« Le jour où je suis allé boycotter le Championnat d’Espagne des Galgos. » // El Caballo de Nietzsche // 04.02.20

par Mila Garcia Nogales , journaliste et écrivain. Activiste pour la libération animale.

// Témoignage à la première personne d’une action pacifique contre la violence des galgueros et des chasseurs.

Des militants anti-chasse tentent de boycotter le Championnat d’Espagne des Galgos en Campo, qui s’est tenu le 1er février dernier à Madrigal de las Altas Torres (Ávila) JOSÉ NIETO 

 Un ami m’a prêté un foulard à motif camouflage. Je pense qu’un foulard à motif camouflage (quelle ironie) m’aidera à passer inaperçue. Je porte également un pull en laine vert foncé que j’ai arrêté de porter le jour où j’ai réalisé que cette peau ne m’appartenait pas, et que je  remets aujourd’hui, comme je l’ai dit, pour me fondre dans le décor. Nous sommes au point de rencontre, une station-service entre Ávila et Madrid. Nous revoyons le plan, mais surtout nous revoyons les règles, car, plus important que de savoir quoi faire, il faut savoir comment le faire pour ne pas mettre en danger le groupe. Le plus important c’est le groupe. « Agissez naturellement et n’oubliez pas de sourire, souvenez-vous que nous allons à une fête. »

Quand nous retournons aux voitures, je me sens calme. Je pense que mes réactions me font plus peur que les conséquences. Je pense que peut-être je ne vais pas savoir dissimuler, que tout se voit sur mon visage, que quand j’arriverai et que je verrai des gens s’amuser pendant que deux lévriers sont obligés de courir derrière un lièvre pour le chasser, j’arrêterai de sourire. Sauter? Plonger.

Oui: j’étais là. Je suis allée à la finale du 82ème Championnat d’Espagne de Galgos en Campo, qui s’est tenue le samedi 1er février dernier à Madrigal de las Altas Torres (Ávila), pour la boycotter. Avec 15 autres personnes, je me suis infiltrée parmi les plus de 14.000 participants (selon des sources officielles) et, au bon moment, et à partir de différents endroits où nous nous étions regroupés par paires afin de ne pas éveiller les soupçons, nous avons sauté sur la piste en enlevant nos pulls de laine vert foncé, ou les foulards à motif camouflage, ou le sourire, pour montrer notre vrai message: un moi collectif de non-violence contre les galgueros, la chasse et l’exploitation animale.

Cela dura quelques secondes. La Garde Civile n’a pas mis longtemps à arriver là où nous étions. Ils ont pris nos banderoles et ne nous ont pas laissé de temps ni pris le temps d’écouter la fin de la phrase pour nous raccompagner car tout n’était déjà qu’insultes et menaces. Salopes, putes, pédés, garces, … . Allez travailler. On devrait vous casser la figure. En prison. Sortez d’ici ou on vous sort à coups de poings. On va vous tuer. Vous êtes dérangés. Quelle honte. A un moment, j’ai aussi entendu un « ils sont de Podemos » qui me paraissait ironique. Beaucoup de ces cris provenaient de pères ou de mères qui avaient leurs filles et leurs fils tout près d’eux.

Je dis pères et mères, filles et fils, mais la vérité c’est qu’il y a peu de femmes dans les courses de galgos. Les courses de galgos continuent à être une affaire d’hommes. Mais des hommes-hommes. Les courses de lévriers perpétuent la masculinité toxique. Parce que, pour ne faire face à leurs incertitudes et aussi à l’absurdité de leur existence, le patriarcat se glorifie de la domination d’êtres sans défense. Dans ce cas-ci, il s’agit d’une race spécifique de chien. Mais cela pourrait aussi d’un cerf abattu. D’un taureau torturé sur une place. De cet ENORME poisson (applaudissements!) que ton oncle vient de pêcher. Beaucoup de ces cris venaient de parents qui avaient leurs enfants à leur côté.

