertissement18 » ; « Le prophète a interdit les sports sanguinaires, tels qu’ils sont pratiqués par les bédouins19 » ; « Le Messager de Dieu a interdit d’inciter les animaux à se battre entre eux20 » ; « Ibn Umar est venu à croiser un groupe d’hommes qui avaient ligoté une poule et qui tiraient des flèches sur elle. Quand Ibn Umar a fait remarquer avec colère : “Qui a fait cela ? Vraiment ! Le Messager d’Allah a invoqué une malédiction sur celui qui fait ce genre de chose”21 » ; « Le prophète a dit : “Ne faites pas des êtres vivants des cibles”22». Ce dernier hadith pourrait laisser entendre que la chasse est interdite ce qui n’est pas le cas. La chasse est autorisée pour se nourrir mais tous les animaux ne peuvent être chassés. Parmi eux, les carnivores, l’éléphant et l’âne. Seuls la gazelle, le lapin, l’oiseau peuvent être chassés car ils sont trop rapides pour être attrapés.

En revanche, certains animaux peuvent être tués : « Il n’y a aucun inconvénient à tuer ces cinq bêtes : le corbeau, le milan, le rat, le scorpion et le chien agressif23 ». Il en est de même pour tout animal qui, par analogie (Qiyâs), serait comparable ou pire. Ceci ne signifie pas qu’il faille les éradiquer de la terre. Comme on l’a vu, chaque espèce y a sa place.

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Droits et devoirs de l’homme par rapport aux animaux

L’homme devra répondre devant Dieu de la mort des animaux qu’il tue : « Il n’est pas un homme qui tue [même] un moineau ou quoi que ce soit de plus petit, sans que celui-ci ne le mérite, sans que Dieu ne l’interroge à ce sujet24 ».

L’homme a le droit d’utiliser les animaux pour l’aider dans ses tâches mais il a aussi des devoirs : il a l’obligation de bien les traiter, de leur octroyer repos, nourriture, abreuvage et soins affectueux. Il n’y a pas moins de 17 ahadîth qui sont consacrés au respect que l’homme doit avoir pour l’animal. En voici quelques-uns que nous avons séléctionnés :

« Quand nous nous sommes arrêtés à une halte, nous n’avons pas dit nos prières jusqu’à ce que nous ayons retiré les fardeaux du dos de nos chameaux et que nous nous soyons occupés d’eux25 ». Ce hadith renforce l’importance consacrée au bien-être animal dans la tradition islamique. En effet, la prière, qui est un des 5 piliers de l’Islam, ne peut s’exécuter tant que l’animal n’a pas été soulagé de tous ces besoins vitaux. Ceci peut s’expliquer par le fait que ces animaux dépendent de l’homme et qu’il est donc de son devoir de subvenir aux besoins de ceux qui dépendent de lui avant les siens.

Le musulman doit être juste et compatissant envers les animaux qui l’aident : « Soyez bons envers les bêtes de somme, ne leur faites pas de mal, et ne les chargez pas plus que ce qu’elles sont capables de porter26 ».

Un hadith renseigne les musulmans sur le fait que les animaux ont des sentiments et qu’il ne faut pas leur causer inutilement ou injustement du tort : « Nous étions en voyage avec l’Apôtre de Dieu et il nous a laissés un moment. Durant son absence, nous avons vu un oiseau appelé hummara avec ses deux petits et nous avons pris les petits. La mère-oiseau décrivait des cercles au-dessus de nous, battant des ailes de chagrin, lorsque le Prophète est revenu et a dit : “ qui a blessé les sentiments de cet oiseau en prenant ses petits ? Rendez-les-lui”27 ». Le musulman a donc le devoir de préserver les animaux de la douleur physique mais aussi psychique.

Le Coran insiste à de nombreux endroits (80 : 24-32 ; 32 : 27 ; 79 : 31-33) sur le fait que tout ce que Dieu offre, il l’offre pour toutes les créatures et que tous y ont droit en juste proportion : « Et Il est Celui qui envoie les vents, tels d’heureuses nouvelles annonçant Sa miséricorde. Et Nous faisons descendre l’eau pure des nuages, avec laquelle Nous pouvons donner la vie, en irriguant la terre desséchée, et Nous étanchons la soif de ceux que Nous avons créés – à la fois les animaux et les êtres humains en grand nombre » (25 : 48-49). Le musulman a le devoir de ne pas s’octroyer tout l’espace de vie et laisser aux animaux leur habitat naturel en juste proportion. Le verset 10 de la sourate 55 le confirme : « Et la terre : Il [Dieu] a attribué à toutes les créatures vivantes ».

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Récompenses et châtiments pour avoir été bon ou mauvais envers un animal

La promesse de la miséricorde de Dieu à celui qui est clément envers les animaux devrait être un profond encouragement pour le croyant tout comme la promesse d’un châtiment à l’encontre du maltraitant devrait être un frein.

« Celui qui a pitié [même] d’un moineau et épargne sa vie, Allah sera miséricordieux avec lui28 ».

« Le Prophète a parlé à ses compagnons d’une femme qui serait envoyée en Enfer pour avoir enfermé un chat ; ne pas l’avoir nourri, ni même l’avoir relâché afin qu’il puisse se nourrir29 »

« Le Prophète a parlé à ses compagnons d’un serf qui a été béni par Allah pour avoir sauvé la vie d’un chien en lui donnant de l’eau à boire et en étanchant sa soif30 »

« On a demandé au Prophète si ses actes de charité, même envers les animaux étaient récompensés par Dieu. Il a répondu : “ Oui, il y a une récompense envers toute bête vivante31 »

« « Mishkat Al-Masabih» citant « Bukhari » affirme dans le même sens que : « Une bonne action envers une bête est aussi bonne qu’être bon envers un être humain ; alors qu’un acte de cruauté envers une bête est aussi mauvais qu’un acte de cruauté envers des êtres humains » et que : « La bonté envers les animaux est promise à des récompenses dans la Vie dans l’Au-delà. »32 »33.

Tous ces ahadith témoignent du fait que l’Islam place le respect à l’égard des animaux à l’égal de celui dû à un homme.

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Ethique dans la mise à mort

Comme nous l’avons déjà évoqué plus haut, la consommation de la viande n’est pas interdite et la mise à mort d’un animal non plus. Toutefois, il y a des prescriptions, un cadre dans lequel s’inscrivent une éthique et une hygiène de vie.

D’abord pour que la viande soit licite (halal), il faut qu’elle provienne d’un animal licite et qu’elle soit abattue rituellement. Le rituel permet de lever l’interdit du meurtre lors de l’abattage. Selon Benkheira, le rituel empêche la transformation de la victime en cadavre, en charogne (mujaththema). Ainsi, lorsque la victime est mise à mort selon le protocole, la mort est mise au service de la perpétuation de la vie et ne porte pas en elle la marque de la mort. « La fonction du rituel est avant tout d’assurer la transformation de l’animal en victime licite non en cadavre, en force au service de la vie et non en force au service de la mort34 ». Dans le fond, il s’agit de civiliser le meurtre à l’aide du rituel car ce dernier est un interdit majeur dans l’Islam. Toutefois, comme il faut tuer un animal pour se nourrir de sa chair, « alors il faut ritualiser cette mise à mort, afin de procurer à tous – tueurs et mangeurs – l’innocence et la paix de l’âme. (…) Si l’abattage rituel des animaux, selon la loi islamique, est rangé dans la rubrique des sacrifices, c’est parce qu’il s’agit par cette catégorisation de “désigner d’abord une certaine barbarie, un fond obscur et inextirpable”. Les musulmans considèrent que ce n’est pas à eux d’assumer la lourde tâche de rendre justice aux animaux qu’ils égorgent, mais à Dieu. »35

Le problème éthique de la mise à mort soulève et a soulevé débats, discussions, polémiques entre les théologiens musulmans, et ce, depuis le Moyen-Âge. Les dualistes pensaient qu’il était impossible que Dieu ait rendu l’égorgement licite : « Egorger les animaux, c’est leur faire du mal, or faire du mal est laid. Par conséquent, il est impossible que l’égorgement soit licite et permis par un décret de Dieu ». Les mutazilites adoptèrent un point de vue différent qui repose sur l’idée de justice comme compensation : « puisqu’on leur a fait du mal et infligé des souffrances, alors Dieu ne peut que réparer cette injustice. »36. Cette dernière conception est la plus répandue dans le monde musulman.

Par ailleurs, il existe des interdits concernant la viande qui, outre la raison hygiénique de manger un animal vidé de son sang, pourraient également être liés à la volonté de respecter l’animal : « Tout ce qui a été coupé d’un animal, alors qu’il est encore en vie, est charogne et il est illicite (harâm) de le manger37 » ; « N’utilisez pas précipitamment une “créature” avant qu’elle ne soit raide morte38 » ; « Laissez le temps à la “créature” abattue de devenir froide39 ».

Les ahadith subséquents nous présentent ce qu’il y a lieu de faire lorsque l’abatteur doit tuer l’animal. Nous allons voir à quel moint les méthodes d’abattage contemporaines sont loin de respecter les préceptes islamiques.

« Il est rapporté que le Messager de Dieu a dit : “ Allah Qui est Béni et le Très-Haut, a prescrit la bienveillance envers tout [et a ordonné que tout soit bien fait] ; ainsi, quand vous devez tuer un être vivant, faites-le de la meilleure façon et, lorsque vous abattez un animal, vous devriez [utiliser la meilleure méthode et] aiguiser votre couteau afin de causer à l’animal le moins de douleur possbile40 ».

« On a entendu le Messager d’Allah interdire de faire attendre un quadrupède ou tout autre animal avant son abattage41 ».

« Le Prophète a interdit d’abattre quelque créature vivante que ce soit lorsqu’elle est attachée et ligotée42 ».

« La Saint Prophète a dit à un homme qui était en train d’aiguiser son couteau en présence de l’animal : “As-tu l’intention d’infliger la mort à l’animal deux fois – une fois en aiguisant le couteau à la vue de l’animal, et une fois en lui tranchant la gorge43 ? ». Le sens principal de ce hadith est que l’animal ne doit avoir conscience qu’il va mourir. Aussi, dans les abattoirs de masse, il est évident que l’animal à l’occasion de sentir sa mort arriver de longues minutes avant d’être réellement abattu.

« N’abattez pas des moutons en présence d’autres moutons, ou quelque animal que ce soit en présence d’autres animaux44 ».

« (…) Omar a vu une fois un homme refusant qu’un mouton, qui allait être abattu, boive une quantité d’eau suffisante. Il a donné à l’homme une correction avec son fouet et lui a dit : “Va, donne-lui correctement à boire au moment où il va mourir, canaille !”45 ». Les besoins des animaux “industriels” ne sont pas pris en compte , et ce, du lieu de la naissance à la mort.

« On rapporte que Hazrat Omar a vu une fois un homme aiguiser son couteau en vue d’abattre un mouton, alors qu’il maintenait le mouton à terre avec son pied posé sur son museau. Il s’est mis à fouetter l’homme jusqu’à ce qu’il se sauve à toutes jmabes. Le mouton, pendant ce temps, avait détalé46». Les mauvais traitements liés aux conditions dans les abattoirs sont monnaie courante.

En ce qui concerne le dhabh (l’égorgement), celui qui le pratique doit être en possession de facultés mentales saines et peut être homme ou femme (musulman, chrétien ou juif s’ils n’invoquent que le nom de Dieu) généralement d’un âge supérieur à 18 ans. Il doit tuer l’animal avec un couteau des plus tranchant afin que la mise à mort se passe le plus rapidement possible et avec le moins de souffrance possible.

Lors de la mise à mort, l’abatteur doit faire une invocation qui de façon abrégée s’appelle takbir (la glorification de la grandeur de Allah). Cette invocation est composée de deux expressions : Bi-smi-llah (au nom de Dieu qui s’appelle la tasmiyya) suivie de Allahu Akbar (Dieu est le plus grand qui s’appelle takbir). Cette dernière renvoie le musulman au fait qu’il ne pourrait tuer cet animal et consommer sa chair sans l’accord de Dieu et qu’il faut s’en rappeler : «  Afin qu’ils puissent se rendre compte de l’atrocité de prendre la vie, et de la nature solennelle de la charge qu’Allah leur a imposé en leur permettant de manger de la nourriture d’origine animale47 ».

En outre, l’abatteur peut également faire d’autres invocations plus précises (dou’as) dont le but serait d’apaiser l’animal le plus possible48.

En revanche, le rythme incroyable de l’abattage industriel même halal ne laisse pas le temps aux abatteurs de suivres les règles de base de l’abattage halal. En effet, le halal s’inscrit dans un cadre bien plus large que le simple égorgement. Il s’agit d’un concept hautement éthique que le takbir vient à rappeler : la mise à mort est un acte inique et il faut s’en rappeler. C’est pourquoi, il faut accompagné l’animal dans la mort avec bienveillance et respect.

Certains musulmans, conscients du caractère anti-islamique de l’abattage industriel, tentent déjà de contrer les lobbies industriels d’abattage avec comme projet d’offrir aux animaux les conditions islamiques nécessaires à leur bien-être et leur apaisement avant la mort. C’est le cas de Green Halal en Belgique et de Biolal en France. Malheureusement, cette initiative est encore rare et les abattoirs industriels pullulent.

En ce qui concerne les animaux de la mer, il n’y a pas de règles précises concernant leur mise à mort. Néanmoins, en toute logique, il va de soi que les prescriptions relatives au bien-être et au respect des êtres vivants sont aussi d’application pour les animaux marins.

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Règles juridiques islamiques

L’Islam est apparu au 7e siècle de notre ère et bien entendu la société de l’époque ne posait pas les mêmes problèmes qu’actuellement, notamment en ce qui concerne l’abattage de masse, les expériences sur les animaux… Par contre, le problème de cruauté et de souffrance animale a toujours existé. Les juristes musulmans peuvent réfléchir aux problèmes actuels à partir des textes antérieurs en faisant l’ijtihâd, c’est-à-dire l’interprétation et la réactualisation de versets et ahadîth. L’ijtihâd se pratique par analogie et inférence. C’est ainsi que se déroule la jurisprudence islamique, le fiqh.

La question que l’Islam se pose aujourd’hui est de savoir ce qui légitime la cruauté (comprise ici comme un mal à l’encontre des animaux sans volonté de faire souffrir) envers les animaux. La réponse se trouve dans les besoins et intérêts des humains tout en y insufflant l’esprit de l’Islam.

Ces besoins se divisent par ordre d’importance en 3 degrés :

1° « Les nécessités (al-Masâlih ad-darûrîyah) [sont] les besoins essentiels ou intérêts sans lesquels la vie ne pourrait être maintenue.

2° Les conditions (al-Masâlih-al-hâjîyah) [sont] les besoins ou intérêts qui sont nécessaires pour se préserver de la douleur ou de tout type de souffrance, ou pour améliorer la qualité de vie.

3° Le luxe et les plaisirs (al-Masâlih at tahsîniyah) [sont les] besoins ou intérêts qui sont souhaitables pour l’exubérance, le plaisir, ou même pour la complaisance envers soi-même49. »

Seuls le 1e et le 2e degré peuvent rendre admissible la “cruauté” envers les animaux.

Par ailleurs, il existe en plus des conditions restrictives et prohibitives qui encadrent et délimitent encore le champ d’application :

  1. « Ce qui attire vers l’interdit, est lui-même interdit ». L’élevage et l’abattage industriels entraînent une conduite contraire aux préceptes islamiques de bienveillance envers les animaux. Les expériences sur les animaux qui ne sont pas absolument nécessaires devraient être proscrites.

  1. « Si deux maux s’opposent, choisissez le moindre mal pour éviter le plus grand mal. » Nous pouvons donc en déduire que les expériences sur les animaux doivent être une exception et considérées comme un moindre mal et non comme un droit. Dans le cadre de l’élevage intensif et de l’abattage, l’étourdissement serait-il un moindre mal ?

  1. « La prévention des dommages a priorité sur la réalisation des intérêts ou la satisfaction des besoins ». Il faut donc évaluer les avantages et les inconvénients sous tous leurs aspects pour prendre la décision la plus judicieuse. Jamais les intérêts ne doivent directement prévaloir sur les dommages occasionnés.

