« On demande que justice soit faite lors du maxi procès des combats de chiens de Madrid et des Canaries » // Lucía Arana pour El Caballo de Nietzsche // ElDiario.es // 16.03.22

// Le procès a commencé alors que cela fait déjà cinq ans qu’une vaste opération policière a permis
l’arrestation de 34 personnes et le sauvetage de 226 chiens retrouvés dans un état effroyable.

Chiens sauvés lors de l’opération en 2017 – Police Nationale

La partie civile réclame l’application de peines maximales: Quel critère doit avoir un réseau criminel
pour être considéré comme tel? Si nous tenons compte d’une hiérarchie clairement constituée, d’un
fonctionnement bien huilé, d’une structure stable incluant même son propre jargon alors nous pouvons
affirmer que le réseau démantelé par la police en 2017 lors d’une importante opération en était bien un.
Beaucoup de membres de ce groupe n’avaient ni travail ni rentrées d’argent déclarées mais leurs
portefeuilles contenaient des centaines d’euros lors de leur arrestation. Les chefs du groupe n’avaient
aucune activité salariale mais possédaient en revanche plusieurs propriétés, l’un d’eux du nom de Rafa
voyageait même régulièrement avec des chiens à destination de l’Amérique du Sud, la Chine ou la
Thaïlande.

Nous parlons d’au moins 23 personnes originaires de Madrid, Alicante, Murcia, Almeria, Malaga et les
Canaries qui depuis une dizaine d’année maltraitaient de diverses façons très cruelles des centaines de
chiens. Parmi eux se trouvaient deux vétérinaires, un de Madrid et un des Canaries, ainsi qu’un agent de la police locale de Adeje.

L’opération d’investigation, incluant des écoutes téléphoniques, menée par des agents de la police
judiciaire, par le Haut Commissariat de la police des Canaries ainsi que celle de Tenerife, Alicante et
Murcie a abouti à un plein succès qui débouche enfin cinq après sur l’ouverture du procès.


Une vie de tourment

La vie de ces animaux entre les mains de leurs bourreaux n’aura été que souffrance physique et mentale
depuis leur naissance jusqu’à la mort sur le ring ou des suites de blessures dûes au combat.

Captivité, conditions désastreuses d’hygiène et de santé, entraînement poussé à l’extrême, alimentation
inapproprié, administration de substances dopantes ou d’anabolisants, même à usage humain, sont quelques exemples de ce qu’ont subi ces animaux.

Lors de la descente de la police en plein combat de chiens dans la localité de Guimar(Tenerife) les
perquisitions on conduit à des découvertes glaçantes: des dizaines de chiens dans un état
effroyable, entourés de leurs excréments, sans eau ni nourriture, aucun espace pour bouger ni refuge pour s’abriter des intempéries, la plupart d’entre eux souffrant de graves infections. Les blessures
étaient grossièrement recousues avec des agrafes par des gens sans aucune formation ni expérience
vétérinaire. Dans plusieurs des propriétés on a retrouvé une multitude de cadavres et nombre de chiens
recueillis par l’association Salvando Angeles sin Alas(SASA) ont dus être euthanasiés.

Le destin des chiens utilisés comme sparring partner était particulièrement terrible. Sans
défense, seuls, livrés en pâture durant les «entraînements», ils n’avaient ni la corpulence ni l’expérience
nécessaire pour pouvoir faire face à leurs adversaires eux -même victimes du système. Dans un enclos à Alicante on a même retrouvé de nombreux Chihuhuas.

Chihuahuas sauvés dans une des fincas – Policía Nacional


Quand le vétérinaire est ton bourreau et que le policier n’est pas ton ami

Parmi le réseau démantelé figuraient deux vétérinaires et un policier municipal. Quel futur peuvent bien
avoir ces animaux si ceux qui devraient les protéger font de l’argent sur leur dos en les torturants? Quel
espoir pouvons-nous avoir en la justice alors que ceux qui la rendent considèrent ces scènes d’horreur
comme un délit mineur?

On présume que le rôle des vétérinaires un à Madrid, l’autre aux Canaries, était de fournir à l’organisation
durant des dizaines d’années tout le nécessaire pour continuer leurs affaires criminelles, impunément et
sans éveiller le moindre soupçon. Papiers et passeports en blanc afin de pouvoir voyager avec n’importe
quel chien, ordonnances en blanc, du sérum afin de remettre sur pied des chiens blessés durant les combats et bien d’autres types de substances y compris des produits pour les euthanasier. Les chefs de
l’organisation étaient les seuls à avoir un contact direct avec les vétérinaires qu’ils surnommaient «mains
d’or». On peut supposer que ces chefs étaient parfaitement conscients du fait que sans la collaboration de ces vétérinaires ils n’auraient pas pu poursuivre leur activité.

Très précieuse aussi l’aide de ce policier de Adeje, qui selon le dossier de l’accusation, non seulement
facilitait la fourniture d’anabolisants à usage humain que l’on injectait aux chiens, mais qui de plus
participait activement à l’organisation des combats et détenait lui-même 40 chiens trouvés dans un état
effroyable. Sur le terrain de sa propriété on a retrouvé aussi de nombreux cadavres en décomposition.


Un accord possible

Le parquet a tenté de trouver un accord avec les accusés, accord qui aurait été refusé par certains d’entre
eux, dont les deux vétérinaires. Cet accord comme l’explique l’avocate Francisca Gutiérrez « se base sur
l’application de circonstances atténuantes amenant à des réductions de peines en échange de la
reconnaissance des faits ».