Tandis que les agents de la Garde civile nous escortaient jusqu’à la sortie, créant un bouclier humain entre l’Espagne qui chasse et notre intégrité physique, plusieurs pierres ont volé au-dessus de nos têtes. Et cela, sans compter les poussées. Ou les crachats. Un chasseur indigné a fait face à l’un des gardes lorsqu’il a tenté de le repousser.

Je pourrais affirmer qu’ils m’ont agressé. Qu’il y eut des moments où j’ai craint pour ma vie. La première affirmation serait vraie; La seconde, non. Parce que je n’avais pas peur avant que, quelques heures plus tard, je me suis vu à l’abri, à la maison, fraîchement douchée, enveloppée dans une couverture et tenant une tasse de café chaud. Peut-être que la haine ne vous atteint que lorsque vous vous sauvez.

Pourquoi l’avoir fait

Selon les données publiées par la Fédération Espagnole des Galgos, un total de quarante et un lièvres ont été utilisés pour le 82ème Championnat de Galgos espagnol sur le terrain, ce qui signifie que 41 lièvres sont morts inutilement au nom du plaisir humain. 497 lévriers ont participé à la compétition. L’âge du vainqueur, Liosa, est de 26 mois, celui du second finaliste, Scorpion, est de 25 mois. Lors de la première journée du championnat, le galgo d’origine andalouse Langostino del Chabolo est décédé en courant à cause, selon les mots de la Fédération, d’ « un malheureux accident ». Le site Web de Tribuna Valladolid a fourni plus d’informations à ce sujet. Apparemment, le chien a heurté l’arrière d’un treillis de vignoble alors qu’il courait à grande vitesse (60 kilomètres à l’heure) et il est décédé des suites de l’impact. Le peu de visibilité qu’il y avait ce jour-là à cause du brouillard a provoqué le choc et cela suite à la décision de l’organisation de maintenir les courses malgré le brouillard, après les avoir été reportées plusieurs fois dans la matinée.

Selon la Fédération Espagnole de Galgos, environ 2.000 galgos sont utilisés pour la chasse chaque saison. La plupart d’entre eux sont remplacés l’année suivante, ce qui nous amène à nous demander ce qui arrive à tous ces chiens lorsqu’ils ne sont plus considérés comme valides pour la chasse et / ou la compétition? Selon l’Association Galgos del Sur, plus de 50.000 galgos (le nombre pourrait augmenter considérablement si l’on considère le nombre total de chiens secourus par les refuges) sont abandonnés ou tués chaque année dans tout l’État.

Une pratique très courante consiste à arracher la puce d’identification et à les laisser errer à  leur sort dans des endroits reculés, ou même à la périphérie des villes et villages avec une  tradition de chasse avec galgos. Pour ceux qui sont déposés dans les perreras, étant donné la difficulté de les faire adopter dans le délai de 10 jours prévu par la loi, c’est souvent l’euthanasie. Mais le plus souvent, ce sont les chasseurs eux-mêmes qui mettent fin à la vie de leurs chiens en les abattant, ou en les pendant, ou en les empoisonnant ou en les jetant dans un puits ou dans un ravin.

D’un autre côté, il y a aussi les conditions dans lesquelles ces animaux sont maintenus pendant leur vie : entassés dans des espaces très réduits – parfois avec des cages – ou mal nourris et sans eau, avec la maltraitance comme méthode d’éducation. Et même si un petit pourcentage de galgueros traitent leurs chiens avec dignité, la grande majorité finit par se débarrasser d’eux lorsqu’ils ne leur servent plus.

N’oublions pas non plus que sous couvert de la chasse, se maintient un commerce très lucratif d’achat et de vente de lévriers, à caractère légal et illégal, où le système de reproduction forcée et d’élevage en captivité de chiots séparés de leur mère à la naissance trouve ses racines dans le profit de ceux qui le réalisent.