  1. « Aucun dommage ne peut être réparé ».

  1. « Aucun dommage ne peut être réparé par un dommage semblable ou plus important ». Il est donc interdit d’essayer de trouver des remèdes pour des maux que nous créons nous-mêmes en faisant des expérimentations sur des animaux.

  1. « Ayez recours à d’autres solutions, lorsque l’originale devient indésirable ». Lorsqu’il y a des solutions alternatives comme les cultures de tissus ou autres, il n’est plus permis d’utiliser des animaux pour les expériences.

  1. « Ce qui a été permis pour une raison, devient interdit en l’absence de cette raison ». L’élevage industriel avait pour but de pourvoir quotidiennement les citoyens en viande. Or, aujourd’hui, tout le monde sait que la consommation excessive de viande est la cause de certains problèmes de santé (cholestérol, problème de coeur…). De plus, cette production massive entraîne des dommages collatéraux : déforestation, destruction de l’habitat des animaux, famine et chômage de masse.

  1. « Toutes les fausses excuses entraînant des dommages doivent être rejetées»50. À ce dernier point peut se greffer ce qui a été dit au point précédent.

D’après le hadîth stipulant que le mususlman doit tuer l’animal de la meilleure manière possible et le point 2 des règles juridiques (face à deux maux, il faut choisir le moindre mal), l’étourdissment pourrait être envisagé. Alors pourquoi les musulmans s’opposent-ils à l’étourdissement avant l’abattage ? Cet avis est-il spécifiquement musulman ?

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Polémique sur l’étourdissement

La première raison de cette opposition repose sur la traduction d’un participe passif de la sourate 5 du verset 3. En effet, selon une traduction, le Coran interdirait l’étourdissement ce qui clôturerait le débat. Voici la traduction de Cheikh Boureïma Abdou Saouda51 qui va dans ce sens : « Vous sont interdits (pour la consommation) : Al-Maïtah (la bête trouvée morte – non égorgée – ), la sang, la chair de porc, ce sur quoi on a invoqué un autre nom que celui d’Allah (ce qui a été tué pour autre chose qu’Allah ou pour les idoles), la bête étouffée, la bête assommée [wâlmawqouđatou] ou morte d’une chute ou morte d’un coup de corne, et celle qu’une bête féroce a dévorée – sauf celle que vous égorgez avant qu’elle ne soit morte –. (…) ». La participe passif wâlmawqouđatou est donc traduit par “celle qui a été assommée”. Dès lors, on peut comprendre pourquoi l’étourdissement est proscrit et refusé par les musulmans.

En revanche, si l’on se base sur une autre traduction, l’interdiction n’est plus aussi évidente. Pour preuve, nous présentons la traduction de Maulana Muhammad Ali52 : « Il vous est défendu ce qui meurt de mort naturelle, et le sang, et la chair de porc, et ce sur quoi tout autre nom que celui d’Allah a été invoqué, et (l’animal) étranglé, et celui qui a été battu à mort [wâlmawqouđatou], et celui qui s’est tué dans une chute, et celui qui a été tué d’un coup de corne, et celui que les bêtes sauvages ont mangé – sauf ceux que vous abattez ; (…) ». La différence est frappante. En effet, le premier cas interdit le fait d’assommer un animal alors que le deuxième intègre une nuance fondamentale à savoir que le coup entraîne la mort de l’animal. Cette traduction se rapproche davantage de l’idée maîtresse de ce verset de ne point pouvoir manger un animal mort alors que son sang n’a pas coulé hors de son corps.

Dans ce cas, ce qui est interdit, c’est de manger un cadavre (mujaththema), à savoir une bête que l’on n’a pas égorgée préalablement et non pas un animal qui a été étourdi et que l’on égorgerait ensuite encore vivant.

Enfin, ce hadîth va dans ce sens : « Tant [qu’un instrument] a fait jaillir le sang et que le Nom d’Allah a été mentionné, alors mange, sauf [ce qui a été égorgé avec] une dent et un ongle53 ».

La deuxième raison de cette opposition est que l’étourdissement ne permettrrait pas au sang de s’écouler aussi bien du corps de l’animal, ce qui le rendrait impropre à la consommation. En effet, outre le bien-être animal, ce qui est aussi primoridial dans l’Islam lors de l’abattage est que le sang s’écoule et se vide le plus possible du coprs de l’animal. Cette méthode est commune aux juifs, aux chrétiens et aux musulmans. De nos jours, les sociétés “judéo-chrétiennes” pratiquent toujours ce mode d’abattage sauf que l’étourdissement préalable est obligatoire. À l’origine, ce mode d’abattage se pratique pour des raisons spirituelles et hygiéniques : il s’agit de séparer le pur de l’impur et de vider le sang de l’animal qui contient de nombreuses toxines.

La question à se poser est la suivante : est-ce que l’animal étourdi éjecte autant de sang que l’animal non étourdi ?

Selon Al-Hafiz B. A. Masri, l’abattage sans étourdissement est un moindre mal à l’enfer de l’abattage industriel. L’auteur nous dit ceci : « [les musulmans] ont été amenés à croire que l’étourdissement a un effet paralysant sur les muscles du cœur et qu’il rompt le système nerveux central en endommageant le polygone de Willis. Cette perturbation affecte les battements de cœur qui, à leur tour, affectent le pompage du sang. Cette action convulsive des muscles après égorgement accélère l’extraction du sang des tissus qui composent la viande vers le flot de sang. Les convulsions sont possibles seulement si le cerveau est vivant, si le système nerveux est fonctionnel et si le cœur bat. On croit à tort que toutes ces fonctions sont interrompues par l’étourdissement de l’animal, qui provoque l’arrêt cardiaque, ayant pour résultat la formation de caillots de sang dans l’organisme en raison de la coagulation. Les scientifiques, cependant, déclarent que le cœur continue de battre et de pomper après l’étourdissement pendant un temps assez long. Les expériences montrent que l’intervalle normal entre l’étourdissement et l’arrêt des battements de cœur est d’environ cinq minutes, ce qui est une période suffisamment longue pour qu’un abatteur puisse trancher la gorge et laisser le sang s’écouler (…) Certain professionnels prétendent même que les moyens d’étourdissement libèrent le cerveau de l’animal du stress, ce qui permet au cœur de fonctionner, physiologiquement, à un rythme normal et de pomper d’avantage de sang hors du corps que dans d’autres conditions54 ».

Kalila-wa-Dimna_1.jpgAl-Hafiz B. A. Masri fait un plaidoyer pour l’étourdissement et cite la “recommandation” d’une organisation musulmane Muslim World League de 1986 : « L’étourdissement avant l’abattage par choc électrique, s’il est prouvé qu’il atténue la souffrance animale, est licite, à condition qu’il soit réalisé avec le plus faible courant électrique qui rend immédiatement l’animal inconscient, et qu’ il n’entraîne la mort de l’animal, ni ne rende sa viande nocive pour le consommateur ». Cette organisation était composée de 55 théologiens, scientifiques et dirigeants musulmans du monde et est membre de l’UNESCO, UNICEF et des Nations Unies.

Il est intéressant de savoir que la Nouvelle-Zélande, premier pays exportateur de viande de mouton halal au monde, abat rituellement les animaux préalablement étourdis.

En 2011, le théologien Mohammad Hawari « met[tait] en avant une étude théologique et scientifique effectuée par une commission présidée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et la Ligue islamique mondiale en 1984 et la décision du Conseil de la jurisprudence (Fiqh) de Djeddah en 1997, dans lesquelles l’égorgement sans étourdissement est présenté comme la meilleure des solutions… mais où est aussi expliquée la manière dont l’assommage de l’animal peut se faire. L’utilisation du dioxyde de carbone y est toutefois formellement prohibée et le pistolet est fortement déconseillé. Seul l’étourdissement électrique peut être envisagé pour le bétail55 » uniquement, s’il assure le bien-être animal.

Pourtant aujourd’hui, l’Union des savants de la recherche islamique en Égypte a « refusé d’accéder à la demande d’associations internationales de protection animale qui souhaitaient que le Conseil accepte l’utilisation de l’électronarcose » car cette dernière entraine trop souvent la mort de l’animal. C’est également le cas en Algérie où la pratique de l’électronarcose est désormais interdite. Les oulémas en Arabie Saoudite ont également partiellement statué sur la question de l’électronarcose. En effet, selon le comité permanent de la recherche scientifique et de la consultation, « il est interdit de frapper l’animal sur la tête à l’aide d’un marteau ou d’un pistolet, de pratiquer l’électronarcose ou de lui faire inhaler du CO2 ». 

Mohammad Hawari pense que l’interdiction absolue d’abattre sans étourdissement est « une attaque au droit des musulmans de pouvoir abattre les animaux selon leur rite »56. Et Nassredine Moussaoui, ancien président de la mosquée de Bressoux et membre de l’Union des mosquées de la province de Liège, de relever : «  La décision des responsables politiques d’interdire l’abattage sans étourdissement dans les abattoirs temporaires donne l’impression, encore une fois, que les citoyens musulmans belges ne sont pas pris en considération. Il est compréhensible que les associations soucieuses du bien-être animal, pensent que l’étourdissement est la solution la moins douloureuse pour l’animal destiné à l’abattage. Mais il n’y a pas eu de débat contradictoire57. » Dans ce cas, la raison à l’opposition à l’étourdissement est aussi une opposition de principe.

Cependant, les représentants musulmans ne sont pas totalement hermétiques aux solutions palliatives avant l’égorgement. Anouar Kbibech, président du Conseil français du culte musulman (CFCM), propose un étourdissement réversible et post-jugulatoire c’est-à-dire qui n’entraîne pas d’office la mort de l’animal58. Et Olivier Falorni de dire : « Le rite casher n’accepte pas d’étourdir un animal » avant son abattage par contre « Chez les musulmans, on sent qu’il y a un peu plus débat (…) Mais aujourd’hui, la confession musulmane en France, en tout cas ses institutions, sont très réticentes à l’idée de l’étourdissement préalable. »

Finalement, la vraie question ne serait-elle pas de savoir si l’étourdissement est vraiment la panacée contre l’horreur de l’abattage industriel ?

La plupart des associations animalistes prônent l’étourdissement et lui attribuent le rôle salvateur d’atténuer la souffrance de l’animale grâce à l’état d’inconscience dans lequel la bête a été plongée.

Pourtant, il existe différents problèmes liés à l’étourdissement. En voici quelques uns.

L’animal est parfois mal étourdi, ce qui au final, lui inflige deux fois plus de souffrance. Des travaux néo-zélandais font apparaître que 2 à 54% de l’étourdissement des ovins est un échec et 16 à 17% chez les bovins59.

Ensuite, si l’animal a été bien étourdi, il doit être égorgé rapidement, et ce, afin qu’il ne reprenne pas conscience. Seulement, ce n’est pas systématiquement respecté dans les abattoirs. En résulte la reprise de conscience de l’animal alors qu’il est attaché par une patte, la tête en bas avec ses congénères qui attendent de passer à la guillotine60. Sans parler de l’électrocution du plus petit bétail qui se fait parfois à partir de matériel défectueux et qui cause donc une souffrance supplémentaire à l’animal61.

Un autre problème lié à l’étourdissement par électricité est que le courant exercé efficace pour étourdir dépend parfois de la résistance de chaque animal. De ce fait, l’animal est parfois électrocuté pendant plusieurs secondes avant d’être dans un état d’inconscience.

Enfin, l’étourdissement entraîne parfois la mort prématurée de l’animal. Dans ce cas, l’animal ne pourra pas être consommé par les musulmans vu que le sang n’aura pas pu s’écouler de la carcasse.

Joe Regenstein – professeur en science de l’alimentation et spécialiste du Casher, du Halal et du bien-être animal à l’université de Cornell – souligne l’absence de méthodologie et de rigueur scientifique en ce qui concerne les “études” sur l’abattage halal et casher. Il semblerait que les enquêteurs font de cas isolés une généralité et surtout détourne le vrai problème : l’abattage industriel.

Le professeur met en lumière le vrai problème de l’abattage rituel : l’absence de formation du sacrificateur, des outils non conformes aux préceptes religieux (extrêmement bien aiguisés), l’agressivité potentielle du sacrificateur, le fait que le sacrificateur ne connaisse pas l’endroit exact où couper pour que la coupure soit la plus efficace et enfin le fait que si la première coupure est mal faite, il faut s’y reprendre à deux fois.

Selon J. Regenstein, l’abattage rituel n’est pas plus cruel que celui avec étourdissement et de conclure : « nous constatons peut-être qu’il fait moins souffrir l’animal, car il permet la sécrétion d’endorphines, d’opiacés naturels, qui font que l’animal meurt dans une sorte d’anesthésie naturelle »62.

Enfin, le boucher Yves-Marie Le Bourdonnec, plus communément surnommé “Le boucher des stars”, est totalement contre l’étourdissement : « Depuis 1964, il y a l’abattage par étourdissement. On n’étourdit pas gentiment l’animal. Il faut savoir qu’un bœuf, on lui fracasse le crâne et qu’un petit animal on l’électrocute. Qui peut nous dire qu’égorger, c’est moins bien que fracasser le crâne d’un animal ? (…) Moi, je suis pour le tout-égorgement et on n’aura plus de problèmes. Tous les animaux. L’abattage par égorgement est le plus efficace pour éviter le stress de l’animal. Et je le constate tous les jours. Donc je suis pour l’abattage par égorgement. Je pense que l’étourdissement est une erreur. Quand on a instauré l’étourdissement, on l’a fait pour les cadences infernales des abattoirs. C’est pas du tout pour le bien-être animal. Il faut arrêter de penser ça ». Et de préciser : « Avec l’éleveur avec qui je travaille, on s’est posé la question de savoir quel abattage choisir. Il n’est pas question que la bête soit stressée, sinon ce sont des semaines d’un élevage de luxe qui sont gâchées en quelques secondes. On a donc fait appel à un sophrologue animalier, pour avoir son avis. Cet homme a garanti à mon éleveur que l’abattage par égorgement est le moins douloureux. »63

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Cet article a démontré, à partir de versets coraniques et ahadith, que la religion islamique défend les droits des animaux et qu’elle possède une vraie éthique animale : le prophète Muhammad et ses Compagnons exhortent l’homme à se comporter avec bienveillance et compassion à l’égard des animaux et interdit la cruauté jusque dans leur mise à mort. D’ailleurs, la manière dont l’homme se comporte avec l’animal reflète son intériorité.

A travers les recueils islamiques, nous avons pu constater la place importante qu’y ont les animaux et leurs différents rôles : les animaux servent d’exemple, instituent des rites, reconnaissent les saints, ont un langage, ont des sentiments, sont des communautés à part entière, prient Dieu, ont une conscience et une volonté.

De plus, comme encouragement à bien agir envers les animaux, Dieu récompensera celui qui est bon envers les créatures et punira celui qui est cruel envers celles-ci.

Dans la création, l’homme est placé au sommet de la hiérarchie mais cette position doit être perçue comme une responsabilité à l’égard du monde. Cette responsabilité, l’homme la doit à son intelligence, à ses vertus et à sa capacité à choisir en fonction du bien et du mal. Malheureusement, l’homme étant capable du meilleur comme du pire, la nécessité d’avoir un cadre psychique, des limites face à la démesure qui peut s’emparer de lui est primordiale. Finalement, cette responsabilité découlerait davantage de cette ambivalence qui lui est propre et lui incomberait par rapport à lui-même et aux autres de son espèce. C’est par la responsabilisation morale que les hommes parviendront à restaurer l’harmonie et le vivre-ensemble aussi bien entre eux qu’avec les autres espèces !

Tout ceci nous permet de déduire que l’Islam hisse le statut de l’animal à un rang très élevé. D’ailleurs, on a vu que la vie animale est sacrée car, d’une part, l’homme devra rendre compte à Dieu de toute mise à mort injustifiée d’un animal. D’autre part, le takbir rappelle à l’homme que cette mise à mort est un acte cruel et injuste que Dieu autorise et qu’Il réparera de toutes façons.

