« Galgos : utiliser puis tuer » // « Galgos: usar y matar » // Lavanguardia // 5.11.18

// L’Espagne signalée comme le pays européen le plus cruel dans le traitement de cette race de chiens.

1.jpg
Miguel, Umberto, Silvia, Anna Clements et Albert sont le noyau dur de l’équipe de SOS galgos (photo : Libert Teixido)

Le galgo est à la mode. Chaque jour de nouveaux chiens sont adoptés comme animaux de compagnie. Certes, ce ne sont ni les plus beaux, ni les plus affectueux, ni les plus obéissants ou encore les plus populaires. Mais ce sont ceux qui nécessitent le plus d’attention, d’aide et d’affection.

Durant leur vie, les galgos donnent tout, mais quand leur force commence à diminuer, la récompense à tous leurs efforts est souvent l’exécution. Une triste fin, pour ne pas dire cruelle, que subissent des milliers de galgos années après années, sacrifiés dans toute l’Espagne lorsqu’ils ne sont plus bons à la chasse ou aux courses. C’est un peu comme si ces chiens naissaient avec l’étiquette « à utiliser puis tuer ».

Le journal britannique The Guardian publiait fin octobre un reportage consacré aux galgos peu glorieux pour l’Espagne. Il présente le pays comme le plus cruel d’Europe envers cette race de chiens. Le reportage fait référence à l’utilisation de ces chiens comme « armes de chasse », ce qui est interdit dans la grande majorité de l’Union Européenne. En Espagne, les chasseurs continuent à lâcher leurs lévriers pour attraper les proies (principalement des lièvres) sans avoir à tirer un seul coup. 

La vitesse de ces chiens, qui peut atteindre les 60 km/h, et leur acuité visuelle les rendent uniques et donc appréciés des chasseurs. Mais lorsque le galgo commence à montrer des signes de fatigue ou à perdre en efficacité dans ses attaques et ses courses, l’admiration de beaucoup de ceux qui les élèvent dans le seul but de les utiliser pour la chasse disparaît. Ces chiens sont ensuite sacrifiés (beaucoup pendus ou empoisonnés pour ne dépenser aucune balle) ou abandonnés sur le bord d’une route.

Chaque jour de nouveaux ont lieux de nouveaux sauvetages de chiens affamés, présentant des signes évidents de mauvais traitements.

Cependant, il est très difficile de chiffrer le calvaire enduré par cette race de chiens. Différentes ONG, associations et refuges estiment que sur les seules semaines qui suivent la fin de la saison de chasse (en février), 50 000 galgos sont sacrifiés chaque année en Espagne. Mais cela reste un chiffre encore « très éloigné de la réalité, car les sacrifices ont lieu tout au long de l’année », affirme Anna Clements, cofondatrice et directrice de SOS galgos. « Selon nos calculs, il y aurait près d’1 million de galgos en Espagne, mais à peine 200 000 seraient enregistrés ». Il n’est donc pas difficile d’imaginer que des milliers de chiens, sur lesquels il y a très peu de contrôle de la part des administrations, meurent de faim, sont abattus ou écrasés sur les routes après avoir été abandonnés dès lors qu’ils ne répondaient plus aux exigences des chasseurs. 

Une accusation réfutée par les associations de chasse, qui s’en remettent aux données officielles. Dans la mémoire du groupe de la Seprona de la Guardia Civil, les abandons et les sacrifices des lévriers avérés se comptent par dizaines. L’une des excuses les plus fréquemment données par les chasseurs est que beaucoup de ces lévriers qui semblent morts ou mal nourris dans les champs et les routes ont été volés à leurs propriétaires et abandonnés par les voleurs.

Une excuse qui ne convainc pas les défenseurs des lévriers. L’expérience leur a prouvé que la réalité est bien plus cruelle. Ils sont habitués à secourir des chiens en sous-nutrition, à qui l’on a cessé de donner à manger pour qu’ils meurent de faim ou de soigner les coups et blessures reçus lorsqu’ils ne servaient plus à la chasse. Habitués également à recevoir des rapports faisant état de chiens pendus aux arbres, écrasés sur la route, ou encore des corps de chiens morts avec des signes évidents de mauvais traitements et de coups très brutaux.

SOS galgos, fondée il a vingt ans à Esplugues de Llobregat (Barcelone), est une de ces associations dédiée quasi intégralement à la protection de la race. Anna Clements, sa directrice, se souvient s’être lancée dans cette aventure après que plusieurs groupes étrangers soient arrivés en Catalogne « pour aider les lévriers espagnols et exiger des autorités un meilleur contrôle de l’élevage et de l’utilisation de ces animaux. » 

Aujourd’hui ces chiens sont à la mode, depuis que leurs conditions de vie sont révélées au grand jour : leur trouver un foyer est un peu moins difficile.

Les années passent, mais peu de choses semblent être faites par les administrations du pays pour en finir avec cette cruauté. Les défenseurs des lévriers ne cessent pas leurs efforts et le rapport publié il y a quelques jours dans The Guardian (qui a eu beaucoup d’impact aux Etats-Unis) s’ajoutent aux manifestations et campagnes mises en place par différents pays européens pour mettre fin à une pratique qui, selon les auteurs du rapport, « est propre à l’Espagne. »

Anna Clements observe tout de même quelques changements qui se veulent encourageants. « La société espagnole, les administrations, le système judiciaire et les médias commencent à se calquer sur les pays les plus développés en matière de protection animale, et c’est une bonne nouvelle », assure-t-elle.