L’Espagne est le seul pays d’Europe qui autorise encore la chasse avec des lévriers. Il n’y a pas d’interdiction au niveau général ni de Loi Nationale de Protection Animale pour protéger les lévriers des activités de chasse. Au contraire, chaque Communauté Autonome légifère selon ses propres critères et intérêts, souvent liés à ceux des chasseurs que les institutions protègent et dont le droit de « s’amuser » ou de « faire du sport » est au-dessus de la vie d’êtres sensibles qui subissent dès lors les conséquences de leur barbarie.//

El día que fui a boicotear el Campeonato de España de Galgos El día que fui a boicotear el Campeonato de España de Galgos

Testimonio en primera persona de una acción pacífica contra la violencia de galgueros y cazadores

Una amiga me ha prestado un fular con estampado de camuflaje. Creo que un fular con estampado de camuflaje (qué ironía) me ayudará a pasar desapercibida. También llevo un jersey de lana de color verde oscuro que me dejé de poner cuando me di cuenta de que esa piel no me pertenecía, y que ahora recupero para, ya lo he dicho, mimetizarme. Estamos en el punto de encuentro, una gasolinera entre Ávila y Madrid. Repasamos el plan, pero sobre todo repasamos las normas, porque más importante que saber qué hacer es saber cómo hacerlo para no poner en peligro al grupo. Lo más importante es el grupo. « Actuad con naturalidad y no os olvidéis de sonreír, recordad que vamos a una fiesta ».

Cuando volvemos a los coches, me siento tranquila. Creo que me dan más miedo mis reacciones que las consecuencias. Pienso que tal vez no voy a saber disimular, que a mí se me nota todo en la cara, que cuando llegue y vea a la gente divertirse mientras que dos galgos son obligados a correr detrás de una liebre hasta darle caza, se acabó lo de sonreír. ¿Saltar? De cabeza.

Sí: yo estuve allí. Yo fui a la final del LXXXII Campeonato de España de Galgos en Campo, celebrada el pasado sábado 1 de febrero en Madrigal de las Altas Torres (Ávila), para boicotearlo. Junto a otras 15 personas, me infiltré entre los más de 14.000 asistentes (según fuentes oficiales) y, en el momento justo, y desde los diferentes ángulos en que nos habíamos repartido por parejas para no levantar sospechas, saltamos a la pista quitándonos los jerséis de lana de color verde oscuro, o los fulares con estampado de camuflaje, o la sonrisa, para mostrar nuestro verdadero mensaje: un yo colectivo de no violencia contra los galgueros, la caza y la explotación animal.

Fueron segundos. La Guardia Civil no tardó en llegar hasta donde estábamos. Nos quitaron las pancartas y no nos dio tiempo ni a escuchar el final de la frase de que les acompañáramos porque ya todo eran insultos y amenazas. Que si guarras. Que si putas. Que si zorras y que si maricones. Iros a trabajar. Os tendríamos que pegar una paliza. A la cárcel. Fuera de aquí u os sacamos a hostias. Os vamos a matar. Estáis trastornados. Qué vergüenza. Desde algún punto, me llegó también un « estos son de Podemos » y me pareció irónico. Como lo de mi look. Muchos de estos gritos venían de padres o de madres que tenían a sus hijas e hijos al lado.

Digo padres y madres, hijas e hijos, pero lo cierto es que hay pocas mujeres en las carreras de galgos. Las carreras de galgos siguen siendo una cosa de hombres. Pero de hombres-hombres. Las carreras de galgos perpetúan la masculinidad tóxica. Porque, para no afrontar sus inseguridades y, con ellas, el sinsentido que supone su existencia, el patriarcado se da palmaditas en su propia espalda a través de la dominación de seres indefensos. En este caso, se trata de una raza concreta de perro. Pero también podría tratarse de un ciervo matado a tiros. De un toro torturado en una plaza. De ese pez TAN grande que (¡aplausos!) tu tío acaba de pescar. Muchos de estos gritos venían de padres que tenían a sus hijos al lado.