Par ailleurs, l’animal n’est pas tué pour Dieu. L’invocation du nom de Dieu ne sert qu’à rappeler que la mise à mort est un sacrifice de l’animal. C’est pourquoi, selon Al-Hafiz B. A. Masri, le sacrifice du mouton pourrait se substituer avec d’autres manières de faire l’aumône. En effet, le sacrifice n’est pas un rituel en soi, ce qui compte par dessus tout dans ce sacrifice, c’est la dévotion à Dieu, en rappel au sacrifice d’Abraham. Cette dévotion ne repose pas dans l’acte de tuer mais dans la charité. Cette dernière pourrait se faire autrement que par le sacrifice. Le Sheikh Wagdi va dans le sens de Al-Hafiz B. A. Masri.

Alors que des études scientifiques prouvent de plus en plus que les animaux ont des émotions et une conscience, l’Islam le reconnaissait depuis des siècles !

Pourtant, il est vrai que dans les abattoirs, la plupart du temps, les abatteurs musulmans sont en flagrante violation des préceptes islamiques. Bien sûr la tasmiyya et le takbir sont respectés mais les autres prescriptions éthiques primordiales ne sont pas prises en compte. Un des problèmes est qu’une partie des abatteurs professionnels musulmans ne reçoit pas les enseignements appropriés au sujet du code éthique islamique vis-à-vis des animaux. Pourtant, est-ce que l’abattage de masse et son rythme infernal permettraient à un abatteur musulman de respecter les préceptes ? Probablement pas…

Face au nombre important de vidéos sur Youtube qui témoignent du mauvais traitement que les animaux subissent lorsqu’ils arrivent à l’abattoir – que l’abattage soit rituel ou non – on peut se demander quel est l’impact de ce genre de travail sur la moralité des employés. Il nous semble que certaines professions liées au social, à la guerre, à la médecine, à la politique… entraînent une prise de distance, une désensibilisation de la part des acteurs comme seul moyen de survie. Ce processus peut mener jusqu’au point ultime de réification de l’autre, ce qui peut mener à bien des dérives. Les abattoirs sont des lieux de mort où les travailleurs vivent dans les cris, la peur, le sang, les odeurs, la pression de l’obligation de maintenir un rythme… Dès lors, il n’est pas anormal que ceux qui y travaillent perdent parfois le sens des réalités…

Est-ce que l’étourdissement pourrait être un moindre mal et conforme à l’Islam ?

D’après l’avis de Al-Hafiz B. A. Masri et de la Muslim World League, il paraîtrait que si l’étourdissement est bien fait, qu’il n’occasionne pas de souffrance supplémentaire à l’animal, qu’il n’entraîne pas la mort de ce dernier et qu’il soit mis à mort dans les 5 minutes, alors il n’y aurait aucune raison de s’opposer à l’étourdissement dans l’abattage rituel.

Le problème que pose également l’étourdissement est lié à la traduction du participe passif wâlmawqouđatou du verset 3 de la sourate 5. Entre ne pas pouvoir manger de la viande d’une bête assommée ou bien battue à mort, cela change l’interdit. Il nous semble que la seconde traduction est plus en accord avec l’interdit de manger un cadavre, ce qui n’interdirait pas en soi l’étourdissement.

Par contre, d’autres théologiens musulmans et des non-musulmans s’opposent catégoriquement à l’étourdissement. Il serait anti-islamique ou encore tout aussi cruel que l’abattage sans étourdissement.

Face à ces positions antagoniques, nous pouvons nous interroger sur l’absence de débat récent et d’études scientifiques valables sur le sujet. Il serait intéressant que des théologiens et des scientifiques avec ou sans confession, ayant des points de vue différents, se rencontrent et trouvent une manière concrète et efficace de remédier à la cruauté de l’abattage industriel. Il semblerait que les droits des animaux soient l’équivalent laïque de ce que la tradition judaïque et islamique conçoit depuis des siècles… Le débat pourrait donc mener à des points de convergences. Pour ce faire, il faudrait arrêter d’attaquer la communauté musulmane sur l’étourdissement et l’y obliger ne ferait que créer de l’animosité. Ce n’est pas en combattant l’autre qu’on fait évoluer les mentalités mais en l’écoutant, en respectant sa différence, ses idées, sa culture. Débattre non pas pour imposer sa pensée mais pour échanger, se nourrir l’un l’autre de réflexions enrichissantes en laissant le temps aux idées de faire leur cheminement de la raison au cœur. Et peut-être laisser aux acteurs concernés la possibilité de trouver d’autres solutions plus efficaces et plus conformes à leur religion. En se focalisant sur l’étourdissement et toutes les questions qui en découlent, nous bloquons notre esprit à tout autre moyen que l’on pourrait inventer.

Par ailleurs, nous ne pensons pas que la solution soit dans l’étourdissement préalable mais bien dans une révolution du système industriel et des mentalités ! En effet, cibler uniquement l’étourdissement, c’est faire fi de toute la chaîne de la production de viande, à savoir de l’élevage à l’abattage. La souffrance qu’endurent les animaux à leur naissance, pendant leur vie, lors du transport et avant d’arriver à l’abattoir, est, il nous semble, bien plus préoccupante et importante que les dernières minutes de vie d’un animal pour qui la mort, de toute évidence, ne peut être, dans ces conditions, qu’une libération. Finalement, cette obsession de l’étourdissement est symptomatique de notre société qui tente toujours de remédier à quelques conséquences plutôt que de s’attaquer aux causes !

Il est également important de savoir que la population musulmane ne représente que 6% de la population belge et 7,5% de la population française.

Pour terminer, il est manifeste que le sort des animaux préoccupe de plus en plus de musulmans. Il suffit de voir le nombre de pages sur Facebook et le nombre de blogs de musulman(e)s qui prônent le bien-être animal et qui en discutent. En outre, il existe des musulmans qui recommandent le végétarisme du moins tant que les conditions actuelles d’abattage perdurent ! Enfin, Green Halal en Belgique et Biolal en France mettent tout en œuvre pour que les préceptes islamiques soient respectés adéquatement de l’élevage à l’abattage et pour que le halal reprenne enfin tout son sens.

1 l’interdiction de causer de la souffrance animale.

2 Al-Hafiz B.A. Masri, Les animaux en Islam, p.30.

3 Maxims of Ali ; traduit par al-Halal à partir de Nahj-ul-Balagha (en arabe) ; Sh. Muhammad Ashraf, Lahore, Pakistan, p. 203, 381

4 Mohammed Hocine Benkheira, L’animal en Islam, p.143.

5 Sh. Muhammad Ashraf, Maxims of Ali, traduit par al-Halal à partir de Nahj-ul-Blagha (en arabe), Lahore Pakistan, p.436.

6 Cité par Al-Hafiz B. A. Masri in Les animaux en Islam, p.32 : Bukhari et Muslim.

7 Pour de plus amples explications : http://www.maison-islam.com/articles/?p=32

8 Cité par Mohammed Hocine Benkheira in L’Animal en islam, p.142 : Ibn Arabi, Al-Futukhat al-makkiyya, I, p. 206.

9 Muhammad Amin, Wisdom of Prophet Muhammad, Pakistan, The Lion Press, Lahore, 1945.

10 Relaté par Anas. Mishkat al-Masabih, 3 : 1392 ; cité dans Bukhari.

11 Relaté par Aïcha. Muslim, vol.4, Hadith n°2593

12 Relaté par Yahya bin Saîd, Malik bin Anas al-Asbahî.

13 Relaté par Abu Hurraira. Awn (réf. n°32), 7 : 235, Hadith n°2550.

14 Relaté par Abdullah bin Ja’far. Awn (réf. n°32), 7 : 221, Hadith n°2532.

15 Relaté par Abu Malik qui le tient de son père. Abu Dawûd et Tirmidhi in Garden of the RighteousRiyad as-Salihîn de Imama Nawawi, traduit par M.Z. Khan, 1975, Curzon Press, Londres : Hadith n°815, p.160.

16 Relaté par Jabir bin Abdullah. Muslim, vol.3, Hadith n°2116.

17 Relaté par Utbah ibn Farqad Abû Abdillah al-Sulamî. Abu Dawûd. Awn, 7 : 216-217, Hadith n°2525

18 Relaté par Abdullah bin Omar. Muslim, vol. 3, Hadith n°1958.

19 Relaté par Abdullah Ibn Abbas. Awn, (réf. n°32), 8 : 15, Hadith n°2803.

20 Relaté par Abdullah bin Abbas. Bukhari, Muslim, Tirmidhi et Abu Al-Darda. Rapporté dans Riyad (réf. n°28), Hadith n°1606.

21 Ibid. Relaté par Saîd bin Jubair.

22 Relaté par Abdullah bin Abbas. Muslim, vol.3, Hadith n°1957.

23 Relaté par Abd Allah ibn Omar, Bukhâri n°1828.

24 Relaté par Ibn Omar et par Abdallah bin Al-As, An-Nasaî, 7 : 206, 239, Beyrouth.

25 Relaté par Anas. Awn (réf. n°32), 7 : 223, Hadith n°5234.

26 Maxims (réf. n°4).

27 Relaté par Abdul Rahman bin Abdullah, bin Mas’ûd. Muslim. Également Awn (réf. n°32), Hadith n°2658.

28 Relaté par Abu Umama. Transmis par Al-Tabarani.

29 Relaté par Abdullah bin ‘Omar. Bukhari, 4 : 337 ; rapporté dans Riyad (réf n°28), Hadith n°1605 ; p.271.

30 Relaté par Abu Huraira. Muslim, vol. 4, Hadith n°2244.

31 Relaté par Abu Huraira. Bukhari, 3 : 322.

32 Mishkat al-Masabih, livre 6, chap. 7, 8 : 178.

33 Al-Hafiz B. A. Masri, Les animaux en Islam, p.69.

34 Mohammed Hocine Benkheira & cie, L’animal en Islam, p.124

35 Ibid, p.138.

36 Ibid. p.118.

37 Relaté par Abu Waqid Al-Laythi. Tirmidhi, Hadith n°1480.

38 Ibn Hamz, Kitab al-Muqni, 3 : 542.

39 Ibid., 7 : 457.

40 Relaté par Shaddad bin Aus. Muslim, vol. 2, chap. 11, section sur « Slaying », 10 : 739, verset 151.

41 Bukhari. Également Muslim, vol. 2, chap. 11, section sur « Slaying », 10 : 739, verset 152.

42 Ibid. (réf. n°46), Hadith n°4817, p. 1079.

43 Al-Furû’ Min-al-Kafi Lil-Kulini (en arabe), 6 : 230.

44 Ibid. (pour Ali voir réf. n°6)

45 Al-Hafiz B. A. Masri, Les animaux en Islam, p.72

46 Ibid., p.70

47 Marmaduke Pickthall, The Meaning of the Glorious Qur’ân, note de bas de page 2, chap.22, verset 34, p.342.

48 Un homme montre comment faire pour que l’abattage soit halal. Pas d’inquiétude, il ne tue pas l’animal : https://www.youtube.com/watch?v=CG-EfCcfF78

49 Al-Hafiz B. A. Masri, Les animaux en Islam, p.53.

50 Voir Al-Hafi B. A. Masri, Les animaux en Islam.

51 D’autres traductions vont dans le même sens notamment celles de Cheikh Boureïma Abdou Saouda, Malek Chebel, Nathan André Chouraqui, Mohammed Chiadmi.

52 D’autres traductions vont dans le même sens notamment celles de Mohammed Hamidullah, Denise Masson, Al-Hafiz B. A. Masri.

53 Relaté par Rafi’ Ibn Khadîj, Al-Bukhârî n°5498 et Muslim n°1968.

54 Al-Hafiz B. A. Masri, Les animaux en Islam, p.238.

55 L’abatage rituel et l’étourdissement : Les réponses halal de Mohammad Hawari in « SaphirNews » : http://www.saphirnews.com/L-abattage-rituel-et-l-etourdissement-les-reponses-halal-de-Mohammed-Hawari_a13279.html

56 L’abatage rituel et l’étourdissement …, op.cit.

57 Liège: les mosquées appellent les musulmans à ne pas procéder au sacrifice du mouton in « LaMeuse.be » : http://www.lameuse.be/1358663/article/2015-08-21/liege-les-mosquees-appellent-les-musulmans-a-ne-pas-proceder-au-sacrifice-du-mou

58 Rapport fait au nom de la commission d’enquête sur les conditions d’abattage des animaux de boucherie dans les abattoirs français, « Assemblée Nationale », n° 4038, 20/09/2016, p.117

59 Ibid., p.115

62 Propos recueillis dans la conférence Une approche scientifique de l’abattage rituel in « AVS/CILE », Saint-Denis, 21 mars 2012 : https://www.youtube.com/watch?v=8H858agjuxw&t=40s

63 Propos recueillis dans l’interview Boucher des stars, bœuf bio, Halal et Mick Jagger in « Ménard Sans Interdit », I-Télé, 2012 : https://www.youtube.com/watch?v=F407bdWHnOM

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« Le Galgo dans l’histoire de l’Art – Ce que signifie d’être né galgo » // par Barbara Vidal // Yo Galgo

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// Les lévriers n’ont pas toujours été considérés de la même manière au cours de l’histoire. Ici, quelques exemples.

Totale incertitude, à propos de tout ce qui est à venir, voici ce qui signifie naître galgo. La survie des lévriers espagnols dépend de beaucoup de choses, qui sont ses parents, ont-ils gagné quelque chose? Les premières semaines sont décisives pour décider du destin de chaque galgo. J’ai entendu beaucoup de choses à propos de galgos qui n’étaient  plus convoités, abandonnés : pour des raisons aussi simples que d’aboyer beaucoup, une queue trop courte, le chien a cessé de courir suite à une blessure, ou parce que l’éleveur a de nouveaux chiots qu’il souhaite essayer . Je suppose que la question la plus importante qu’un chasseur se pose pour l’avenir de ces chiens est : Pourquoi resterais-je avec vous?

Pourquoi te garderais-je?

Lorsque j’ai pris cette photo de Tzatziki, notre petite galga, la première chose qui me vint fut qu’elle ressemblait à un point d’interrogation. Oui, je pourrais passer beaucoup de temps avec les chiens, mais pour moi, après l’avoir trouvée à la poubelle, jetée par un chasseur, la photo fut la chance, la fortune et la résolution de la vie incertaine de cette jeune galga. Maintenant, elle fait partie du clan, elle est de la famille.

En observant comment le galgo a joué son rôle dans l’histoire de l’art, Barbara Vidal, après avoir exploré la représentation du galgo dans Don Quichotte de La Mancha, nous dépeint une image très différente des lévriers d’aujourd’hui. Ses mots et sa vision ne sont que de petites perles dans une mer de connaissance. Appréciez-les..

Le Galgo dans l’Art, plus de 5.000 ans comme symbole d’élégance

En pierre, en bronze, en devises, en huile sur toile et en bois, impression numérique … Selon Gary Tinterow, conservateur d’art contemporain au Met / Metropolitan Museum of Art à New York: « LE GALGO EST LA SEULE RACE DE CHIENS INVARIABLEMENT PRÉSENTE DANS L’HISTOIRE DE L’ART DEPUIS PLUS DE 5000 ANS ».

À propos des galgos, nous savons que c’est l’une des races de chiens les plus anciennes connues de l’homme et la première à être domestiquée par nous. Leur popularité chez les humains ne vient pas seulement du fait d’être des armes de chasse infaillibles (avec cette colonne vertébrale ultra-flexible et les poumons et le cœur plus grands que la normale, leur permettant de courir à 70 km / h), mais aussi pour leur physionomie particulière et ce corps harmonieux qui furent bientôt associés à l’élégance … ils devinrent les modèles favoris des peintres et artistes de tous âges.

Il y a des galgos (ou leurs ancêtres) sur les murs des fantastiques grottes de Tassili n’Ajjer, actuellement le Sahara algérien, Site du Patrimoine Mondial depuis 1982. Dans ces grottes, il y a plus de 15 000 exemples de peintures et de roches sculptées du Paléolithique Supérieur et de l’âge Néolithique, ils nous donnent une véritable réflexion et une perspective sur l’évolution de la faune et les coutumes humaines dans cette région depuis plus de 8 000 ans.

b.jpegDans ces peintures ajoutées au motif le plus répandu représenté sur les murs, une espèce d’antilope déjà éteinte, apparaissent des éléphants, des hippopotames et des girafes datant de près de 10 000 ans. Dans une deuxième étape des peintures, il y a environ 5 000 ans, les scènes de la vie pastorale et les espèces bovines sont représentées abondamment et ici, nous trouvons notre galgo. Dans la scène, plusieurs galgos entourent un homme, arc et flèches en mains, poursuivant ce qui semble être des chèvres.

