« Le chasseur de Níjar a ordonné le sacrifice de sa chienne podenca, contre l’avis des vétérinaires et de l’association de protection animale. » // diarioanimalista.com // 1.06.2021

Par CECILIO GALDÓN – « Elle aurait pu être sauvée en même temps que ses trois autres compagnons d’infortune et profiter pour la première fois de sa vie de la protection humaine grâce à un refuge. Au lieu de cela, la podenca retrouvée dans un état déplorable, ayant permit de mettre en lumière le cas des chiens de chasse maltraités de Níjar (Almería), dévoilé par DIARIO ANIMALISTA et Galgos del Sur, a été sacrifiée à la demande expresse de son propriétaire chasseur, sans lui donner aucune possibilité de se remettre d’années de mauvais traitements, de conditions de vie insalubres, de négligence et de manque de soins vétérinaires.

La mort de cette chienne a eu lieu car le chasseur incriminé a exigé son sacrifice. Et il l’a fait, en outre, en dépit de l’avis vétérinaire et de la proposition du refuge pour animaux Angelitos Vagabundos, qui se portait volontaire à la prise en charge des quatre chiennes dans sa structure et à leur apporter tous les soins vétérinaires nécessaires. Cette proposition concernait également cette dernière chienne, dont l’état était pourtant le plus inquiétant, mais qui avait des chances de se remettre de ces années de mauvais traitement, et de mener enfin une vie normale.

Le vétérinaire a évalué l’état de santé de la podenca le 21 mai, le jour même où l’association Galgos del Sur a déposé plainte contre le chasseur, dont les initiales sont J.T.T.

Selon les informations obtenues par DIARIO ANIMALISTA, les analyses ont montré que la chienne souffrait de leishmaniose de façon quasiment certaine, maladie pour laquelle elle n’a jamais reçu aucun traitement ni aucune attention vétérinaire. Elle souffrait également de diverses lésions cutanées et l’absence de poils à certains endroits de son corps signalaient une allergie certaine aux puces.

Ces informations ont été confirmées par la présidente d’Angelitos Vagabundos, Marisa Martínez, qui a la garde des trois chiennes survivantes et qui a accompagné le vétérinaire et la Guardia Civil ce jour-là pour évaluer l’état des animaux.

D’après le témoignage de Marisa Martínez, le propriétaire s’est vu proposer une alternative au sacrifice de son chien, notamment un traitement vétérinaire pris en charge par le refuge, s’il acceptait de céder ses animaux. Mais le chasseur a rejeté la proposition et a ordonné l’euthanasie de sa chienne.

 « Vieille » à seulement 8 ans.

 « Nous lui avons dit qu’il faudrait une analyse plus poussée pour poser un diagnostic et qu’il existait peut-être un traitement. Pour cela, le refuge a proposé de prendre en charge la chienne. Mais il a dit non, car la chienne était « très vieille » », explique-t-elle au DIARIO ANIMALISTA.

Cependant, cette même source, après avoir consulté le dossier de la chienne dans la clinique vétérinaire NíjarVet, confirme que la podenca « est née en 2013 ». Elle n’avait donc que 7 ou 8 ans.

Ces données remettent également en question les informations que le Commandement de la Guardia Civil d’Almeria a fournies à ce journal le 26 mai, lorsqu’il a été rendu public que les chiens avaient été remis volontairement par le chasseur à un refuge, à l’exception de l’un d’entre eux, qui avait été sacrifié en raison de son « âge avancé ».

 « La podenca était née en 2013, elle avait donc 7 ou 8 ans. Si elle avait vécu toute sa vie dans des conditions bien différentes, elle n’aurait pas été dans un état aussi grave », précise Marisa Martínez, pour qui la cause du problème est très claire : une loi trop peu ambitieuse qui ne permet pas de poursuivre correctement les auteurs de mauvais traitements infligés aux animaux et qui rend difficile la dénonciation de ces crimes d’un point de vue juridique.

