« Combats, gros paris et élevages illégaux : ce qui se cache derrière le vol de chiens » // par Carlos Hidalgo pour ABC.es // 06.02.2020

La police et les refuges nous racontent comment ces mafias agissent dans la région, les revendent sur le marché noir et les utilisent dans des compétitions des plus violentes.

Un stafford américain sauvé à la Cañada Real – 
ABC

Au coin d’un terrain vague entre la rue du Docteur García Tapias et Arroyo de la Media Legua, dans le quartier de Moratalaz. Un pit-bull est allongé, le corps couvert de morsures. Il est mort. Cette scène se répète parfois dans des endroits peu fréquentés de Madrid, pas loin de lieux où s’organisent des combats illégaux de chiens à prix d’or. C’est un autre exemple du dernier maillon de la chaîne pour de nombreux cas de vol de chiens. Un problème qui revient dans l’actualité suite à la polémique dans l’affaire Pocahontas: la plainte déposée par un éducateur canin d’Aranjuez racontant qu’il aurait été agressé par quatre hommes sous la menace d’une arme à feu pour lui voler le chien. L’enquête qui a suivi a révélé que le vol en tant que tel n’a jamais existé (ce qu’a reconnu l’individu), mais que l’animal a été retenu pendant plusieurs jours en « garantie » d’une dette impayée.

«Malheureusement, les vols de chiens sont des délits réguliers. Surtout, des lévriers. Les galgueros les dénoncent régulièrement, bien que nous n’ayons pas un chiffre précis du nombre de chiens qui sont volés dans la Communauté », expliquent des sources policières. Ils soulignent qu’il existe, en gros, deux types de motivations derrière ces délits. D’une part, il y a des «races très convoitées pour l’élevage». Nous parlons des pinscher, yorkshire, chihuahua, bichon maltais, westy … «Il y a des gens qui les prennent comme jouets ou pour offrir à leurs enfants ou conjoints. Ces chiens, comme le bichon, coûtent 800 euros dans un élevage légal, et 200-300 euros au marché noir. Ils sont vendus sur des sites Internet de seconde main. Mais beaucoup d’entre eux finissent dans des blocs d’appartements dans les bidonvilles et dans des agglomérations comme la Cañada Real, où on en retrouve en grand nombre».

Nous en avons eu un exemple récemment suite à une expulsion de logements insalubres où s’installent des clans. Vendredi dernier, la police a découvert un mini yorkshire d’un peu plus d’un kilo. «Cette zone est pleine de petits chiens. Les femelles rapportent plus car ils les font mettre bas et revendent ensuite les chiots», expliquent les experts de la police. 

Les vols sont généralement dus à l’imprudence. C’est pourquoi, tant les policiers nationaux que Justicia Animal, association présidée par Mati Cubillo, conseillent aux personnes de ne pas laisser leurs chiens attachés aux réverbères et panneaux, « même s’ils vont cinq minutes pour acheter du pain au supermarché ». Il y a des gens qui surveillent ces zones dans le but de les voler, expliquent les enquêteurs. Ceci dit, les cas de vol avec violence ou intimidation (comme celui de Pocahontas qui s’est révélé mensonger après enquête) sont plutôt rares. « Il est plus fréquent que le vol se produise dans les parcs des quartiers assez peuplés, mais il n’y a pas de zones spécifiques », ajoutent-ils.

L’autre finalité, encore plus cruelle, est d’utiliser des chiens volés comme «sparrings» pour d’autres animaux qui s’entraînent pour des combats illégaux . « Bien que nous n’ayons pas de chiffres, nous voyons à travers les réseaux sociaux que la question des vols bouge davantage », explique Cubillo, qui est dans le monde de la défense animale depuis plusieurs décennies et collabore avec le Seprona de la Guardia Civil. Elle insiste sur le fait que les propriétaires devraient faire plus attention à leurs animaux, mais nous livre également une information intéressante : « 90 à 95% des chiens que nous recueillons n’ont pas de puce d’identification », alors que la loi l’exige.

Mati Cubillo confirme qu’il y a aussi des combats de chiens dans la Communauté de Madrid: «Il y a même des championnats nationaux et internationaux» . Ils sont organisés dans des zones marginales de La Cañada, Los Berrocales, Villa de Vallecas, Orcasitas, Leganés Norte … «Mais il y en a aussi qui sont organisés par des personnes qui vivent dans de grandes villas et qui, au regard de la société, mènent des vies très respectables ».

L’opération Chase

Dans ces affaires de combats de chiens, on parle surtout des races PPP (chiens potentiellement dangereux) , expliquent les sources policières. Les Pitbull et American Stafford (principalement, en mode « bleu ») sont les races de prédilection : « Marcher dans certains quartiers avec un chien comme celui-ci vous donne un statut que vous n’auriez pas. Cela peut vous coûter entre 500 et 600 euros. Dans des conditions normales, un «bleu» avec ses papiers en ordre peut atteindre les 2.000 euros ».

Le monde des combats de chiens est très hermétique. Des dizaines de milliers d’euros sont misés et, en toile de fond, il peut y avoir des liens avec la mafia du trafic de drogue. L’exemple le plus parlant en est l’opération Chase, toujours en cours et en charge d’un tribunal de Torrejón de Ardoz, qui a des ramifications jusque Madrid et Tenerife et a conduit à l’arrestation de 23 personnes. Ces personnes organisaient des «combats de champions» à Fuente el Saz del Jarama et Batres. Parmi les responsables, il y avait un policier local des Canaries et un vétérinaire. L’organisation des combats était gérée via une structure pyramidale qui contrôlait les sites Web clandestins, selon le dossier. Dans l’attente de leur procès, les principaux accusés sont inculpés de délits de maltraitance animale, de trafic de drogue, de détention illégale d’armes et d’organisation criminelle.

Vols de lévriers de 3 000 euros dans les exploitations

L’impunité avec laquelle de nombreux trafiquants de chiens volés agissent « est terrible ». « Ils vous disent clairement ce qu’ils font », expliquent des sources policières. De toutes les races qu’ils volent, les lévriers sont parmi les plus «convoités». Surtout pour les courses. « S’ils voient qu’ils ne leur servent pas, ils les laissent tomber, sans pitié aucune. » Ils sont généralement volés dans les exploitations agricoles, comme cela s’est produit à diverses occasions chez un galguero connu de Brunete. « On leur a tous déjà volé un lévrier à un moment ou l’autre », ajoutent-ils. Vous pouvez les surprendre avec ces animaux dans des camionnettes, qu’ils utilisent également pour le braconnage. Un lévrier de haut niveau peut coûter jusqu’à 3.000 euros: «C’est un commerce juteux, mais les animaux sont détenus dans de mauvaises conditions: on en voit beaucoup avec des problèmes de parvovirose, de maladie de Carré et de leishmaniose. Quand il fait chaud et que les chiens n’ont pas de défenses, ils se déshydratent et ramassent des tiques ».//

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