Pour l’Egypte Ancienne (une civilisation qui selon certaines croyances, aurait émergé vers 3100 av. J.-C.), les chiens et en particulier le galgo ainsi que les autres lévriers étaient bien plus que des animaux sauvages et des chasseurs. Pour eux, le galgo représente le dieu Seth et son fils, le dieu Anubis en forme de chien sombre (une pièce maîtresse dans la religion du peuple) était aussi lézard. Anubis est représenté comme un grand canidé noir (probablement un chacal) posé sur son ventre. Il était chargé d’assurer une bonne transition vers le monde des morts.

Les tombeaux égyptiens des grands pharaons sont pleins de gravures de galgos, fidèles compagnons de leurs maîtres qui les ont suivis jusque dans la mort. Les chiens sont principalement représentés aux pieds de leur maître ou dans des scènes de chasse et de guerre sous sa voiture ou son trône, attachés ou en laisse. Ils étaient membres de la famille et un signe de fierté parmi les nobles de l’époque, en concurrence les uns avec les autres pour la possession des plus beaux galgos.

Dans la mythologie grecque , la déesse Artemis, Maîtresse des animaux, l’une des divinités les plus anciennes et les plus vénérées, est souvent représentée comme une chasseuse portant un arc et des flèches et accompagnée d’un lévrier. Cette image fut plus tard adoptée dans l’Empire Romain pour Diana, déesse vierge de la chasse apparaissant toujours avec plusieurs lévriers et des cerfs, un arc en main. La mythologie gréco-romaine est riche en scènes de chasse et épisodes, activité nécessaire pour la vie de l’homme dans laquelle son intelligence et ses qualités physiques étaient testées, mais aussi son pouvoir et son prestige. Là, le galgo remplit son rôle de symbole de classe. Il existe même une pièce de monnaie romaine – denarii- sur laquelle apparaît un lévrier courant sur un rayon. Les Greyhounds sont également des figures largement représentées dans les mosaïques romaines.

Le galgo, de la mythologie aux palais

Au Moyen Âge, les Livres des Heures étaient un récit historique important de la vie et des coutumes des XVe et XVIe siècles et une grande source d’iconographie médiévale chrétienne. En effet, l’une de ces images les plus populaires était « Les Riches Heures du Duc de Berry », publiée en 1416 par les frères Limbourg pour le duc Jean de France (frère de Carlos V). Dans la scène, l’annonce aux bergers, sont mis en lumière deux brigands craintifs qui réagissent à la vue de trois anges, venus leur annoncer la naissance de Jésus. À leurs pieds dans la prairie, le troupeau et le galgo se reposent. Le livre appartient à la collection du Metropolitan Museum of Art à New York.

c.jpegLa chasse était également un sujet fréquent pour le Quattrocento italien et florentin, Paolo Uccello (né à Florence, 1397-1475), qui dans sa peinture a laissé un bon exemple de scènes de chasse en forêt, actuellement au musée Ashmolean, à Oxford. Uccello, nommé ainsi en référence à son goût pour le dessin des oiseaux, s’était spécialisé dans l’étude de la perspective et s’en servit pour narrer, sur un seul canevas, des histoires ou des événements différents au cours du temps. Dans ses scènes aux milieux sombres et aux cieux obscurs, les figures lumineuses, les chevaliers, les soldats, les dames, les chevaux et les galgos sont figés en pleine action et suspendus dans des positions souvent non naturelles, comme dans une étude cinétique.

D’un auteur inconnu, est la série des Tapisseries de la Licorne . D’origine néerlandaise et datée d’entre 1495 et 1505, elle est conservée au MET Museum of NY. Parmi les tissus, un nommé « La chasse de la Licorne » une scène dans laquelle un groupe de nobles chasseurs transperçant une licorne avec leurs chiens et autres lévriers.

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Le Galgo, un féroce chasseur, quintessence de l’élégance

En 1620, Paul de Vos , installé à Anvers et étant parvenu au niveau d’un grand maître, était l’artiste et le spécialiste le plus largement recommandés pour les scènes de chasse avec lesquelles des représentants de l’aristocratie de l’époque aimaient orner leurs meilleures salles. Ces scènes ont été illustrées avec une grande violence, la lutte des animaux et des figures y sont sanglantes, féroces. Les chiens semblent particulièrement étirés pour forcer la perspective et l’expression.

L’oeuvre « Un lévrier embusqué » (1636-1638), est maintenant au Museo del Prado. C’est l’un des nombreux chiens de chasse peints par Paul de Vos. Le chien apparaît dans un paysage ouvert sans végétation ni rocher au premier plan. Il y a peu d’arbres en arrière-plan à différents niveaux et un grand développement du ciel, mais le galgo reste le protagoniste. Il n’y a pas de systématisation dans la représentation des chiens à l’époque, recherchant différentes expressions et postures qui bien souvent ne correspondent pas à la réalité d’un galgo en pleine course. Dans ce cas, le chien est retourné vers le spectateur, plus calme que ceux de « Cerf assailli par une meute de chiens » (1637-1640) également par le maître d’Anvers.

e.jpegPeter Paul Rubens (1577-1640), l’un des peintres baroques les plus importants de l’école Flamande et caractéristique de son style luxuriant, dynamique et sensuel, a produit une série de scènes de chasse monumentales en 1620, avec l’aide de ses étudiants . Parmi celles-ci, nous trouvons l’intitulée « Loup et chasse au Renard » . Les érudits étant en désaccord quant à la participation réelle de Rubens à ces travaux, certains lui ont attribué la paternité des animaux au premier plan, les arbres et les chefs des chasseurs au centre, tandis que d’autres nient toute intervention sur la toile par le maître M. Rubens.

f.jpegVeronese a peint « Un garçon avec un Lévrier » en 1570, probablement commandé par un noble qui voulait représenter son fils passant d’enfant à homme. Sa progéniture montre l’âge adulte par la compagnie d’une épée et de son chien préféré, un galgo, un jeune mais puissant chasseur capable de prendre des décisions.

a.jpegLe peintre flamand Anthony Van Dyck (1599-1641) est l’auteur du portrait de James Stuart, du Duc de Richmond et de Lennox. Sur la toile, apparaît un majestueux Duc, nouveau membre de l’Ordre de la Jarretière portant l’étoile d’argent, le ruban vert et la ligue, emblèmes de cette fraternité et de ce pouvoir. Le galgo représente ici un symbole de noblesse (faisant allusion à ses privilèges en tant que chasseur) et la vertu de fidélité. On dit que le chien a sauvé la vie de son maître lors d’une chasse au sanglier et qu’il voulut être peint auprès de l’animal.

S’il est une collection d’une éblouissante beauté, représentant l’élégance et le pouvoir de l’aristocratie, c’est la collection royale de la Couronne britannique, propriété d’Elizabeth II. Parmi les œuvres d’art qui se trouvent dans cette collection , nous trouvons une oeuvre de Sir Edwin Landseer, intitulée  » Eos, lévrier favori du prince Albert  » . Il semble que ce soit en fait une galga, qui appartenait au prince Albert d’Angleterre. On dit que la reine Victoria lui était si dévouée qu’elle commanda cette peinture à Landeer, qui avait une sensibilité particulière pour représenter les animaux. La peinture était son cadeau de Noël pour le Prince Albert.

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L’italien Giovanni Boldini (1842-1931) reçut également des commandes pour les dames de la haute société, princesses de l’époque, pour peindre les portraits de leurs animaux. À propos de lui, le critique Bernard Berenson a déclaré:

 » Il était un artiste ultra-chic et à sa façon particulière, surtout lorsqu’il représentait les grandes dames de la haute société internationale, sous un verre translucide. Il jouait très bien des plus hauts cercles de l’élégance féminine à cette époque, alors que les femmes étaient trop revêtues par les architectes des tailleurs et leurs couturières. Elles semblaient se refléter dans une pose ambiguë, entre les salles des palais et le théâtre. C’est ce qui se passe avec la peinture  »

Luisa Casati, la marquise elle-même, fut celle qui dit à l’artiste:

« Je veux être une œuvre d’art vivante »

Et c’est ce qu’elle fut. La marquise posant avec son galgo noir, sûre de sa position et de sa beauté, était de l’art pur. La peinture de Boldini appartient à une collection privée d’art contemporain.

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A une époque où les images semblent avoir répandu le symbolisme et étaient consommées de manière compulsive, produits vide de sens et sans signification, vivait un artiste de naissance écossaise , Whyn Lewis , qui choisit de rétablir le Galgo (et d’autres animaux) comme la plus haute expression de l’élégance.

Une race pour laquelle il ressentait un intérêt particulier, le whippet, un petit galgo. Il peint continuellement ses lignes épurées, dans des peintures simples, soignées, dépouillées d’artifices et sans paysage, presque sans ombres. «Dès le début, mes peintures ont trait à l’expression d’émotions à travers les formes et les positions. Je suppose que le langage corporel de mon whippet est le même langage silencieux de la plupart d’entre nous qui comprenons intuitivement quand nous communiquons avec nos animaux de compagnie», décrit l’artiste lui-même.

« J’ai toujours senti que les animaux parlent silencieusement tout comme les peintures. Je pense que c’est le lien entre la nature et l’art. Il faut du temps pour ouvrir les yeux, regarder, sentir et comprendre sans mots, avec empathie et compréhension, le monde qui nous entoure . « 

« Le lévrier dans les cultures anciennes • Galgos, toujours aux côtés des rois, reines et sorciers » // de Bárbara Vidal Munera // Yo Galgo Productions


// Le lévrier serait l’un des premiers chiens domestiqués. Cette race élégante et mystérieuse a très peu changé, d’après ce que l’on en a vu sur les murs des temples et tombes de certains pharaons égyptiens. D’ailleurs, Anubis le dieu de la mort, est représenté sous une forme similaire au lévrier.

Les lévriers en Égypte étaient les chiens des rois et pharaons. Antefaa II, Thutmose III et même Tutankhamun furent inhumés avec leurs chiens. Beaucoup de sarcophages, jarres et autres vieux objets découverts, dépeignent des scènes de pharaons, leurs familles et leurs chiens, ensemble. Seules ces personnes -de confiance- pouvaient approcher ces chiens. Il était octroyé à leurs soigneurs une vie plus confortable et beaucoup d’avantages spéciaux. Ils jouissaient d’une position privilégiée dans la société. Les lévriers, de par leur apparence et leur présence, illuminaient la royauté d’une aura de noblesse.

a.jpegLes lévriers furent considérés de la même façon dans la haute société d’Angleterre où ils devinrent symbole de statut social.

L’histoire des lévriers espagnols débute avec les Gaulois; d’après le dictionnaire national, le nom « Galgo » provient de « Gallicus Canis »= le chien gaulois. Ils sont également mentionnés dans des écrits romains datant du premier siècle après J -C mais c’est au cours du Moyen-Age que le lévrier se couvrit lui – même de gloire et commença à apparaître dans les palais, les toiles de maîtres et les vers des poètes.

La chasse traditionnelle au galgo est très ancienne en Espagne. Elle remonte à l’époque où la noblesse recherchait la compagnie de ces chiens car cela était une forme de distinction. Le galgo était tellement respecté que dans certaines parties de l’Espagne, sa possession fut interdite aux classes non aristocratiques (ceci eu également lieu en Angleterre et en d’autres endroits). En effet le lévrier italien fut créé pour le « commun du peuple » afin qu’il puisse posséder aussi des lévriers. Ce veto fut perpétué par les Borbones, Carlos III fit interdire leur reproduction partout dans le pays, excepté Toledo, Segovia et Madrid, berceaux de la noblesse. Les galgos étaient si précieux que le châtiment pour avoir tué l’un d’entre eux était le même que pour le crime d’un être humain.

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EDWIN HENRY LANDSEER, A GREYHOUND WITH A HARE, 1817, Oil on cancas

Ce que nous ne savions pas jusqu’à présent, dit Gary Tinterow, conservateur de l’art moderne au Métropolitan Museum of Art, à New York (et père adoptif de plusieurs lévriers), est que le lévrier est la seule race de chien qui apparaît invariablement dans l’histoire de l’art depuis les 5000 dernières années… mais ceci est une autre histoire. //

L’éthique animale au regard des religions monothéistes – Seconde partie: Le Christianisme

  • Par Frédérique Moutsi, Master en sciences des religions et de la laïcité // pour ACTION INVISIBLE
Adam and Eve in the Garden of Eden Lucas Cranach, 1530
Adam and Eve in the Garden of Eden
Lucas Cranach, 1530

Dans l’article précédent, nous avons mis en lumière l’existence de l’éthique animale dans la tradition judaïque. Cet article-ci est consacré au rapport que le christianisme entretient avec les animaux.

Rappelons que le christianisme est issu du judaïsme. En effet, Jésus était juif et son message était destiné à son peuple. D’ailleurs, le terme chrétien n’a jamais été utilisé par Jésus. Cette appellation est ultérieure à sa mort et servira à cimenter la rupture entre le judaïsme et le christianisme.

De plus, l’avènement de Jésus et l’interprétation qui a été faite de son message ne peuvent se comprendre sans prendre en considération le contexte impérialiste romain hellénisé de la Palestine à cette époque. C’est de cette façon que la philosophie grecque a pénétré les cercles d’intellectuels juifs et que le judaïsme s’est ramifié davantage.

Actuellement, le christianisme est la religion la plus pratiquée dans le monde. Il sera donc difficile de rendre état de toutes les conceptions différentes qui existent concernant le rapport entre l’homme et l’animal. De plus, outre les différentes doxaï dominantes, n’oublions pas qu’une religion se vit également en terme d’individualité et qu’au sein d’un même courant se trouve encore une multiplicité d’interprétations.

Face à cette diversité, nous aborderons la question de manière globale en se référant aux écrits majeurs de la tradition chrétienne et en nous excusant déjà d’exclure toute une série de singularité qu’une approche globale ne peut s’autoriser à prendre en compte.

Le christianisme est considéré comme la religion la plus anthropocentrique des trois religions monothéistes. De cette religion découlerait toute la démesure de l’homme à l’égard de la nature. Comment le christianisme qui puise son origine dans le judaïsme a-t-il pu tant s’éloigner en terme d’éthique animale de la religion mère ? Pour y répondre, nous avons ciblé différents points qui rendront compte de ce grand écart.

stained-glass30Nous commencerons par reprendre le passage de la Genèse 1, 26-31 afin d’introduire un changement majeur du rôle et de la place de l’homme dans le réel. Ce bouleversement est dû à la traduction de La Septante1 qui servira ensuite à la Vulgate et aux bibles que nous pouvons lire actuellement. Aussi, l’anthropocentrisme exacerbé du christianisme est la conséquence d’une traduction trop approximative des verbes hébreux râoâh et kâbash par “dominer” et “soumettre” ne permettant pas de saisir la subtilité et la profondeur que contiennent ces derniers.

Ensuite, nous sélectionnerons les passages clés des œuvres de deux illustres théologiens afin de comprendre au mieux leur conception : Saint Augustin, Père de l’Eglise et le docteur de l’Eglise, Thomas d’Aquin. L’impact que ces derniers ont eu sur le rapport entre l’homme et le vivant est déterminant pour saisir la manière dont l’Occident considère encore actuellement l’animal. Saint Augustin, antérieur à Thomas d’Aquin aura une influence sur ce dernier et en 1879, le pape Léon XIII, dans l’encyclique Aeterni Patris a déclaré que les écrits de Thomas d’Aquin exprimaient de manière adéquate la doctrine de l’Église.

Saint Augustin (354-430) est né à dans la province africaine au municipe de Thagaste. Il est l’un des quatre Pères de l’Eglise occidentale. Il sera très influencé par le néoplatonisme. La théorie de Plotin à propos de l’âme et du péché originel lié au libre arbitre influencera Saint Augustin sur sa manière de concevoir l’animal.

