« Des activistes anonymes filment les conditions dans lesquelles vivent les chiens d’une rehala de chasse dans la Sierra de Madrid » // El Caballo de Nietzsche // ElDiario.es // 20.04.21

par Mila García Nogales

« Les chiens sont enfermés dans des conditions déplorables mais le voisinage n’ose pas dénoncer ces faits par peur des représailles des chasseurs qui les maintiennent dans un tel état de négligence et de maltraitance.

«On les entend aboyer de loin: c’est ici que sont entassés les chiens des chasseurs, sous des tôles de métal, attachés avec des chaînes, isolés dans de petites caches sombres et malodorantes; invisibles et oubliés par la société; n’espérant qu’une croûte de pain, un rayon de soleil ou cette course mortelle où, même entre les cris et les coups, ils trouveront l’approbation de celui qui deviendra un jour aussi leur bourreau.  » C’est ainsi que l’une des deux activistes anonymes qui ont réussi à enregistrer ces images décrit ce que l’on ressent en s’approchant de l’endroit où elles ont été prises, une des nombreuses fincas de la Sierra de Madrid où des dizaines de chiens utilisés pour la chasse sont maintenus en captivité. Les deux activistes se sont rendues dans la zone alertées par des appels du voisinage. « Ils vivent entassés dans de véritables taudis, dans une pénombre presque totale, entre des fers rouillés et des décombres, enchaînés et avec du pain dur comme seule nourriture », ajoute la seconde activiste, qui précise également que les personnes qui les ont contactées n’osent pas dénoncer la situation par crainte des représailles des chasseurs.

Si même leur propre environnement n’est pas sans danger pour eux, quel espoir reste-t-il pour ces pauvres êtres qu’ils traitent comme des choses? À ces machines à poils et à pattes qui, selon la vision cruelle et oppressive des chasseurs, ne servent qu’à faire du mal à d’autres êtres contraints et forcés et qui, lorsqu’ils ne pourront plus servir, n’auront plus aucune raison d’exister. La seule issue pour le chien d’un chasseur est que quelqu’un prenne des risques pour lui . On ne se positionne pas contre la chasse sans risques : la législation actuelle protège ceux qui tuent les animaux pour le plaisir mais ne protège pas les victimes. Dans la vidéo, des queues de sanglier pendant à une clôture sont là pour nous le rappeler: « Les chasseurs les utilisent pour dresser des chiens. Parfois, ils utilisent aussi d’autres parties du corps ou les peaux des animaux considérés comme des proies », expliquent les militants.

On ne voit aucun chiot dans la vidéo, mais certains signes extérieurs, comme la taille des glandes mammaires ou le relâchement du ventre,  montrent que plusieurs femelles ont dû avoir des petits récemment. Que sont devenus leurs bébés ? Ils ont peut-être été emmenés et vendus illégalement . Ou on leur a peut-être enlevé pour les tuer en les jetant dans un ravin ou en les noyant dans un seau d’eau (pratiques courantes chez les chasseurs). «La chasse est la sauvagerie dans sa forme la plus pure, c’est la cruauté», dit l’une des responsables des images. Pour elle, le combat commence d’abord en «regardant ce qui se passe autour de nous, car ce n’est qu’alors que l’on arrive à une conscientisation. C’est la première étape». Cela signifie ne pas détourner le regard. Prendre des risques vient plus tard, c’est l’étape suivante.

Sa coéquipière évoque le lien entre chasse et machisme: «Dans un monde d’oppression où règne le patriarcat le plus absolu, les âmes innocentes et vulnérables sont toujours les victimes. Le féminisme est la lutte contre toutes les oppressions, qui se perpétuent grâce au silence des voisins, des amis ou de la famille. Si vous passez devant un endroit horrible comme celui-ci et, que quand vous entendez l’appel désespéré des chiens, vous pensez à des choses comme ils sont nés pour chasser, que ce n’est pas votre problème ou qu’ils sont habitués à vivre ainsi et vous ne faites rien pour changer leur sort, vous n’avez pas encore compris que la lutte nous englobe tous ».

Sous l’angle du féminisme et de l’antispécisme, lutter pour la libération animale implique de se battre en faveur de tous les êtres sensibles, humains et non humains, et en opposition à tout type de discrimination, puisque toutes les discriminations naissent de la même idée: que certains individus sont supérieurs à d’autres. D’autres qui sont inférieurs. L’excuse? Nos différences. Le fait que certains d’entre nous jouissent de privilèges, que d’autres n’ont pas. Que, en fait, ces autres subissent un désavantage systémique, avec une oppression répétée, entretenue et préservée dans le temps parce que, au lieu de célébrer les individualités, on les exploite et on les domine. C’est le cas avec le genre et l’identité sexuelles. C’est le cas avec les caractéristiques raciales. C’est le cas avec la neurodiversité. C’est même le cas  avec l’apparence physique, le lieu de naissance ou la profession. Et toutes ces catégories, ainsi que bien d’autres, interagissent les unes avec les autres.

C’est aussi le cas avec les espèces. Lutter pour la libération animale implique d’être à l’opposé de l’objectification des corps, dont le système patriarcal se sert pour nous transformer en morceaux de viande . «Notre devoir en tant que femmes, en tant que victimes», poursuit l’activiste, «est de donner une voix à ceux qui n’en ont pas, à ceux qui n’ont même pas la protection de lois qui garantissent leurs droits. Il nous reste encore un long chemin à parcourir pour déconstruire ces discriminations, mais sur ce chemin, nous ne pouvons pas oublier nos frères les animaux non humains. « 

Lien vers l’article original : https://www.eldiario.es/caballodenietzsche/perros-rehala-caza-madrid-animalista_132_7801424.html