« Dix ans à sortir dans la rue pour demander la fin de la chasse » // Laura L. Ruiz // El Caballo De Nietzsche pour elDiario.es // 3.02.21

« Comme chaque mois de février, à la fin de la saison de chasse, la Plateforme  NAC (No A la Caza) manifestera le dimanche 7 contre la maltraitance, l’abandon et le massacre des chiens utilisés pour la chasse, et vu les  restrictions liées au Covid-19 elle demande que cette année on publie sur les réseaux sociaux les photos de ceux qui ont été secourus

Chaque année, des dizaines de milliers de chiens qui ont été utilisés pour la chasse sont abandonnés au début de février, mois qui marque la fin de la saison de chasse dans de nombreuses Communautés Autonomes. Des millions d’autres animaux, tels que des perdrix, des chamois ou des lapins, sont eux tués par balles ou dans des pièges. Cette réalité n’a pas changé même en période de pandémie puisque les chasseurs ont vite compris qu’ils pouvaient obtenir un laissez-passer pour contourner le confinement dans de nombreux endroits et ils ont pu continuer à tuer sans subir aucune sanction. C’est l’une des plaintes que la plateforme NAC (No A la Caza) a formulé cette année pour son rassemblement annuel, qui réclame l’abolition de la chasse et l’utilisation des chiens pour cette activité. Cette année encore, plus de trente villes organiseront une manifestation dans les rues dimanche prochain.

Cela fait maintenant dix ans – depuis 2011 – que ces manifestations ont lieu en février, grâce à cette Plateforme qui réunit plus de 200 associations animales et environnementales, refuges et partis politiques. « La chasse devrait être interdite dans toutes les zones naturelles protégées et dans tout le réseau Natura 2000 en tant que zones spéciales de Conservation de la Biodiversité. Il est inconcevable  qu’on y autorise non seulement l’activité de chasse, mais aussi le lâcher et le repeuplement par des animaux élevés dans des fermes, qui déplacent la faune locale, créent des hybrides et propagent des maladies », déclare le porte-parole de la Plataforme NAC, David Zurdo.

Les chiens et autres animaux, les victimes de la chasse

Les chiffres réels des conséquences de cette activité sont difficiles à obtenir, mais les estimations sont impressionnantes. L’étude la plus complète reste celle de la Fondation Affinity, qui montre qu’au moins en 2019, les refuges ont recueilli 183.000 chiens, dont 70% de chiens de chasse, soit environ 128.000 chiens, dont au moins 50.000 étaient des lévriers selon les estimations. Les raisons de leur mise au rebut sont nombreuses: parce qu’ils ne sont pas « valides », parce qu’ils sont lents, parce qu’ils proviennent de portées non désirées, parce qu’ils n’ont pas les qualités requises, parce qu’ils sont trop vieux ou simplement parce qu’ils ne sont pas « utiles » pour la chasse. «Dans de nombreux cas, le traitement qui leur est administré est le même que celui que vous donneriez à un outil de travail lorsqu’il cesse de fonctionner, lorsqu’il est usé: ils ne sont plus utiles et ils sont jetés», explique Zurdo.

La Plataforme NAC souligne également que la manière de se débarrasser des chiens est particulièrement cruelle: «On peut le voir tous les jours sur les réseaux sociaux: des chiens jetés dans des ravins, mis dans des sacs, jetés dans les rivières, pendus, battus, abattus et abandonnés blessés ». Les galgos, en particulier, sont non seulement exploités pour la chasse, mais aussi pour les courses, ce qui multiplie le risque pour eux d’être «mis au rebut».

Et quelle est la vie de ces chiens entre chaque chasse ou chaque compétition? «Ils passent leurs journées dans des caches, car le vol de lévriers est très répandu, même entre les galgueros eux-mêmes, et les chenils pour les chiens de compétition sont alors de vrais petits bunkers avec de minuscules fenêtres, des murs en béton et des portes en acier. D’autres vivent dans des grottes ou dans des enclos construits avec des palettes et des tôles ondulées », explique NAC. « La vie du lévrier est courte et cruelle. » L’entraînement quotidien – attaché aux voitures, épuisé, avec des blessures – et l’exploitation pour produire des portées de chiots avec lesquels faire du commerce sont des réalités qui sont ouvertement connues, et même l’Europe a demandé à l’Espagne d’en finir avec ces pratiques.