Thomas d’Aquin (1124-1274), quant à lui, est né en Italie du sud et fait partie de l’ordre dominicain. Sa pensée est fortement imprégnée d’aristotélisme. La conception de l’animal du système aristotélicien et sa vision tripartite de l’âme (âme végétative, âme sensitive, âme intellective propre à l’homme) influera la conception thomasienne de l’animal.

Par la suite, nous les confronterons à une série de théologiens chrétiens de différentes époques en marge de la pensée dominante et qui méritent toute notre attention afin de briser le mythe d’un christianisme froid à l’égard du monde qui l’entoure.

Nous terminerons cet article par une série de passages du Nouveau Testament (N.T.) confrontés à l’Ancien Testament ( A.T.) afin de mettre en évidence les corrélations qui existent entre les deux corpi. Dès lors, nous pourrons faire un lien entre les préceptes de l’A.T. et du N.T. afin de réintégrer l’éthique animale et le concept de tsâar baâlei ‘haïm au sein du christianisme. Pour ce faire, nous reprendrons les passages bibliques les plus cités pour justifier l’abolition des anciens préceptes de l’A.T. et nous nous autoriserons modestement à argumenter en faveur d’une herméneutique “subversive”. Nous montrerons également comment Paul en voulant fondre le christianisme dans les structures pagano-romaines, a rompu avec le judaïsme dont Jésus est issu.

Cet article se basera également sur trois auteurs contemporains particulièrement actifs dans la cause animale. Il s’agit d’Elisabeth de Fontenay, philosophe et essayiste française ; Théodore Monod, protestant, scientifique naturaliste français ; Eugen Drewermann, catholique, théologien et psychanalyste jungien allemand en rupture de ban avec l’Eglise catholique.

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Une des premières différences fondamentales entre le judaïsme et le christianisme est l’interprétation du passage de la Genèse 1, 26-31 que nous vous retranscrivons pour mémoire : « Dieu dit : “Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance, et qu’il soumette les poissons de la mer, les oiseaux du ciel, les bestiaux, toute la terre et toutes les petites bêtes qui remuent sur la terre. Dieu créa l’Homme à son image, à l’image de Dieu il le créa ; mâle et femelle il les créa. Dieu les bénit et leur dit : “Soyez féconds et prolifiques, remplissez la terre et dominez-la. Soumettez les poissons de mer, les oiseaux du ciel et toutes bêtes qui remuent sur la terre!” Dieu dit : “Voici, je vous donne toute herbe qui porte sa semence sur toute la surface de la terre et tout arbre dont le fruit porte sa semence ; ce sera votre nourriture. À toute bête de la terre, à tout oiseau du ciel, à tout ce qui remue sur la terre et qui a souffle de vie, je donne pour nourriture toute herbe mûrissante.” Il en fut ainsi. Dieu vit tout ce qu’il avait fait. Voilà, c’était très bon. Il y eut un soir, il y eut un matin : sixième jour. ».

Contrairement à la tradition judaïque, ce passage de la Genèse, traduit comme ci-dessus dans la plupart des bibles chrétiennes, nous offre une lecture manifestement anthropocentrique. Les verbes “dominer” et “soumettre” sont explicites et justifient les dérives de l’humanité à l’égard des animaux et de la nature dans sa globalité. Pourtant, cette interprétation est rétrospective. En effet, la maltraitance de masse liée aux expérimentations, aux élevages et à l’abattage industriels sont assez récents dans l’histoire de l’humanité. Dans l’Antiquité, Grecs, Romains, Hébreux tuaient les animaux sur un autel et cet acte de mise à mort était considéré comme un sacrifice. Il est difficile de concevoir que les traducteurs grecs d’abord et puis latins de ce passage aient pu imaginer un jour que soit infligé un tel traitement de barbarie. La désensibilisation à l’égard du vivant provient de la vision mécaniste du réel apparue vers le 17e siècle dont Descartes est le précurseur. Il créera le concept de l’animal-machine qui sera renforcé par Malbranche ensuite. Bien qu’on attribue la paternité de ce concept à Descartes, on peut déjà en retrouver l’ébauche chez Saint Augustin et Thomas d’Aquin.

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Ainsi, Saint Augustin dans Contre Julien2 tente de prouver que les animaux sont dépourvus de souffrance lors de l’enfantement. L’importance que le Père de l’Eglise accorde à ce point se justifie par le fait que les douleurs liées à l’enfantement sont une punition que Dieu donne suite au péché originel (Genèse 3, 16). De cette manière, il pense que les animaux sont exempts du péché originel car ces derniers sont dépourvus de libre arbitre. Voici les paroles du théologien : « (…) c’est pourquoi, à t’entendre, les souffrances occasionnées par la maternité sont si peu le châtiment du péché, que les animaux eux-mêmes éprouvent des angoisses et des douleurs pareilles au moment où ils mettent bas, quoiqu’ils soient innocents de toute faute. Pourtant, ces animaux ne t’ont pas dit si les cris qu’ils poussent alors sont des cris de joie ou des lamentations. Lorsque les poules vont faire leurs œufs, elles semblent animées plutôt par l’allégresse que par le chagrin ; et quand elles les ont faits, elles poussent des cris semblables à ceux qu’elles poussent lorsqu’elles sont épouvantées ; mais au moment où elles pondent, elles gardent le plus profond silence ; ainsi en est-il des colombes et de tous les autres oiseaux : c’est là un fait incontestable et qu’on voit se réaliser tous les jours. Hé quoi ! Les animaux ne sauraient nous dire ce qui se passe en eux, et un homme prétendrait le savoir pertinemment? Et il voudrait, malgré leur silence, interpréter leurs mouvements et leurs cris à l’heure de l’enfantement ? Qui sait si ces mouvements et ces cris, loin de trahir le sentiment de la douleur, ne sont pas, au contraire, l’expression d’un sentiment de plaisir ? Mais à quoi bon vouloir, en pareille matière, sonder les secrets de la nature, puisque notre cause n’en dépend pas ? Evidemment, si des animaux muets ne souffrent pas quand ils mettent bas; ton raisonnement est de nulle valeur ; s’ils souffrent, c’est le vrai châtiment de l’image de Dieu que de se voir ravalée jusqu’à partager la condition des bêtes ; or, ce châtiment infligé à l’image de Dieu serait souverainement injuste, s’il n’avait pour cause le péché. »3. De cette manière, soit les animaux ne souffrent pas et la souffrance de l’enfantement est bien une des conséquences du péché originel, soit les animaux souffrent aussi et c’est également une conséquence du péché originel vu que Dieu nous aurait alors réduit à l’état de bête. Comme dirait Elisabeth de Fontenay : « On a honte pour ce grand philosophe, de devoir s’arrêter sur l’inanité d’une telle argumentation »4. De plus, l’analyse de Saint Augustin s’oppose clairement à un passage de l’Epitre aux Romains 8, 22 : « (…) nous savons que, jusqu’à ce jour, la création tout entière gémit et souffre les douleurs de l’enfantement. »

En tant que Père de l’Eglise et fin connaisseur des textes bibliques, il est étonnant que le philosophe s’évertue à refuser la douleur de l’enfantement aux animaux. Il semblerait que depuis longtemps, les textes religieux soient utilisés de manière arbitraire selon les auteurs pour servir leur idéologie en occultant, délibérément ou non, d’autres parties du texte qui pourraient bien remettre en cause leur doctrine théologique. Toutefois, Saint Augustin concède aux animaux la présence d’une âme, mais cette dernière se réduit à un principe vital. Voici ce qu’il nous explique à propos d’un ver dans De la grandeur de l’âme, XXXI, 62-63 : « Ce ver est connu; jamais néanmoins je n’y avais observé ce que je vais dire. L’un de ces jeunes gens, retournant le stylet que par hasard il avait alors à la main, frappa l’animal au milieu du corps. Les deux parties rompues coururent dans des directions contraires; les pieds se mouvaient aussi vite et aussi fort que s’il y avait eu des animaux distincts. Tout étonnés de cette espèce de prodige, et désireux d’en savoir la cause, les jeunes gens nous apportèrent avec vivacité ces deux bouts vivants : Alype et moi nous étions assis à la même place. Assez étonnés à notre tour, nous regardions ces mêmes bouts courir en tout sens sur la table; l’un d’eux frappé encore d’un coup de stylet se tordait douloureusement à l’endroit de la blessure; mais l’autre ne sentait rien et poursuivait ailleurs sa course. Nous voulûmes savoir enfin quelle était la force de ce ver, et après en avoir de nouveau rompu les parties en un grand nombre de parties nouvelles, nous les vîmes toutes se mouvoir également; et si nous ne les avions rompues nous-mêmes, si nous n’avions vu encore les blessures toutes fraîches, nous aurions cru que c’étaient autant de vers nés chacun séparément et possédant chacun une vie propre. ». Saint Augustin, en somme, distingue l’anima propre au vivant (hommes, animaux et plantes) qui ne sert en quelque sorte que de moteur et l’animus propre à l’homme, l’esprit vivifiant, l’ “âme qui sait” « éclose d’un souffle créateur »5.

Ainsi, l’animal est inférieur à l’homme qui lui-même est inférieur à Dieu. Au sommet de la hiérarchie se trouve la perfection de Dieu et tout en bas, se trouve ce qu’il y a de moins parfait (animaux, plantes). L’homme peut espérer atteindre un haut degré de perfection, et donc communier avec Dieu pour quelques rares moments d’extase, et ce, en ayant une conduite morale pour purifier son âme de pécheur et par des moyens obliques notamment l’intelligence. Il ne peut cependant y parvenir sans avoir reçu la grâce divine. Par conséquent, l’animal, cet être d’imperfection au plus bas de l’échelle, sans intelligence, sans raison et sans libre arbitre ne peut être touché par la grâce ni accéder à Dieu. On comprendra aisément que dans ce système théologique, l’animal n’a pas de choix, ne peut pécher et n’a pas à être sauvé. D’ailleurs, lorsque Saint Augustin commente la question paulinienne « Dieu s’inquiète-t-il des bœufs ? »6, il dit : «  Le Christ lui-même montre que s’abstenir de tuer les animaux ou de détruire les plantes est le comble de la superstition, car, jugeant qu’il n’existe pas de droit commun entre nous et les bêtes ou les arbres, il envoie les démons dans un troupeau de pourceaux et en les maudissant et dessèche l’arbre sur lequel il n’a pas trouvé de fruit. »7. De cette façon, Saint Augustin crée un clivage irréductible entre l’homme et la création et ouvre la voie sur la vision anthropocentrique du réel pouvant cautionner l’hybris du 20e et du 21e siècle.

IStFrancoisdassisevers11811226iconebyzantine1Thomas d’Aquin, quant à lui, très proche dans son rapport aux animaux de Saint Augustin, fait de ceux-ci de simples représentants de l’espèce et non des individus. Selon lui, les animaux ne peuvent être sujet de droit car ce ne sont pas des êtres moraux capables d’intention, de raison, de délibération. Tout comme Saint Augustin, Thomas d’Aquin pense que l’âme est irrationnelle chez l’animal : « La notion d’“anima viva” qu’on trouve dans la Vulgate est tantôt “rationalis” chez l’homme et tantôt “irrationalis” chez l’animal. »8. Comme précédemment expliqué dans l’article sur le judaïsme, pour les juifs, les animaux ont une âme différente de celle des hommes mais sont estimables, sensibles et possèdent une intelligence. Ils ont une place au paradis (voir Esaïe, 11, 6-9). Par contre, Thomas d’Aquin, avec son principe d’âme rationnelle aspirant à l’éternité et d’âme irrationnelle sans désir d’éternité, ferme définitivement la porte du paradis aux animaux. En effet, il pense que l’âme des animaux ne subsiste pas après décomposition du corps : « En effet, dans les animaux ne se trouve aucun désir d’éternité mais ils sont éternels comme espèce, dans la mesure où se trouve en eux un désir de reproduction grâce à laquelle l’espèce continue d’exister. »9. L’animal est totalement déconsidéré. D’ailleurs, Thomas d’Aquin écrit en parlant de l’âme des animaux : « (…) et idem apparet in motibus horologiorum et omnium ingeniorum humanorum quae arte fiunt »10 : « la même chose apparaît dans les mouvements des horloges et tous les moteurs mis en place par l’art de l’homme ». L’animal est comparable à une horloge, à des artefacts humains, ce qui nous renvoie incontestablement à Descartes et son concept de l’animal-machine.

Saint Augustin et Thomas d’Aquin sont des figures majeures dans l’histoire du christianisme et leurs écrits ont une autorité incontestable parmi les croyants. Drewermann nous dit que toutes les pratiques de l’ère industrielle « sont rendues possibles par un principe tiré de la foi chrétienne : seul l’être humain possède une vie immortelle, et les animaux ne sont qu’un matériel utilisable au profit de l’homme comme seigneur de la création dans le temps et l’éternité »11.

Marcel Gauchet soutient également que le christianisme est la religion qui permet la sortie de la religion en tant que structurante de la société. Par un déplacement du religieux qui devient de plus en plus transcendant, le monde des hommes complètement séparé du royaume de Dieu devient perfectible, contrôlable et désacralisé : « … Avec le dépli complet de l’extériorité divine, s’accomplit jusqu’au bout la transformation du mode de pensée et du statut de l’intelligible entamée dès les primes apparitions de l’écart du fondement (…) [et] émerge sur fond d’inaccessible absolu divin l’opposition constituante de la réalité nue et du moi pur. D’un côté donc la plus haute affirmation concevable de la grandeur de Dieu et, de l’autre, l’autonomie de la raison »12.

Pourtant, cette conception du réel en général et de l’animal en particulier n’est pas intrinsèquement chrétienne, sinon nous ne pourrions trouver une pensée dissidente au sein même du christianisme. En effet, des théologiens chrétiens se sont prononcés en faveur de la cause animale. Dans les premiers siècles de l’Eglise, il y a une théologie de l’apocatastase du grec apokatastasis qui rend l’idée d’un rétablissement de toutes les créatures sans exception. Ceci vient notamment de Marc 8, 12 : «  Elie vient d’abord et rétablit tout (…) ». Irénée de Lyon, éminent théologien d’Asie mineure, Père de l’Eglise du IIe siècle P.C.N. nous dit qu’à la fin des temps, « se produirait le rétablissement de la création dans son état originel » et que « ce rétablissement concerne aussi les animaux destinés au même titre que les hommes et les anges à retrouver l’état édénique »13. Maxime le Confesseur, disciple de Denys Pseudo-l’Aréopagite donnera toute son ampleur à l’apocatastase au 7e siècle.

D’autres théologiens chrétiens nous sont cités par Théodore Monod : Le moine Nestorien Isaac de Ninive qui « Lorsqu’il pense à eux [les animaux], lorsqu’il les voit, ses yeux versent des larmes »14 ; Saint François d’Assise qui dans son sermon aux oiseaux de Bevagna s’exalte : « Oiseaux mes frères, vous devez beaucoup louer et aimer votre créateur. Il vous a donné des plumes pour vous vêtir, des ailes pour voler… Il a fait de vous ses plus nobles créatures. » ; Richard Ocerton qui envisageait même une vie après la mort pour les moustiques, les puces et les crapauds. »15. Sans oublier, pour ne citer qu’eux, nos contemporains Théodore Monod et Eugen Drewermann.

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Cette liste d’exemples n’est pas exhaustive mais elle témoigne de la diversité de la théologie chrétienne et l’on peut se questionner dès lors sur les causes qui justifient la mise en valeur des idées de l’un au détriment de l’autre. Ce qui nous semble évident du reste c’est que ces théologiens tout au long de l’histoire du christianisme se sont positionnés en faveur des animaux et il faudrait qu’ils puissent regagner leurs lettres de noblesse afin d’être lus de manière plus large par les différentes communautés chrétiennes.

L’éthique animale fort présente dans la pensée juive n’est pas une préoccupation majeure de la pensée chrétienne dominante, l’homme et son salut étant au cœur de cette dernière. L’influence de la philosophie grecque est conséquente dans la théologie chrétienne. D’ailleurs, l’intégration de Paul de Tarse dans cet article est déterminante pour rendre le tout intelligible.