SOS galgos est confrontée au quotidien aux abandons et aux sacrifices des chiens. « Nous recevons des appels ou des mails de particuliers qui nous préviennent de certains cas, ajoute Clements, et parfois, mais cela reste rare, ce sont les chasseurs directement qui nous informe qu’ils veulent se débarrasser de l’animal, et nous demande si nous pouvons l’accueillir. » D’autres fois, c’est bien plus qu’une requête : « c’est du chantage pur et dur. Dans ces échanges, les propriétaires nous font comprendre que si nous ne prenons pas en charge les chiens, leur fin sera terrible ». 

«  Dans un troisième cas de figure, continue Clements, ce sont les centaines d’associations et de refuges qui nous connaissent qui nous demande de les aider de trouver une famille aux nombreux galgos recueillis, quasi quotidiennement, dans un état lamentable ». 

A partir de deux ou trois ans, les chasseurs commencent à chercher des chiens plus jeunes. Les galgos sont rarement utilisés à la chasse passé cet âge-là. Certains sont même abandonnés encore plus tôt.

Selon les calculs de la cofondatrice de SOS galgos, les différentes associations espagnoles sauvent chaque année près de 2 000 galgos. Même si elle répète que cela est « un chiffre très bas en comparaison des milliers de chiens de cette espèce qui sont abandonnés ou sacrifiés dans l’impunité la plus totale. »

Depuis les installations de SOS Galgos en Catalogne et d’autres régions d’Espagne, le maximum est fait pour trouver un foyer à quelques 300 chiens par an. Ces galgos-là ont été touchés par la chance au dernier moment et sauvés d’une mort certaine. De plus en plus de gens sont conscients de l’avenir incertain qui attend ces animaux et c’est une bonne nouvelle. Car aujourd’hui, ces chiens sont à la mode parmi les candidats à l’adoption et sont de plus en plus vus dans les rues, principalement dans les villes et villages du nord de l’Espagne

La seconde vie de Delia

Cette galga maltraitée et abandonnée à Séville a aujourd’hui retrouvé un nouveau foyer en Catalogne.

2.jpg

Delia a quatre ans, et c’est une galga chanceuse. Elle a été capturée l’été dernier à Séville dans une opération de sauvetage qui a duré plus de deux heures, sous contrôle judiciaire et des températures avoisinant les 40 degrés. Delia s’est montrée très résistante lors du sauvetage. Dès que l’on s’approchait d’elle, elle s’enfuyait, terrorisée, ayant perdu toute confiance en l’espèce humaine. Et pour cause. Ses anciens propriétaires sont présumés de l’avoir abandonnée sur le bas-côté d’une route. La chienne, dans un état lamentable, a survécu en mangeant le peu qu’elle trouvait autour d’elle dans les champs andalous. 

Après avoir repris des forces dans un refuge de Séville, Delia a été transférée en Catalogne, où l’attendait Teresa Pallarés pour l’adopter via l’association SOS galgos. Delia a de nouveau un foyer, et, le plus important, quelqu’un qui prend soin d’elle et qui l’aime. 

Teresa fait partie de ces centaines d’adoptants à travers toute l’Espagne ayant pris conscience de la cruelle réalité à laquelle sont confrontés les lévriers, et pensent à des chiens de cette race en particulier lorsqu’ils souhaitent ajouter un nouveau membre à leurs familles. « Avant Delia, j’avais adopté une autre galga, Filomena, également secourue dans un très mauvais état », se rappelle Teresa. Après la mort de sa chienne il y a quelques mois, Delia vient combler le manque qu’a laissé Filomena dans la maison de cette habitante d’Esplugues. 

Les souffrances qu’ont traversées ces chiens, que l’on a cessé d’alimenter, que l’on a maltraité avant de les abandonner lorsqu’ils n’étaient plus utiles à la chasse ou aux courses, tout cela laisse des traces. Teresa a pu le vérifier, que ce soit avec Delia, Filomena ou d’autres galgos à qui elle a ouvert ses portes en tant que famille d’accueil. « Dans le cas de Filomena, j’ai remarqué qu’elle devenait très nerveuse lorsque les gens s’approchaient d’elle, en particulier les hommes, dont la silhouette lui rappelait certainement celle des chasseurs. », explique Teresa. Ce n’était par exemple pas le cas lorsqu’un enfant la caressait. 

Teresa ajoute que les galgos « sont des animaux très paisibles et très rares sont les fois où ils en viennent à la morsure ou à l’affrontement avec d’autres chiens. » La plupart du temps, continue-t-elle, « ils dorment, enroulés sur eux-mêmes, un comportement qui rappelle celui des chats. » Avant d’adopter un chien de cette race, il est important de savoir que « ces animaux sont pleinement heureux lorsqu’ils ont la possibilité de sortir se balader ou de faire de petites courses en extérieur ou dans des lieux clôturés mais prévus à cet effet », indique Teresa. Il est conseillé de pouvoir sortir ces chiens entre deux à trois heures par jour. 

Au départ, la majorité de ces lévriers sauvés après avoir été abandonnés dans d’horribles conditions se montre très méfiants envers l’humain. « Mais petit à petit, ils comprennent que leur nouvelle vie après l’adoption n’a plus rien à voir avec leurs tristes expériences passées. Il commencent alors à se détendre et à se montrer de plus en plus affectueux », ajoute-t-elle.

Anna Clements, cofondatrice de SOS galgos, affirme qu’une fois la méfiance initiale envers leur adoptant surmontée, « ils révèlent les qualités innées des galgos, comme la noblesse, la sérénité et la gratitude envers la personne qui les aime ». Dans les cas les plus extrêmes, lorsque ces lévriers ont été soumis à des abus cruels, il leur faut parfois plus de temps pour s’adapter à leur nouvelle vie « , révèle Anna Clements. Dans ce cas, SOS galgos travaille avec des experts pour corriger ces comportements avant de leur chercher une famille adoptive. //

Publicités