Lois de détention responsable qui ne s’appliquent pas

L’impunité qui existe pour les chasseurs quant à la détention responsable d’animaux est l’une des autres plaintes formulées par les refuges et les organisations animales et environnementales. Alors que tout propriétaire de chien doit légalement les faire identifier avec une puce électronique, les tenir attachés, sauf dans les zones et les horaires fixés, leur faire passer une série de contrôles vétérinaires et les faire vacciner, il ne semble pas qu’il y ait une grande pression juridique pour contrôler que ces obligations soient respectées pour les chiens utilisés pour la chasse. L’étude de la Fondation Affinity montre que 72% des chiens sauvés n’avaient pas de puce, un fait qui est corroboré par des refuges spécialisés dans le sauvetage des lévriers, comme par exemple la fondation Benjamin Mehnert à Séville .

«Nous avons tous vu des images de meutes de chiens harcelant des cerfs ou des sangliers, même dans des zones urbaines, des animaux en liberté, sans contrôle, loin de leurs propriétaires qui leur ont appris à mordre et à plaquer leur proie et dont on peut douter qu’ils sachent comment différencier un animal sauvage d’un animal domestique ou de ferme. La chasse avec des chiens est un danger pour toute personne ou animal qui se trouve dans la campagne», dénonce la Plateforme, soulignant également les accidents de la circulation qu’ils provoquent.

Impunité de la chasse pendant le Covid-19

Interrogés sur la situation de la chasse dans un contexte où les voyages et les activités de plein air ont été radicalement limités, les réponses des différents gouvernements ont été surprenantes. Bien qu’il soit toujours interdit dans des communautés comme Castilla y León de se promener, de faire de l’exercice dans la campagne ou de rendre visite à sa famille dans les zones rurales, les chasseurs peuvent continuer à chasser. Sous couvert d’une «activité essentielle», on a continué à autoriser cette pratique, à organiser des monterias (chasses en meute) ou des battues et même de passer d’une communauté à l’autre (comme par exemple de Madrid à Castilla-La Mancha).

« Leur activité n’est pas essentielle, ils essaient seulement de cacher la nécessité pour eux de continuer à maintenir leur commerce », explique Zurdo. Il faut que « les fermes de gibier vendent leurs animaux aux domaines de chasse, et les domaines de chasse ont besoin d’organiser des monterias (chasses en meute) pour facturer chaque pièce chassée. La roue du commerce de la mise à mort des animaux n’a pas été arrêtée par la pandémie ». Une activité économique exercée non seulement par la classe privilégiée qui pratique cette activité, mais aussi par tous ceux liés au secteur de la chasse : les entreprises d’armement, les grands propriétaires terriens, les propriétaires de terrains de chasse, etc. Quel argent les cyclistes rapportent-ils lorsqu’ils traversent la campagne? Que rapportent au niveau économique les coureurs, randonneurs, ceux qui promènent leurs chiens et la mycologie ? On dirait que votre liberté dépend de l’argent que vous générez », déclare le porte-parole de la NAC.

Concentrations et manifestation en ligne

Avec tous ces arguments, la plateforme appelle une fois de plus à organiser les manifestations contre la chasse, sans oublier que nous continuons à subir de plein fouet une crise sanitaire. Et de fait, la plateforme NAC explique que près de 40 manifestations avaient été confirmées jusqu’au mois dernier mais elles ont été réduites à une vingtaine en raison des nouvelles mesures de restriction et de la prudence des organisateurs. Pour cette raison, ils encouragent toute personne ou tout groupe souhaitant participer à rechercher sa ville sur la carte – dans toutes les communautés espagnoles et dans deux villes européennes: Parme en Italie et Perpignan en France – ou à se joindre à la manifestation en ligne. Dans la ville de Madrid, trois prises de parole sont prévues : au début de la manifestation, la militante de la plateforme NAC Marta González lira un poème de l’écrivaine Carmen Ibarlucea à la Puerta del Sol; devant le Congrès des députés, un texte sera lu par Rafael Doctor et Ruth Toledano, fondateurs de la plateforme d’art et d’animalisme Capital Animal; et à la fin de la manifestation, la militante Virginia Luengo lira le Manifeste de la plateforme NAC aux portes de l’hôtel de ville.

La plateforme NAC a demandé que, compte tenu des restrictions causées par Covid-19, les photos de chiens sauvés de la chasse soient publiées cette année sur les réseaux sociaux, avec les hashtags # NoALaCaza7F #ElNegocioDeLaMuerte et #StopGalgueros . »

Plus d’informations et liste des villes

(Les photos qui accompagnent cet article ont été prises par l’artiste et photographe Ruth Montiel Arias pour son projet ‘Bestiae’ sur la chasse )

https://www.eldiario.es/caballodenietzsche/diez-anos-saliendo-calle-pedir-caza_132_7186335.html