300px-StJohnsAshfield_StainedGlass_GoodShepherd_PortraitPour cela, il faut remonter au début du christianisme, aux alentours de 50 P.C.N. lorsque Paul (ou de son nom juif Saül) de Tarse, juif pharisien très zélé, citoyen romain hellénisé, part de sa propre initiative traquer les disciples de Jésus. Arrivant à Damas, ce jeune pharisien16 fait une rencontre non moins surprenante que celle de Jésus ressuscité (Nous vous invitons à lire le récit de cette spectaculaire conversion Actes de Apôtres 9, 3-19). Paul passe alors d’une persécution violente à l’endroit des disciples de Jésus au plus vif prosélytisme de la parole de l’Evangile. En effet, il se présentera comme celui dont le rôle est d’étendre la Bonne Nouvelle aux païens, aux non juifs. Cette prétention à l’universalité du message christique provient sans doute des structures impérialistes et universelles de Rome. Ainsi, le christianisme acquiert avec Paul sa dimension universelle. Paul parviendra à une « synthèse entre l’hellénisme et le judaïsme, sur le mode d’un moyen platonisme judaïsant et selon une dimension messianique gnostique »17. Paul rencontra à ses débuts de grandes difficultés à s’imposer. En effet, il fit l’objet d’une vive opposition de la part des disciples de Jésus dont Pierre et Jacques tous deux attachés au judaïsme traditionnel et au Temple. D’abord, Paul présenta Jésus comme le fils de Dieu non plus comme titre royal propre à toute l’histoire du judaïsme mais bien comme une caractéristique intrinsèque de Jésus. Rejeté par ses coreligionnaires, il est celui qui rompt définitivement avec le judaïsme allant jusqu’à pousser les croyants « à la défection vis-à-vis de Moïse » et les enjoindre de « ne plus circoncire leurs enfants et de ne plus suivre les coutumes »18. Cette histoire de circoncision sera une brèche pour légitimer progressivement l’abandon de la Loi pour les chrétiens convertis. Paul renverse la lettre en Esprit, ce qui importe ce ne sont plus les Ecritures judaïques mais ce qu’il y a dans le cœur. C’est ainsi que Paul dans son épître aux Romains (2 : 25-29) nous dit de la circoncision : « Sans doute la circoncision est utile si tu pratiques la Loi, mais si tu transgresses la Loi, avec ta circoncision, tu n’es plus qu’un incirconcis. Et lui, qui physiquement incirconcis, accomplit la Loi, te jugera, toi qui avec la lettre de la Loi et la circoncision, transgresses la Loi. En effet, ce n’est pas ce qui se voit qui fait le Juif, ni la marque visible dans la chair qui fait la circoncision, mais ce qui est caché qui fait le Juif, et la circoncision est celle du cœur, celle de l’Esprit et non de la lettre. Voilà l’homme qui reçoit sa louange non des hommes mais de Dieu”. Ce passage, considéré comme révolutionnaire, l’est beaucoup moins qu’il n’y paraît. En effet, le thème de la circoncision du cœur n’est ni nouveau ni propre au N.T. On le trouve de manière récurrente dans l’A.T. (Jérémie 4 : 4 ; Deutéronome 10 : 16 ; 30 : 6…).

Enfin, précisons que les juifs convertis au judaïsme n’étaient pas concernés par ces réformes et qu’à l’heure actuelle, la circoncision est encore d’actualité chez les coptes d’Egypte et d’Ethiopie, les chrétiens du Liban et du Moyen-Orient ainsi que certains groupes fondamentalistes évangéliques américains qui invoquent clairement des raisons religieuses à cette pratique.

Le message de Paul pourtant considéré comme capital dans le christianisme va à l’encontre du message des autres Evangiles. En effet, dans Matthieu 5, 17-19, Jésus nous dit : « N’allez pas croire que je suis venu abroger la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abroger mais accomplir. Car, en vérité je vous le déclare, avant que ne passent le ciel et la terre, pas un i, pas un point sur le i ne passera de la Loi, que tout ne soit arrivé. Dès lors celui qui transgressera un seul de ses plus petits commandements et enseignera aux hommes à faire de même sera déclaré le plus petit dans le Royaume des cieux. ». Paul transforme la parole du Christ : « Il ne refuse pas seulement la primauté de la loi juive : il y voit un “ministère de la mort, gravé en lettres sur des pierres”, qui doit céder le pas à un “ministère de l’Esprit” enveloppé de gloire (2 Corinthiens, 3, 7-8) »19. Finalement, Paul tente d’assouplir la Loi juive trop contraignante (613 commandements) en bon prosélyte notamment en regard de la circoncision qui était hautement critiquée par les païens. Force est de constater que Paul a favorisé l’adhésion au christianisme par une déjudaïsation du message christique et un habile discours hellénique propice à s’intégrer dans les structures psychiques religieuses pagano-romaines hellénisées.

Même si ce qui vient d’être explicité n’est pas directement lié aux animaux, cela nous permet cependant de souligner deux ruptures fondamentales d’avec le judaïsme et de comprendre comment petit à petit, les chrétiens se sont éloignés des prescriptions et de l’éthique judaïques en toute bonne conscience.

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En ce qui concerne les interdits alimentaires très chers aux juifs, il semblerait que certains passages soient fréquemment repris par les chrétiens afin de justifier l’abolition de ces interdits. Le passage de Matthieu 15 : 10-15 concerne le pur et l’impur : « Puis, appelant la foule, il leur dit : “ Ecoutez et comprenez ! Ce n’est pas ce qui entre dans la bouche qui rend l’homme impur ; mais ce qui sort de la bouche, voilà ce qui rend l’homme impur”. Alors les disciples s’approchèrent et lui dirent : “Sais-tu qu’en entendant cette parole, les Pharisiens ont été scandalisés ?” Il répondit : “Tout plant que n’a pas planté mon Père céleste sera arraché. Laissez-les : ce sont des aveugles qui guident des aveugles. Or, si un aveugle guide un aveugle, tous les deux tomberont dans un trou !” … Ne savez-vous pas que tout ce qui pénètre dans la bouche passe dans le ventre, puis est rejeté dans la fosse ? Mais ce qui sort de la bouche provient du cœur, et c’est cela qui rend l’homme impur. Du cœur, en effet proviennent intentions mauvaises, meurtres, adultères, inconduites, vols, faux témoignages, injures. C’est là ce qui rend l’homme impur ; mais manger sans s’être lavé les mains ne rend pas l’homme impur”».

Est-ce que dans ce passage Jésus abolit réellement les interdits alimentaires ou bien souhaite-t-il tout simplement souligner l’importance de l’adéquation qu’il doit y avoir entre les paroles, l’apparence et les actes. Si nous pouvons tenter une analogie, ce serait comme clamer haut et fort qu’on ne mange pas de viande alors qu’on bat son animal. La plupart des gens penseraient que cela ne vaut pas grand-chose mais est-ce que cela signifie pour autant qu’il faille manger de la viande ? Nous pensons que c’est l’hypocrisie que Jésus condamne et non la Loi. Le judaïsme est avant tout une religion de la praxis, faire le bien, agir conformément à Loi facilite l’intégration de l’agir moral, ainsi que la distinction du juste de l’injuste, du bien et du mal…

ADAM-AND-EVE-facebookPar ailleurs, le passage des Actes 10 : 9-33 est aussi employé pour justifier l’abandon des interdits alimentaires. Mais dans ce cas-ci, on frise la malhonnêteté intellectuelle. En effet, ce passage est souvent repris du verset 9-16 alors que le sens de ce chapitre ne se comprend qu’à la fin. : « … Pierre était monté sur la terrasse de la maison pour prier ; il était à peu près midi. Mais la faim le prit et il voulut manger. On lui préparait un repas quand une extase le surprit. Il contemple le ciel ouvert : Il en descendait un objet indéfinissable, une sorte de toile immense, qui, par quatre points, venait se poser sur la terre. Et, à l’intérieur, il y avait tous les animaux quadrupèdes, et ceux qui rampent sur la terre, et ceux qui volent dans le ciel. Une voix s’adressa à lui : “Allez, Pierre ! Tue et mange.” – “Jamais, Seigneur, répondit Pierre. Car de ma vie je n’ai rien mangé d’immonde ni d’impur.” Et de nouveau une voix s’adressa à lui, pour la seconde fois : “Ce que Dieu a rendu pur, tu ne vas pas, toi, le déclarer immonde !” Cela se produisit trois fois, et l’objet fut aussitôt enlevé dans le ciel. » Si l’on s’arrête à ces versets, on peut comprendre le sens abolitionniste. Mais continuons le chapitre : « (17- 33) Pierre essayait en vain de s’expliquer à lui-même ce que pouvait bien signifier la vision qu’il venait d’avoir, quand justement les envoyés de Corneille … se présentèrent au portail… Pierre était toujours préoccupé de sa vision, mais l’Esprit lui dit : “Voici deux hommes qui te cherchent. Descends donc tout de suite et prends la route avec eux sans te faire aucun scrupule : car c’est moi qui les envoie.”» (Pierre décide de partir avec eux pour rejoindre le centurion Corneille, homme juste et bon qui craint Dieu. Ils arrivèrent le surlendemain à Césarée chez Corneille). « … Au moment où Pierre arriva, Corneille vint à sa rencontre et tomba à ses pieds pour lui rendre hommage. “Lève-toi !” lui dit Pierre, et il l’aida à se relever. “Moi aussi, je ne suis qu’un homme.” Et, tout en conversant avec lui, il entra. Découvrant alors une nombreuse assistance, il déclara : “ Comme vous le savez, c’est un crime pour un Juif que d’avoir des relations suivies ou même quelque contact avec un étranger Mais, à moi, Dieu vient de me faire comprendre qu’il ne fallait pas déclarer immonde ou impur aucun homme. Voilà pourquoi c’est sans aucune réticence que je suis venu quand tu m’as fait demander…”». Une fois qu’on lit tout le chapitre, il est clair qu’il s’agit d’une vision symbolique que Pierre ne comprendra qu’une fois arrivé chez Corneille. Il le dit lui-même qu’il n’a pas encore compris ce message. Il ne le prend pas tel quel. L’interprétation du message divin de Pierre ne concerne nullement les animaux et les interdits alimentaires mais les hommes. Il s’agit tout simplement de remettre à jour un commandement divin majeur : « Aime ton prochain comme toi-même » présent déjà dans Lévitique 19 : 18 que Jésus ne fera que rappeler tout au long de son ministère (Romains 13 : 8 ; 13 : 10 ; Galates 5 : 14). Ou encore rappeler tous les commandements à l’égard des étrangers (Lévitique, Deutéronome, Exode). Jésus a voulu restaurer le message de respect à l’égard des non juifs que les juifs radicaux de l’époque méprisaient. Enfin, dans le N.T., comme le dit Elisabeth de Fontenay, les animaux sont en quelque sorte niés de leur existence concrète et ne représentent plus qu’une réalité symbolique20. Par conséquent, si, dans le N.T., les animaux ne sont que symboles, peut-on prétendre à juste titre qu’il s’agit bien d’animaux dans leur réalité matérielle uniquement pour ce passage-là ?

L’abolition de la circoncision, des interdits alimentaires ainsi que la réforme théologique de la divinisation du Christ rompent définitivement avec le judaïsme qui restera toujours attaché à sa tradition ancestrale. Pourtant, l’Eglise occidentale a maintenu l’interdit du Lévitique de manger de la viande non saignée jusqu’au 9e siècle et cet interdit demeure encore dans la plupart des Eglises d’Orient.

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Une première rupture avec le judaïsme s’est faite à partir d’un choix sémantique renversant le rapport de l’homme au réel, à savoir Genèse 1, 26-31. En effet, de protecteur et garant de la nature, l’homme passe au statut de maître dominateur de celle-ci.

Le contexte philosophique dans lequel le christianisme s’est vu mettre par écrit est sans doute signifiant pour comprendre ce changement : influence de Platon, Plotin, Aristote, empire romain… C’est pourquoi Saint Augustin intégrera la logique néoplatonicienne au christianisme creusant davantage le clivage entre le judaïsme et le christianisme tout en renforçant l’interprétation chrétienne de la Genèse 1, 26-31 issue de La Septante. Des siècles plus tard, Thomas d’Aquin marqué par Aristote scellera définitivement le sort des animaux en les cloisonnant dans une représentation dénuée de sensibilité, de raison et d’intelligence. Leur âme est mortelle et n’a pas de place au paradis.

Enfin, Paul citoyen romain hellénisé en voulant répandre la bonne nouvelle aux non juifs a métamorphosé la parole de Jésus qui s’adressait originellement aux juifs en vue d’accomplir la Loi et non de l’abolir. Il en résulte un Jésus divinisé (influence du moyen platonisme et du gnosticisme) et une volonté de remettre la Loi en question en faveur de l’Esprit. Bien sûr Paul est plus ambigu qu’il n’y paraît et présente dans ses écrits de nombreux paradoxes.

Le corpus de textes relatifs à Jésus est beaucoup plus conséquent que ce que nous connaissons du

N.T. En effet, il y a bien les textes canonisés mais il y a également toute une série de textes apocryphes qui ne sont pas reconnus officiellement par les autorités religieuses et peu connus du grand public. Pourtant, de nombreux textes bien antérieurs aux Evangiles existent alors que presque tous les récits évangéliques ont été composés après la révolte juive contre Rome en 66. Soit bien après la mort de Jésus. Il serait intéressant de confronter ces sources et de comprendre ce qui rend légitimes certains auteurs plutôt que d’autres.

L’Eglise occidentale a progressivement abandonné la plupart des prescriptions de l’A.T. alors que certaines communautés orientales ont conservé certains interdits et prescriptions alimentaires ainsi que la pratique de la circoncision. Plus on s’éloigne du lieu d’où est née la religion, plus des dispositions facilitant la pratique sont prises.

Comme nous avons essayé de le démontrer dans cet article, le christianisme est issu du judaïsme et Jésus dans Matthieu 5, 17-19 nous dit que la Loi est capitale. Même si la réforme théologique amorcée par Paul ne doit pas forcément être remise en question, l’A.T. ne devrait pas être considéré comme caduc. Le N.T. devrait s’inscrire dans la continuité de l’A.T. De cette façon, l’éthique animale judaïque pourrait faire de même et peut-être se voir appuyée par le message d’amour présent dans le N.T. en s’élargissant aux animaux et à la nature.

L’herméneutique d’une religion évolue forcément en fonction des changements que subit une société donnée. Face à l’avancée technologique, la consommation de masse et l’économie libérale totalement débridée, les textes doivent être réinterprétés. Deux choix s’ouvrent devant nous : la relecture doit-elle valoriser le système dans lequel nous sommes ou bien doit-elle dénoncer les dérives morales en gardant un message éthique fort assurant ainsi une ligne de conduite respectueuse de la nature. Aussi, pourquoi la mort de Jésus qui, symboliquement, est appelé l’agneau, ne pourrait-elle pas être perçue comme l’ultime mise à mort, l’ultime sacrifice et qu’en cela, nous comprenions que les animaux doivent être, eux aussi, épargnés du trépas. Le Christ ne serait-il pas venu pour passer un message inédit ? Quelle image aurions-nous d’un Christ égorgeant un agneau, une poule ou un bœuf dans son immense bonté ? Le Christ comme l’Ultime Sacrifié sauvant ainsi toutes les créatures vivantes.

Ne serait-ce pas la plus belle réinterprétation du message biblique ? Le plus haut niveau de conscience du lecteur biblique ? //

1 Première traduction grecque de l’A.T. par des savants hébreux. Pour plus de détails je vous renvoie à l’ouvrage collectif de Decharneux, Chopineau, Nobilio, Balzano et D’Helt, Bibles, une introduction critique, Bruxelles/Fernelmont, E.M.E, coll. Divin et Sacré, 2010.

2 Le pélagianisme est une doctrine chrétienne apparue au 4e siècle P.C.N. et développée par Pélage et Julien d’Eclane. Il insiste sur l’importance du libre arbitre et affirme que l’homme n’a pas à se racheter du péché originel. L’homme peut se préserver du péché par sa seule conduite.

3 Saint Augustin, Premières polémiques contre Julien, Paris, Desclée de Brower, coll. Bibliothèque Augustinienne, 1974, Livre VI, 105-106.