 « Selon moi, le fait de détenir un animal 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 au milieu de nulle part, sans aucun type de contact humain ni affectif est un délit. Les températures par ici commencent à être très élevées. Savez-vous à combien peut monter la température de l’eau dans le genre de récipient mis à disposition de ces chiens pour boire ? Savez-vous à quel point il est stressant pour un animal d’être infecté par des parasites ? En plus d’être préjudiciable pour sa santé », déplore-t-elle.

Selon elle, ces détails ne sont pas précisés par la loi : « S’il y a de l’eau, de la nourriture et un abri, alors ce n’est pas considéré comme de la maltraitance animale. Mais la loi ne s’occupe pas de savoir si l’eau est verte ou si la seule chose que les chiens ont à manger est du pain dur. Elle ne tient pas compte non plus de la présence de parasites ».

 « Pour moi, ce n’est pas normal. C’est pour cela que je gère un refuge, tous les jours de l’année, pour offrir une meilleure vie à ces chiens, en y mettant tout mon temps et mon argent. Pour nous, le fait que des chiens ne présentent pas de lésions physiques visibles ou une maigreur extrême ne signifie pas pour autant qu’ils vivaient dans de bonnes conditions. C’est pour cela que nous avons pris en charge ces chiens. »

La responsable de l’association Angelitos Vagabundos partage une fois de plus son regret pour la fin tragique qu’a connue cette chienne, car elle aurait pu être évité.

 « J’aurai préféré que le propriétaire me cède l’animal. De notre côté, du moment que le chien marche, mange et boit seul, nous ne recommandons pas l’euthanasie. Mais selon la loi, c’est au propriétaire uniquement de prendre cette décision », ajoute-t-elle.

Elle critique également le peu d’importance accordée aux animaux dans sa municipalité : « La mairie de Níjar se soucie peu des animaux. Ils ont réussi à avoir une bonne ordonnance municipale, mais elle est complètement inutile car personne ne veille à ce qu’elle soit appliquée ».

Marisa estime que la médiatisation de cette affaire a provoqué une vague de critiques « injustes et disproportionnées » à l’encontre du vétérinaire qui a effectué la procédure à la demande de la Guardia Civil de Nijar.

 « Le vétérinaire n’a pas dit dans son rapport que les conditions de vie de ces chiens étaient merveilleuses. Le problème réside dans le concept juridique de ce qui est considéré comme de la maltraitance animale. Les questions de la Guardia Civil étaient très précises et se référaient à des aspects tels que la présence ou non de blessures physiques, le manque de nourriture ou le danger imminent pour la vie des animaux », précise-t-elle.

DIARIO ANIMALISTA a voulu connaitre la version du vétérinaire, mais tous les appels sont restés sans réponse. Ce dernier à refusé toute déclaration.

Dilemme éthique en médecine vétérinaire.

De sont côté, la vétérinaire Elizabeth Viejo, qui a signé le rapport vétérinaire que Galgos del Sur a joint aux plaintes déposées, ne croit pas que la décision de sacrifier la podenca puisse dépendre exclusivement de la volonté du propriétaire.

Selon elle, un vétérinaire peut refuser l’euthanasie pour des raisons éthiques s’il estime qu’une telle mesure est disproportionnée et que l’animal a des chances de survie dans de bonnes conditions. Le vétérinaire de Níjar aurait donc eu le choix de refuser s’il s’opposait à cette décision.

 « Un propriétaire ne peut pas exiger que vous euthanasiez un chien. Jamais. Peu importe son âge ou ses pathologies. Tout comme un juge ne pourrait vous obliger, en tant que vétérinaire, à pratiquer une euthanasie, bien qu’il puisse ordonner qu’un animal soit sacrifié par les circonstances qui sont les siennes. Les vétérinaires, comme les médecins, doivent respecter le serment d’Hippocrate, qui vise aussi le bien des animaux », insiste-t-elle.

Qu’est-ce que la maltraitance animale ?