Mientras los agentes de la Guardia Civil nos escoltaban hacia la salida, creando un escudo humano entre la España que caza y nuestra integridad física, varias piedras volaron sobre nuestras cabezas. Eso, sin contar los empujones. O los escupitajos. Un cazador indignado se enfrentó a uno de los guardias cuando éste intentaba contenerlo.

Podría afirmar que me agredieron. Que hubo instantes en que temí por mi vida. Lo primero sería verdad; lo segundo, no. Porque no me dio miedo hasta que, horas después, me vi a mí misma a cubierto, en casa, recién duchada, arropada con una manta y sosteniendo una taza de café caliente. A lo mejor el odio solo te alcanza cuando te salvas.

Que por qué lo hacemos

Según los datos publicados por la Federación Española de Galgos, un total de cuarenta y una liebres se han utilizado para el LXXXII Campeonato de España de Galgos en Campo, lo que significa que 41 liebres han muerto innecesariamente en nombre de la diversión humana. 497 galgos han participado en la competición. La edad de la ganadora, Liosa, es de 26 meses, mientras que la del segundo finalista, Escorpión, de 25. Durante la primera jornada del campeonato, el galgo de origen andaluz Langostino del Chabolo falleció mientras corría a causa de, en palabras de la Federación, « un desgraciado accidente ». La web de Tribuna Valladolid aportaba algo más de información sobre el tema. Al parecer, el perro chocó contra la espaldera de un viñedo cuando iba a gran velocidad (60 kilómetros por hora) y murió a consecuencia del impacto. La poca visibilidad que había ese día debido a la niebla, y a pesar de la cual la organización decidió que las carreras se celebrarían igualmente, tras ir aplazándolas varias veces a lo largo de la mañana, provocó el choque.

La cifra de la Federación Española de Galgos es que alrededor de 2.000 galgos se usan para cazar por temporada. La mayor parte de ellos son reemplazados al año siguiente, lo que nos lleva a preguntarnos, ¿qué pasa con todos esos perros cuando ya no se consideran válidos para cazar y/o competir? Según la Asociación Galgos del Sur, más de 50.000 galgos (el número podría subir de forma considerable si se contempla la cantidad de perros rescatados por las protectoras) son abandonados o asesinados anualmente en todo el Estado.

Una práctica muy común consiste en arrancarles el microchip identificativo y dejarles vagando a su suerte en lugares alejados, o incluso en las afueras de los pueblos y ciudades de tradición galguera. A los que depositan en la perrera, dada la dificultad para que se les adopte antes de los diez días que estipula la ley, se les sacrifica. Aunque lo más habitual es que los propios cazadores acaben con la vida de los perros a disparos, ahorcándolos, envenenándolos o lanzándolos a un pozo o por un barranco.

Por otro lado, las condiciones en que se mantiene a estos animales mientras viven van desde el hacinamiento en espacios reducidos -en ocasiones con jaulas- o la desnutrición y deshidratación, hasta el maltrato como método de adiestramiento. Y, del pequeño porcentaje de galgueros que trata a sus perros con dignidad, la gran mayoríatermina por deshacerse de ellos cuando ya nos les sirven.

Tampoco hay que olvidar que al amparo de la caza se sostiene un gran negocio de compra y venta de galgos, tanto de carácter legal como ilegal, donde el sistema de reproducción forzada y cría en cautividad de los cachorros separados de sus madres nada más nacer se encuentra en la base del lucro de quienes lo llevan a cabo.

España es el único país de Europa que aún permite la caza con perros. No existe una prohibición a nivel general, ni tampoco una Ley Nacional de Protección Animal, que protejan a los galgos de las actividades cinegéticas. Por el contrario, cada Comunidad Autónoma legisla en función de sus propios criterios e intereses, a menudo ligados a los de los cazadores a los que las instituciones amparan, y cuyo derecho a « divertirse » o a « practicar deporte » está por encima de la vida de seres sintieses que sufren las consecuencias de su barbarie.