4 Elisabeth de Fontenay, op.cit., p.268.

5 Saint Augustin, Le Libre Arbitre, VIII, 18.

6 1 Corinthiens 9, 9-10

7 Saint Augustin, Les Mœurs de l’Eglise catholique et les mœurs des Manichéens, Paris, Desclée de Brower, 1949, II, XVII, 54 cité par Elisabeth de Fontenay in Le silence des bêtes, p.248.

8 Théodore Monod, Révérence à la vie, Paris, Grasset, 1999, p.94.

9 Eugen Drewermann, De l’immortalité des animaux, Paris, Editions du Cerf, 1992, p.30.

10 Saint Thomas d’Aquin, Somme théologique, Paris, Editions du Cerf, 1984-1986, question XIII, art.2

11 Eugen Drewermann, Ibidem, p. 24.

12 Marcel Gauchet, Le désenchantement du monde, Paris, Gallimard, 1985, p.103.

13 Elisabeth de Fontenay, Le silence des bêtes, Paris, Fayard, 1998, p.252.

14 Théodore Monod, op.cit, p.96.

15 Ibidem, p.97.

16 Un des partis juifs présents Judée durant la période du second temple entre le 1er siècle A.C.N et le 1er P.C.N.

17 Lambros Couloubaritsis, Histoire de la philosophie ancienne et médiévale, Paris, Grasset, coll. Le Collège de Philosophie, 1998, p.585.

18 Actes 21, 21.

19 Reza Aslan, Le Zélote, Paris, Les Arènes, 2014, p.252.

20 Elisabeth de Fontenay, op.cit., p.244.

Ronnie Lee : « Mettre un terme à l’exploitation animale » // Revue Ballast //

Entretien inédit pour le site de Ballast

Passer neuf années de sa vie en prison pour la cause animale ? Ce fut le cas de Ronnie Lee, activiste britannique cofondateur, en 1979, du Front de libération animale – organisation mondiale considérée par le FBI comme « l’un des éléments terroristes les plus actifs aux États-Unis ». Nous croulons sous les chiffres et ceux-ci peinent encore à nous parler : chaque minute, près de 90 000 poulets, 2 000 lapins, 2 400 cochons sont tués ; chaque minute, plus de 4 000 canards, 940 moutons, 540 bovins sont abattus. Entre 50 et 60 millions d’animaux non-humains sont utilisés, tous les ans, dans le cadre d’expériences en laboratoire. Ce droit de vie ou de mort, écrivit Kundera, « nous semble aller de soi parce que c’est nous qui nous trouvons au sommet de la hiérarchie ». C’est cette hiérarchie que Lee, et d’autres, voulurent démentir. Par la « violence », parfois, puisque rien ne parvenait à bouger dans le cadre autorisé par la loi – sabotage de serrures, bris de vitrines de fourreurs, de McDonald’s ou de bouchers, destructions de plateformes de chasse, raids contre des laboratoires de vivisection, etc. L’ALF – ou FLA – fonctionne sans la moindre centralisation : chacun peut, aux quatre coins de la planète, s’en revendiquer et agir en son nom (pour le meilleur et pour le pire, on l’imagine…). Ronnie Lee est aujourd’hui militant écologiste : celui qui sabota des véhicules et incendia un laboratoire a renoncé à « l’action directe » ; il s’échine désormais à convaincre, transmettre, relayer – en un mot, éduquer. Et si les animaux, demande-t-il, n’étaient plus nos esclaves ?


À quel moment de votre vie vous êtes-vous dit qu’il faudrait entrer en politique pour faire changer la situation ?

C’était il y a quelques années maintenant, lorsque les gens mobilisés contre le laboratoire de recherche animale Huntingdon Life Sciences ont presque réussi à le faire fermer. Les militants de Stop Animal Cruelty [Stop à la cruauté contre les animaux] étaient parvenus à convaincre la plupart des bailleurs de fonds, ainsi que toutes les banques commerciales britanniques, de retirer leurs participations du laboratoire. Mais le gouvernement d’alors, qui était travailliste, s’en est mêlé : il a pris la décision inédite d’autoriser le laboratoire à obtenir des services bancaires de la Bank Of England — ce qui lui a permis de se maintenir à flot. Puis le gouvernement a fait passer des lois rendant plus difficile de se mobiliser contre l’expérimentation sur les animaux. Il a aussi encouragé la police et les services judiciaires à arrêter et poursuivre les militants, par le biais de lois qui n’avaient jamais été, originellement, faites pour cela : le but était de mettre les militants anti-vivisection en prison. De nombreuses personnes ont reçu de longues peines de prison pour des actions liées à la SHAC, c’est-à-dire la campagne Stop Huntingdon Animal Cruelty — l’une d’entre elles écopant d’une peine de onze ans ! J’en suis arrivé à la conclusion que, bien que le gouvernement soit le principal coupable, les militants pour les droits des animaux étaient aussi à blâmer pour cette situation : nous ne nous étions pas investis dans une campagne politique à même d’empêcher un gouvernement pro-vivisection d’être élu. Je fus alors convaincu que les militants pour la libération des animaux devaient s’investir davantage en politique : si nous ne faisons pas de notre mieux pour élire un gouvernement digne de ce nom au pouvoir, nous pouvons difficilement nous plaindre lorsque celui-ci est mauvais.

Quelle fut, par le passé, l’action que vous avez réalisée et qui vous a semblé la plus efficace et la plus utile pour la cause animale ?

« Il y a plus d’animaux directement mis à mort par l’homme à chaque heure que le nombre total de victimes de l’holocauste nazi : il devient évident qu’il faut qu’il y ait un changement majeur. »

C’est difficile à évaluer. Il y a trente ans de cela, ou quelque chose comme ça, j’étais impliqué dans plusieurs actions directes ; certaines ont abouti, dans les faits, à la fermeture des établissements qui maltraitaient les animaux. Il y a eu une campagne en particulier, à Londres, contre un laboratoire nommé Biorex — il se livrait à toutes sortes d’expériences horribles. Ce fut une campagne longue et pleine de rebondissements, où des gens faisaient des sit-ins, des actions directes, des manifestations devant les bâtiments, etc. À la fin, le laboratoire a fermé et le bâtiment a été occupé par Greenpeace ; il est devenu leur quartier général au Royaume-Uni. C’est donc passé d’un endroit épouvantable pour les animaux à des bureaux utilisés par des gens afin de protéger l’environnement et les animaux qui y vivent ! Cela dit, bien que les actions directes aient sans aucun doute sauvé des milliers d’animaux de la souffrance et du massacre, j’en suis arrivé à la conclusion que, si nous voulions libérer d’autres animaux de l’oppression humaine, nous devions changer l’attitude fondamentale d’un grand nombre de personnes à l’endroit des animaux non-humains — et cela n’était et n’est possible que par une éducation vegan. Lorsqu’on prend en compte le fait qu’il y a plus d’animaux directement mis à mort par l’homme à chaque heure (l’immense majorité d’entre eux par l’industrie alimentaire) que le nombre total de victimes de l’holocauste nazi, il devient évident qu’il faut qu’il y ait un changement majeur, en profondeur, dans la société afin de mettre un terme à cette situation ignoble.

L’action directe ne peut pas, selon moi, amener ce changement social : je ne pense pas qu’il y aura assez de gens disposés à mener les actions nécessaires pour cela… Il nous faut donc nous tourner vers l’éducation vegan comme principale stratégie à même de libérer les animaux. Il y a des cas, dans mon pays, où la majorité de la population se montre opposée à une forme particulière de mauvais traitement, mais où ceux qui les commettent sont encore autorisés parce que le gouvernement refuse de légiférer. C’est le cas de la chasse au renard. Depuis des dizaines d’années, une majorité considérable de la population y est opposée mais cette pratique continue puisque les pouvoirs n’ont rien mis en place afin de l’interdire. La faute en incombe aux parlementaires — une majorité d’entre eux ne voulant pas interdire ladite chasse, ou ne considérant pas que ce soit un problème suffisamment important pour une loi… Il y a une loi, à l’heure qu’il est, mais elle n’est pas très contraignante et pas mise en place comme il le faudrait. C’est la même chose avec les expériences sur les animaux : la plupart des gens sont contre ces expériences cruelles mais ces tests sont encore pratiqués parce que le gouvernement n’a pas la volonté, là encore, de s’y opposer. L’opposition des gens ne suffit donc pas à faire cesser ce à quoi ils s’opposent ; nous devons nous investir dans l’action politique de manière à nous assurer d’avoir des personnes au pouvoir qui passent des lois de protection des animaux fortes et ambitieuses. Si les gens sont éduqués à être vegan, le nombre d’animaux tués pour la nourriture ou pour d’autres raisons sera massivement réduit — même s’il ne sera pas ramené à zéro car des gens voudront continuer de consommer des produits d’origine animale.

1(Chasse au phoque – DR)

La majorité des gens, même politisés, opposent souvent la défense des animaux à celle des hommes, comme si on ne pouvait pas militer pour les deux en même temps, comme si on ne pouvait pas étendre le désir d’émancipation à l’ensemble du « vivant ». Comment comprenez-vous ça ?

Dans les espaces où les gens sont focalisés sur la lutte contre le capitalisme, par exemple, ils ne disent pas qu’il ne faut pas, en même temps, lutter contre le racisme, le sexisme ou l’homophobie. Ils appuient toutes ces luttes et les considèrent comme compatibles avec le combat contre le capitalisme. Ils ne disent pas : « Nous n’avons pas de temps pour défendre les droits des gays parce que nous devons nous concentrer sur la lutte contre le capital. » Il a existé, à un moment, des anticapitalistes qui croyaient que lutter contre le sexisme, notamment, était une « diversion » ; je ne pense pas qu’il y en ait encore aujourd’hui… Cela n’a, de la même façon, aucun sens de dire que lutter contre lespécisme [idéologie prônant la suprématie d’une espèce sur d’autres, ndlr] n’est pas compatible avec d’autres combats : au contraire ! Il n’y a aucune raison de ne pas lutter contre tous ces systèmes. Ils sont connectés dans la mesure où nous parlons de préjugés. Le racisme, le sexisme et l’homophobie sont des formes de préjugés, tout comme le spécisme est un préjugé contre ceux qui sont considérés comme « différents ». Les gens doivent élargir leur manière de penser. Il y a seulement quelques centaines d’années, peut-être moins, les Noirs étaient considérés comme n’ayant pas de droits et inférieurs aux Blancs. Il était donc estimé légitime d’opprimer les Noirs et de les utiliser comme esclaves. Il y a eu, évidemment, un grand changement dans la manière de penser cette question, grâce à des campagnes et des gens qui réalisaient que les préjugés raciaux étaient moralement mauvais. C’est la même chose pour le spécisme.

Certains antispécistes très radicaux estiment que cette cause n’a rien à faire des catégories de « droite » et de « gauche » car les animaux se moquent bien de savoir comment votent les humains qui les exploitent. Vous estimez donc, quant à vous, que cette cause doit être connectée aux luttes sociales et anticapitalistes ?

Oui, absolument. Cela s’inscrit dans un même continuum. C’est une lutte contre les préjugés et l’exploitation et la lutte contre le spécisme est liée à toutes ces autres formes de lutte.

La cause animale reste souvent assez incompréhensible aux yeux du grand public. Même être végétarien (non-militant, pacifiste : juste, ne pas manger de la viande) déclenche des réactions parfois hostiles, au quotidien : des moqueries, des reproches, des accusations de « sectarisme ». D’où vient votre énergie, voire votre optimisme, à penser que les choses vont pouvoir changer un jour ?

« Le fort persécute le faible. Cela me remplit de colère, et c’est de cette colère que je tire l’énergie de lutter. »

L’hostilité envers les végétariens et les vegans est, je pense, de moins en moins présente ces derniers temps. À mesure que la popularité du végétarianisme et du veganisme croît, de plus en plus de gens arrêtent ou réduisent leur consommation de produits animaux. Maintenant, ce qui me motive — je vous le dis franchement —, c’est principalement la colère. De la colère contre l’injustice que représente la persécution des animaux : ce que nous voyons, c’est une forme extrême de harcèlement. Le fort persécute le faible. Cela me remplit de colère, et c’est d’elle que je tire l’énergie de lutter. Je pense cependant que cette colère doit être contrôlée et utilisée comme carburant plutôt que de la laisser dominer ; nous ne faisons pas les choses de la manière la plus sensée lorsque celle-ci nous pousse de façon incontrôlée. Il faut essayer d’utiliser la colère qui nous fait bouger dans une direction déterminée, par l’analyse et la pensée sereine — c’est ce que tente en tout cas de faire.

En France, les Cahiers antispécistes comparent volontiers la manière dont nous traitons les animaux – en terme de logistique, de technique et de démarche – à l’apartheid sud-africain ou aux camps d’extermination nazis : est-ce une comparaison pertinente, pour frapper les esprits ?

Ça l’est tout à fait. Ce dont nous parlons, c’est le suprémacisme et l’impérialisme. Les nazis, par exemple, se considéraient comme supérieurs aux autres races ; leur idéologie prônait la supériorité de la race aryenne sur les autres. À cause de cette idéologie, ils ont cru juste et approprié de persécuter des gens d’autres races et de les mettre dans des camps de concentration, et même de réaliser des expériences sur eux, de les expulser de leurs pays et d’occuper ces derniers. Les nazis avaient une politique intitulée « Lebensraum », ce qui signifie « espace vital » : elle consistait à déplacer les gens hors de leurs terres, à les réduire en esclavage ou à les envoyer en camps. Puis ils occupaient ces terres avec des Aryens. C’est très proche de ce que font les humains aux autres animaux. Nous avons notre propre politique de Lebensraum : nous prenons les territoires des autres animaux et les utilisons pour servir nos propres objectifs. Puis les animaux sont persécutés de diverses manières, selon que cela soit pour la nourriture, les expériences, etc. Il y a un parallèle très clair entre la manière dont les nazis traitaient les autres races et celle dont l’espèce humaine traite les autres espèces. L’espèce humaine se comporte comme un ramassis de fascistes et d’impérialistes au regard du traitement qu’elle réserve aux autres animaux.

2(Dauphins massacrés aux Iles Feroé – The Guardian)

Nous avons, à plusieurs reprises, interviewé des militants favorables à la défense des animaux ; ils promouvaient tous des méthodes légales et non-violentes. Certains pensent qu’il suffirait de montrer aux humains des vidéos d’abattoirs pour que tout change et que l’utilisation de la violence s’avère contre-productive, car elle braque l’opinion et la détourne de cette cause. Comment percevez-vous ce fameux débat ?

Je peux comprendre ce qu’ils disent et je pense fondamentalement que la chose la plus importante est l’éducation. Il s’agit, comme je l’ai dit, de changer la manière dont les gens ordinaires agissent. Et ce pour deux raisons : d’abord, parce que leur comportement actuel constitue en lui-même un soutien à la persécution d’autres animaux. Si les gens achètent des produits d’origine animale, s’ils vont au zoo, s’ils vont au cirque, cela revient évidemment à soutenir, encourager et financer les abus faits sur d’autres animaux. Deuxièmement, il s’agit d’essayer de créer un système politique où les animaux seront traités correctement – autrement dit, de mettre en place un gouvernement qui promulgue les lois nécessaires ; il faut donc que les gens votent en ce sens. Il est très important d’éduquer les gens pour changer leurs comportement en tant que consommateurs, mais aussi, dans un second temps, leur comportement politique. C’est d’une importance vitale.