DIARIO ANIMALISTA a contacté un autre vétérinaire totalement étranger à l’affaire pour lever les doutes sur les signes de maltraitance animale visibles sur les images publiées. Il s’agit de Fernando Adam, diplômé en médecine vétérinaire de l’Université Complutense de Madrid et vétérinaire clinicien depuis 2001.

 « Il est important de se rappeler que la maltraitance des animaux ne se limite pas à l’agression ou à la violence. C’est aussi le fait de ne pas leur fournir des conditions minimales de confort et une alimentation adéquate », dit-il d’emblée.

Selon lui, « dans la vidéo, on peut voir que le chien est méfiant et qu’il a peur des gens, deux des premiers signes qui peuvent nous faire suspecter une éventuelle maltraitance. On distingue également des zones sans poils et des cicatrices, un autre signe que le chien a subi des blessures ou a été attaché ou enfermé pendant longtemps ».

D’autre part, Adam souligne que « la présence de très nombreuses tiques observée dans la vidéo montre que l’animal n’a été soumis à aucun traitement antiparasitaire, ce qui nous fait également suspecter l’absence de soins préventifs de la part des soignants ».

Commission étique de l’AVEPA

Lorsqu’on lui demande si le vétérinaire auquel la Guardia Civil s’est adressée aurait pu refuser d’euthanasier la podenca, malgré l’insistance du propriétaire, Adam est clair : « pour ce genre de cas, il existe la Commission d’éthique de l’Association des vétérinaires espagnols spécialistes des petits animaux (AVEPA), qui dispose d’un protocole pour faciliter la prise de décision ».

Ce protocole est composé de quatre questions :

  1. Sera-t-il possible pour l’animal de maintenir une qualité de vie acceptable ?
  2. Y a-t-il un espoir d’adoption pour l’animal, malgré les handicaps et les traitements ultérieurs potentiels ?
  3. Existe-t-il de réelles possibilités de fournir un traitement, un abri, de la nourriture et d’autres nécessités qui peuvent apporter un bien-être physique et psychologique à l’animal ?
  4. L’animal est-il inoffensif pour les personnes et les autres animaux ? 

 « Si la réponse à au moins une de ces questions est « non », alors l’euthanasie peut être une alternative valide », explique Adam.

 « Dans le cas qui nous intéresse, le seul doute possible concerne la première question. Pour les trois autres, la réponse est clairement OUI. Je pense que le vétérinaire aurait pu refuser de pratiquer l’euthanasie », conclut-il. Même si, effectivement, vous avez le consentement éclairé du propriétaire, le fait d’avoir effectué l’euthanasie « pourrait être considéré comme quelque chose d’irresponsable ou de non éthique, mais en aucun cas quelque chose d’illégal ».

En revanche, il est important de rappeler que « l’euthanasie ne doit pas être la solution de facilité à laquelle on recourt en premier lieu ».

Enfin, le DIARIO ANIMALISTA a voulu savoir si, avec ce que l’on voit sur les images, l’état de ces chiens justifiait une saisie par les autorités compétentes, en l’occurrence la SEPRONA de la Guardia Civil. Ce qui n’a pas été le cas, puisque la procédure a été laissée en sanction administrative et que le propriétaire a ensuite remis les autres chiens volontairement.

 « La saisie provisoire des chiens serait justifiée dans ce cas, pour éviter de les maintenir dans de telles conditions et causer davantage de dommages », déclare Fernando Adam.

Il est encore trop tôt pour savoir comment sera résolue cette affaire devant les tribunaux, pour laquelle une procédure pénale a déjà été engagée.

La seule certitude est que cette podenca, dont nous ignorons le nom et qui n’en avait probablement pas, est morte après une courte vie pleine de souffrances. Aux quatre coins de l’Espagne, les gens ont appris à la connaître grâce aux images tournées dans le village où elle vivait.

Plusieurs personnes avaient même exprimé le souhait de l’adopter. Mais au lieu de ça, le chasseur à qui elle appartenait l’a préférée morte que libre dans un refuge, puisqu’elle était trop vieille et donc inutile pour la chasse. »