Cela est préoccupant car le parquet « pourrait ne plus tenir compte des accusations de la partie civile
concernant le délit de bande criminelle organisée » souligne Gutiérrez,avocate représentant l’association
«Podemos Canarias». « Si les circonstances atténuantes sont appliquées les accusés écoperaient de peines bien moindres de ce que demande l’accusation ».

L’association SASA qui s’est également portée partie civile redoute tout autant ce scénario: « nous parlons
de membres d’une organisation criminelle dont l’activité était de faire mourir des chiens lors de combats, à peu près 200 avérés. Or le parquet sollicite pour eux les peines minimum, dans ces conditions il n’y a
aucun espoir pour la protection animale dans ce pays » souligne l’avocate Nuria Ochoa. « Si le tribunal de
l’environnement ne sollicite pas une peine exemplaire pour ce cas, quand le fera-t-il? »

L’affaire est en cours de jugement et rien n’a encore été décidé. Francisca Gutiérrez qui fait partie de
l’association INTERcids, service juridique pour les animaux, souligne que « nous, partie civile, ferons tout
notre possible pour que les accusés écopent de la peine maximale pour délit de crime en bande
organisée. Nous plaiderons pour des condamnations supérieures à celles que demande le procureur.
Il faut rendre justice à ces animaux dans le respect des lois; on exigera aussi que la responsabilité civile
des accusés soit engagée ».

Notre société est de plus en plus sensible à la maltraitance animale, ce cas en particulier avec ses très
nombreuses victimes, accompagné de tant de cruauté et de violences systématiques provoque une grande indignation. Le succès de la pétition mise en ligne sur la plate-forme Change par un des refuges
d’accueil, dépassant 20.000 signatures en quelques jours le prouve.

Même si quelques organisations informent sur cette réalité il reste encore beaucoup à faire et sans aucun doute nous rencontrerons beaucoup de résistance. Comme le reconnaît l’avocate Ochoa : « Le délit de maltraitance animale semble être encore un délit de second ordre, introduit dans le code pénal uniquement pour apaiser une grande partie de la société.»

Chienne au cou brisé trouvée lors de l’opération – Policía Nacional

En présence de mineurs

Comme si cela ne suffisait pas les combats se déroulaient en présence de mineurs, membres des familles des accusés. Cette circonstance est un point pénalement aggravant. Mais de plus cela devrait
alerter notre société dans la perspective de la protection de l’enfance et des personnes vulnérables.
L’association CoPPA, coordination professionnelle pour la prévention des abus, travaille depuis plusieurs
année en ce sens. « Les études démontrent que la maltraitance animale a un impact négatif sur le développement des enfants et des adolescents dont le manque d’empathie perpétue le cycle de la
violence. Certains mineurs peuvent souffrir d’angoisses et de peurs, dépression et traumatismes incluant
cauchemars et troubles du sommeil. »

Cela est d’autant plus vrai que les adultes qui accompagnaient les mineurs à ces spectacles, leurs parents et référents en l’occurrence, chahutent et célèbrent la violence. « La présence d’un adulte proche manifestant son enthousiasme pourrait même exacerber l’impact négatif sur l’enfant » alerte la CoPPA.
La banalisation et l’apprentissage d’attitudes et comportements agressifs correspond à un schéma qui
conduit à des adolescents asociaux développant des attitudes comme le bullying et la délinquance et chez les adultes mène à la violence entre personnes » ajoute la CoPPA.


Comment seraient ces chiens si on les traitait avec respect?

La plus-part des gens étiquettent ces chiens comme « assassins » sans les connaître. Beatriz de la Torre est présidente de l’association SOS Pitbull and Horses. Elle a adopté son mal nommé chien dangereux à l’âge de vingt ans et à partir de là elle s’est formée en tant qu’éducatrice. L’association qu’elle préside a été créée en 2013 et depuis une centaine de chiens sont passés par là. « Nous évaluons quels sont les besoins du chien, les éduquons, et nous leur cherchons une famille d’accueil ».

Lorsque Beatriz parle de ces chiens le mot revenant le plus est «sensible». « Les gens pensent que ces
chiens sont très costauds, qu’ils supportent tout et que par conséquent leur éducation doit être basée sur
la force, les punitions physiques et les diktats » explique-t-elle. « En fait un de leur besoin primordial est le
contact avec l’humain. Ils aiment tout autant la présence de leurs congénères. »

ILs sont nombreux à chercher un foyer chez SOS Pitbull & Horses

Lorsque j’écoute Beatriz parler me revient le mot « incompris ». « Ce sont des chiens qui vivent
enfermés, enchaînés et les gens ne les gardent pas dans de bonnes conditions; ils peuvent réagir de façon agressive, non à cause de leur race mais à cause des mauvais traitements » souligne l’éducatrice. « Si on te traite à coup de bâtons tu seras plus agressif que si on te traite avec gentillesse. Ce sont des chiens très, très sensibles même si physiquement très impressionnants, mais si tu évites de leur infliger peur et punitions, cette force peut être utilisée à des fins positives. »

Ces races sont victimes de propriétaires tels que les accusés et d’une législation qui les stigmatise
aboutissant à une mauvaise intégration qui peut provoquer des problèmes relationnels avec
l’entourage. Pourtant ici avec un peu de patience la plupart des chiens s’entendent très bien entre eux et
ne présentent aucun problème comportemental, même ceux qui sont arrivés traumatisés ont fait des
progrès et sortent en promenade avec leurs congénères.

Les chiens confisqués lors de cette descente de police ont dû attendre 5 ans pour avoir une nouvelle
chance, maintenant ils pourront enfin être adoptés par le biais de l’association SASA.
Une bonne nouvelle certes, mais la vraie bonne nouvelle serait celle condamnant leurs bourreaux à la prison et qu’ils n’aient plus jamais aucune possibilité de torturer à nouveau des animaux. //