« Il est très important d’éduquer les gens pour changer leurs comportement en tant que consommateurs. »

Quant à la violence à proprement parler, tout dépend, déjà, de la manière dont on définit la violence ! Les dégâts sur une propriété sont souvent qualifiés de « violence », sans que personne ne soit physiquement blessé — personnellement, je n’appellerais pas ça de la violence (la violence, c’est lorsqu’une personne est physiquement attaquée). Savoir si la violence est une bonne ou une mauvaise chose est une question de tactique, quant à la meilleure façon d’avancer afin de changer clairement les choses. Je le répète : cela doit, largement, passer par l’éducation. Quand il y a des actions directes, il y a parfois de l’indignation dans les médias, mais est-ce que cela représente l’opinion générale des gens ordinaires ? J’ai tendance à croire que la plus grosse part du tapage est causée par des gens qui veulent abuser des animaux et qui qui crient simplement plus fort parce qu’ils sont contrariés par les activités de libération des animaux. Je ne pense pas que cela reflète la manière dont la personne moyenne pense. Si vous ou moi voyions quelqu’un dans la rue qui bat son chien, et que nous disions « s’il vous plaît, ne battez pas votre chien », mais qu’il continue de le faire, nous devrions employer la force – qui pourrait être définie comme de la « violence » – afin que cesse cette situation. Cela serait-il injuste ? Ça ne l’est pas. Et je ne vois pas la différence, en termes moraux, entre quelqu’un qui bat son chien dans la rue et quelqu’un qui torture un animal dans un laboratoire. Si quelqu’un se rend dans un laboratoire et fait usage de violence ou – je préfère ce terme – utilise la force afin de faire cesser cette situation injuste, je ne critiquerais pas plus cette personne que celle qui utilise la force pour empêcher un individu de battre son chien dans la rue. Il faut être très prudent avant de condamner les gens qui effectuent ce genre d’actions directes.

Je pourrais aller, là, maintenant, dans un laboratoire et attaquer physiquement une personne qui se livre à une expérience sur un animal pour l’empêcher de le faire, et je ne pense pas que mon action serait moralement répréhensible — quand bien même elle causerait une blessure grave, voire la mort du vivisectionniste. Mais je raisonne en terme stratégique : quelle est la meilleure manière de tenter d’arrêter les expériences sur l’ensemble des animaux ? Attaquer le vivisectionniste ne semble pas être la meilleure option. Est-ce mieux d’attaquer physiquement un vivisectionniste et de finir en prison, réduisant d’autant ma capacité à mener des campagnes pour la libération des animaux ? Ou est-il préférable de faire de l’éducation et des actions politiques et de rester capable, durant des années, de faire cesser la vivisection prise dans sa totalité ? Il s’agit de penser sur le long terme. Ceux qui méritent condamnation sont ceux qui maltraitent les animaux et tous ceux qui ne font rien pour faire cesser leur persécution. Nous menons une longue guerre contre l’impérialisme humain, et pour gagner une guerre, il faut penser le long terme et avoir une stratégie capable d’apporter, au final, la victoire. Il faut être implacable dans la recherche de la libération animale, en particulier dans l’analyse minutieuse de la situation, dans la formulation de la stratégie la plus à même de réussir, et dans le fait de s’y tenir résolument. Je ne veux pas que les gens pensent une seconde que mon choix éducatif et politique, plutôt que l’action directe que je soutenais par le passé, soit un signe de relâchement. C’est, simplement, que je suis devenu plus implacable encore.

lee8(Elevage intensif – ASSOCIATED PRESS)

En prison, vous aviez fondé le magazine Arkangel. Quel rôle cette publication a-t-elle joué dans votre évolution ? 

Mon évolution est advenue plus tard. Arkangel promouvait encore l’action directe autant qu’il le pouvait. Une des principales raisons pour lesquelles j’ai été emprisonné est que j’avais été jugé comme éditeur de la lettre d’information du groupe de soutien au Front de libération animale, qui sortait tous les deux mois à destination des personnes engagées dans la cause défendue par le FLA. Dans cette lettre, il y avait tout un tas d’éléments qui encourageaient les gens à mener des actions illégales et à rejoindre le FLA – nous avions même une sorte de bande dessinée, qui montrait concrètement comment entrer par effraction quelque part et comment désactiver les alarmes. C’était très explicite… Nous avons fait cela pendant un certain temps. Ils ont dit que j’étais l’éditeur de cette lettre : je ne l’étais pas, en réalité, mais c’est ce qui a été retenu au tribunal. Avec Arkangel, je me suis dit que nous devions être très prudents et agir de façon à éviter les poursuites judiciaires. Je voulais que ce magazine remplace la lettre d’information, mais de manière plus intelligente. Ce n’était donc pas exactement sur les mêmes lignes que celles que je défends aujourd’hui, mais je pense qu’il y avait tout de même plein de choses utiles dans Arkangel.

Est-ce que vous considérez les membre du FLA emprisonnés – ou tout prisonnier membre d’un mouvement similaire – comme des prisonniers politiques ?

« Je raisonne en termes tactiques : quelle est la meilleure manière de tenter d’arrêter les expériences sur les animaux ? »

Oui, absolument. Ce sont des prisonniers politiques. Est-ce que cela signifie que ces prisonniers doivent être traités différemment des autres prisonniers, c’est une autre question. Mais ce sont des prisonniers politiques.

Vous avez été emprisonné en 1986 et relâché six ans plus tard. Dans quelle mesure le temps passé en prison a-t-il influencé votre parcours futur ?

Comme je savais que serais surveillé de très près dans tout ce que je ferais, je suis sorti de prison en me disant qu’il me serait très difficile de m’impliquer de nouveau dans l’action directe. C’est donc à ce moment que j’ai songé à me rendre dans la rue et à tenir des tables pour éduquer les gens. Ce fut difficile, au départ, car je n’avais jamais eu beaucoup de contact avec le public ordinaire auparavant, mais j’ai gagné en confiance en aidant des gens qui tenaient déjà des tables dans la rue, jusqu’à ce que je sois finalement capable de les organiser et de les tenir moi-même.

Le fait de rejoindre le Parti Vert (Green Party), au Royaume-Uni, fut la suite logique ?

Oui, même si c’est venu bien plus tard. Pendant environ treize ans, ma femme et moi avons mené une campagne sous le nom de Greyhound Action [Action Lévrier] pour la protection des lévriers. Tout a commencé quand nous avons adopté un lévrier et que nous nous sommes investis dans une association, que nous aidions en transportant les chiens vers leurs nouvelles maisons. C’est ainsi que nous avons découvert le nombre de morts liés à l’industrie des lévriers de course. Je ne crois pas que vous ayez de courses de lévriers en France, mais dans certains pays – Les États-Unis, l’Irlande, le Royaume-Uni –, c’est organisé à une échelle commerciale. Environ 10 000 lévriers meurent chaque année à cause de l’industrie britannique – et la situation en Australie est la pire de toutes. Nous avons donc commencé à mener campagne, en tentant de faire fermer les champs de courses. Ça a commencé modestement. Au début, nous avons considéré cette campagne comme une petite partie de tout ce que nous faisions, de manière plus générale, mais, à l’arrivée, j’y passais 80 heures par semaine ! C’est là que j’ai décidé de m’engager en politique. Il y avait eu des tentatives afin d’établir des connexions politiques (quand, par exemple, le gouvernement Labour avait été élu en 1997) mais les promesses n’étaient pas tenues. Il y avait un type, qui s’appelait Barry Horne, un militant pour la libération des animaux, qui se trouvait en prison pour une longue peine relative à ses actions au FLA. Barry a fait une grève de la faim pour obliger le gouvernement à tenir ses promesses et, notamment, le pousser à organiser une Commission royale afin d’enquêter sur les expériences sur les animaux. Ils ont refusé et Barry a fini par mourir des suites de sa grève… Cela avait amené nombre de militants à croire que l’engagement politique était une grosse erreur, puisqu’on ne pouvait faire confiance aux politiciens. Puis il y a eu la répression du gouvernement contre la SHAC, dont je vous ai parlé.

« La principale aire de souffrance animale et de massacre est l’industrie alimentaire — et en particulier les fermes industrielles et la pêche industrielle. »

Ces éléments m’ont amené à penser, au contraire de bien d’autres militants, qu’il fallait entrer en politique. De manière réaliste, qu’on le veuille ou non, nous aurons toujours une forme de gouvernement, au moins dans le futur proche. La principale aire de souffrance animale et de massacre est l’industrie alimentaire — et en particulier les fermes industrielles et la pêche industrielle. Chaque année, plus de 8 milliards d’animaux sont consommés au Royaume-Uni — ce qui dépasse de loin le nombre d’animaux tué par chacune des autres industries de la maltraitance animale. Sous les gouvernements successifs, dont les gouvernements Labour, cela s’est empiré : des aides importantes ont été données à ces industries. Nous devons travailler afin d’obtenir un gouvernement qui transforme cette situation. Quel serait le meilleur parti politique pour cela ? J’ai pensé que ce devait être le Parti Vert : ils ont, et de loin, la meilleure position en terme de protection des animaux. Celle-ci n’est pas parfaite (en aucun cas), mais leur politique prône l’abolition des fermes industrielles et la réduction drastique de la pêche industrielle. Il y avait deux possibilités pour moi : rentrer dans le Labour Party et essayer de le changer radicalement ; rejoindre les Verts et essayer de les faire arriver au pouvoir. Bien sûr, les choses sont un peu différentes à présent : le leader actuel, Jeremy Corbyn, est un fervent soutien de la protection des animaux. Il a nommé un vegan, Kerry McCarthy, comme ministre fantôme de l’environnement. Le problème, c’est que la plupart des membres travaillistes du Parlement ne soutiennent pas Jeremy Corbyn — c’est un homme bien, mais la majorité de ses collègues ne le sont pas. Avec quelques autres, nous avons formé un groupe baptisé « Les Verts pour la protection animale » (VPA – GPA), qui fait campagne au sein du Parti Vert pour améliorer ses positions et le convaincre de donner une plus grande importance à la protection animale.

4(Abattoir de Charleroi – DR)

Un penseur anticapitaliste et écologiste français, Paul Ariès, a écrit un livre particulièrement violent contre l’antispécisme et le FLA*. Il les accuse de mettre à sac la tradition humaniste.

Dire que les militants pour la libération des animaux sont anti-humanistes revient à dire : si vous êtes contre les nazis, vous êtes aussi anti-Allemands, non ? La libération animale n’est pas en opposition aux êtres humains en tant que tels ; elle se place en opposition par rapport au comportement des êtres humains quand ils oppressent et persécutent d’autres animaux. Les deux choses sont différentes. Ce que Paul Ariès dit n’a pas de sens. Être opposé à l’impérialisme humain ne revient pas à être opposé à tous les humains, mais à s’opposer à un régime qui a été mis en place. Et cette cause ne vise pas les gens ordinaires de façon prioritaire, mais bien plutôt le type de leadership que nous avons, parce que la plupart des gens suivent les dirigeants. Les gens ordinaires ont eu le cerveau lavé : ils sont nés dans un système et une société où on leur dit constamment que les hommes sont supérieurs aux autres animaux. Les personnes qui promeuvent et poussent le système suprémaciste sont ceux qui ont un intérêt personnel ou commercial à la maltraitance des animaux, et les leaders politiques qui les soutiennent — voilà les gens qui organisent l’impérialisme humain ; ce ne sont pas les gens ordinaires.

Enfin : quelle place la religion, et plus particulièrement la religion chrétienne, a-t-elle joué dans notre perception des animaux ?

C’est effectivement un problème. Beaucoup de religions, et en particulier la religion chrétienne, assurent que les humains sont faits à l’image de Dieu et que nous sommes l’espèce la plus importante, celle qui doit dominer la terre. C’est profondément ancré dans la religion chrétienne et dans la plupart des autres religions, et cela encourage évidemment le spécisme. En tant qu’athée, je n’aime pas les religions ; elles sont irrationnelles et nocives — ce qui ne veut pas dire, évidemment, que toutes les personnes religieuses sont mauvaises ! J’ai connu grand nombre des croyants très biens, mais ils n’étaient pas bons parce qu’ils étaient religieux : c’étaient des gens bien qui se trouvaient être religieux. Le veganisme et la libération animale sont des concepts rationnels et, sans doute pour cela, je n’aime pas ce qui tient de l’irrationnel. Même si j’ai connu des chrétiens qui furent d’excellents militants pour la protection des animaux, je dirais que c’est malgré leur christianisme plutôt que grâce à lui — dans son ensemble, cette religion a encouragé la persécution d’autres animaux.


NOTES

* Paul Ariès, Libération animale ou nouveaux terroristes ? Les saboteurs de l’humanisme, Golias, 2000.


Traduit (de l’anglais) par Jean Ganesh.

REBONDS

☰ Lire notre entretien avec L214 : « Les animaux ? C’est une lutte politique », novembre 2015
☰ Lire notre entretien avec Aurélien Barrau : « Le combat animalier est frère des combats d’émancipation et de libération », septembre 2015
☰ Lire notre entretien avec Normand Baillargeon : « Le statut moral des animaux est impossible à ignorer », novembre 2014

Lien vers l’article original: http://www.revue-ballast.fr/ronnie-lee/

WHITE GOD // Kornél Mundruczo

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Ce long-métrage hongrois réalisé par Kornél Mundruczo raconte l’histoire de Hagen, gentil Labrador croisé Shar Pei, et de sa jeune et complice maîtresse Lili. Alors que le gouvernement impose une forte taxation sur les bâtards afin de privilégier les chiens de races pures, le père de Lili décide d’abandonner Hagen à son triste sort. Comme des centaines d’autres chiens, traqué par la fourrière, Hagen découvre la vie vagabonde et la lutte pour la survie. Il tombera entre de mauvaises mains et explorera, bien malgré lui, la face la plus sombre de l’humanité, et sa descente aux enfers l’emmènera toujours plus loin dans la cruauté. Brisé, Hagen va s’unir avec les autres chiens des rues: l’heure de la vengeance a sonné…

Le calvaire de Hagen dénonce l’hypocrisie de notre société qui opprime ses minorités jusqu’à les acculer à la révolte. Cette société qui, incapable de se remettre en question, n’a pour réponse que la répression, indéfiniment.

Un film mystérieux, passionnant, à la fois réaliste et fantastique, dur et émouvant, sombre et brillant.

Bande-annonce: http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19549075&cfilm=228246.html

SALVADOS ! // de Mathias de LATTRE

salv
Ce très beau livre réunit quinze photographies de Mattias De Lattre et présente des Podencos et Galgos, tous sauvés de l’enfer espagnol et à présent adoptés en famille, sous leur plus beau jour. Une manière originale de leur rendre hommage et montrer leur beauté et leur noblesse malgré le passé qu’ils ont enfin laissé derrière eux.
Cet ambitieux projet à donné naissance à plusieurs expositions ainsi qu’à ce superbe catalogue dont 50% des bénéfices sont reversés à plusieurs associations de sauvetage de lévriers espagnols.
Attention tirage limité!

Pour commander votre exemplaire: http://www.mathiasdelattre.com/salvados-2/

« WHERE HUNTING DOGS REST » // Martin USBORNE

where
Pour dénoncer l’abandon massif et le massacre des Podencos et Galgos en Espagne, le photographe britannique Martin Usborne est allé les rencontrer dans leur refuge andalou.
Le résultat est une série de 60 photographies magnifiquement tristes. Ses modèles, sublimés par une mise en scène rappelant volontairement le peintre Velasquez, ont été immortalisés dans leur refuge, sous une lumière froide et naturelle. Un hommage vibrant et important.
Pour commander l’ouvrage: http://martinusborne.com/where-hunting-dogs-rest/

« PLANETE CHIEN » // Joëlle CaveRivière

plaUne bonne communication est le secret d’une relation saine et équilibrée. Mais comment savoir si votre chien vous comprend, et êtes-vous sûr de si bien le connaître?

Ce manuel d’éducation vous donne des bases essentielles et simples pour une relation humain-chien basée sur le respect. Ici, pas de punition, pas de thérie de la dominance, « méthode positive » oblige émoticône wink Joëlle CaveRivière vous donne les outils pour « comprendre le chien » (c’est d’ailleurs le sous-titre du livre) et ouvrir de nouvelles voies à votre histoire avec Loulou.
A mettre entre toutes les mains.

En plus, en achetant le bouquin, une partie des bénéfices est reversée à l’association de votre choix!


Pour commander: http://www.planetechien.com/sys/300-livre.php

La vie des bêtes // un film d’Orso Miret, diffusé sur Arte en février 2015 –

vie

Un groupe d’activistes pénètre par effraction dans un laboratoire d’expérimentation pour libérer une douzaine d’animaux.
Au même moment, Cédric, le policier chargé de l’enquête rencontre Estelle, vétérinaire et militante pour les droits des animaux.
Qu’est ce qui pousse des gens ordinaires à flirter avec l’illégalité pour défendre la vie des bêtes? Où se situe la limite de l’extrémisme et jusqu’où peut-on aller pour faire entendre sa voix et celle de ceux qui n’en ont pas?

http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=235199.html