« Galgos: le sauvetage de lévriers est devenu à la mode à Barcelone. » // The Guardian // 28.10.2018

// Il était difficile de trouver un nouveau foyer pour ces animaux sauvés de la mort, mais les attitudes ont changé.

par Emma Reverter à Barcelone

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Klea Levin utilise sa villa à Barcelone comme maison d‘accueil temporaire pour les lévriers rescapés. Photographie: Paola deGrenet pour le Guardian

Pour les lévriers fidèles du Sud de l’Espagne, la vie se vit à cent à l’heure, et elle est souvent de courte durée. Chaque année, à la fin de la saison de chasse, des milliers d’entre eux sont récompensés de leurs efforts par une rapide exécution. Certains sont étranglés avec des fils de fer pour économiser les cartouches.

Mais aujourd’hui de plus en plus de voix s’élèvent pour dénoncer ces pratiques barbares et la résistance s’organise, tandis que les ces lévriers -les galgos, en espagnol – deviennent de plus en plus populaires parmi les hipsters et les citadins du nord de l’Espagne.

Plus de 2000 chiens sont ainsi sauvés chaque année. Auparavant, il était difficile de leur trouver un foyer, mais ce n’est plus le cas aujourd’hui. D’après Anna Clements, co-fondatrice et directrice d’SOS Galgos, il devient de plus en plus courant de croiser de jeunes couples promenant un galgo à Barcelone.

Cela réchauffe le coeur de voir des galgos promenés dans la ville, alors qu’auparavant ils erraient misérablement à la recherche d’un peu d’eau ou de nourriture.”

Sauver des galgos en détresse n’est pas toujours facile ni même possible. “Nous savons tous que quelqu’un qui est cruel envers les animaux peut devenir violent envers les humains, et malheureusement, la chasse est omniprésent et très populaire dans les régions rurales de l’Espagne, donc il est toujours très désagréable d’avoir affaire aux chasseurs,” explique Anna Clements, tout en prenant part à une opération de sauvetage dans le sud de l’Espagne.

Parfois les sauvetages se font suite à l’appel d’un particulier. Mais il arrive que ce soient les propriétaires eux-mêmes qui nous contactent, déclare Anna Clements. “Ils nous font du chantage au téléphone, et nous disent que si on ne prend pas ce chien qui ne leur sert à rien, ils lui règleront son compte eux-mêmes.”

Il y a une sorte de vide juridique dans le système qui fait que les chasseurs peuvent faire ce qu’ils veulent de leurs chiens, et les autorités ne se soucient pas plus de leur sort.”

Klea Levin, une ancienne mannequin suédoise, activiste de la cause des galgos, remarque aussi un interêt croissant pour le sauvetage de ces chiens. “Pendant longtemps, nous avons orienté nos campagnes sur l’horreur des traitements infligés aux galgos, en montrant des images de chiens maltraités.”

Ce qui a aidé à mobiliser les sympathisants de la protection animale. “Mais nous avons réalisé, finalement, que nous toucherions une audience plus large en parlant de cette terrible situation, mais en montrant plutôt les galgos tels qu’ils sont vraiment: beaux et élégants.”

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Il n’est pas toujours facile ou même possible d’aider les galgos en détresse.. Photographie: Paola deGrenet pour le Guardian

Klea Levin se sert de sa villa au pied du Tidibado, dans le quartier Sant Gervasi, un des plus chics de Barcelone, comme point d’accueil temporaire pour chiens à l’adoption. En ce moment y vivent deux chiens qui attendent leur nouvelle famille: Jungle et Nico.

Elle pense que l’attitude envers les lévriers a changé dans les grandes villes, depuis son arrivée à Barcelone il y a vingts ans. “On voit de plus en plus de lévriers dans les rues. Non seulement c’est devenu normal, mais c’est même devenu à la mode: mon quartier est plein d’élégants galgos.”

A Barcelone on n’achète pas un galgo, on l’adopte,” dit Klea Levin. Qu’ils courent vite ou chassent bien n’a pas d’importance. “Les gens veulent savoir s’ils sont gentils et calmes, et les galgos blancs sont particulièrement recherchés.”

Marc Velaco et Marta Huguet sont les fondateurs de Brott Barcelona. Ils créent des colliers pour “chiens modernes” et possèdent deux galgos adoptés: Brot et Penny.

Les propriétaires sont soucieux de la qualité et du style des accessoires, car ils renvoient directement à leur propre style de vie,” explique Marta Huguet.

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Klea Levin: Mon quartier est plein d’élégants galgosPhotographie: Paola deGrenet pour le Guardian

Le mouvement galgo prend également de l’ampleur à l’étranger. Une marche pour les galgos a été organisée en Allemagne cette année, et des douzaines d’entre-eux sont adoptés aux Etats-Unis chaque année.

Petra Postma vit au centre-sud de la Pennsylvanie et travaille depuis presque vingt ans dans l’adoption internationale des galgos, dont les dix premières années aux Pays-Bas.

Il y a neuf ans j’ai déménagé aux USA avec mes propres chiens et en moins d’un an l’association SAGE (Save a Galgo Español -sauvez un galgo espagnol) était née. Quand je suis arrivée, il y avait peut-être trois ou quatre associations qui faisaient venir des galgos de temps en temps. Ces dernières années j’ai vu tant et plus de groupes d’adoption de lévriers se mettre aux galgos, avec plus ou moins de succès.”

Pour Anna Clements, il y a encore beaucoup de chemin à parcourir. On estime que des dizaines de milliers de chiens sont tués rien qu’au sud de l’Espagne, chaque année.

Nous essayons de maintenir un équilibre: ne pas faire que du sauvetage, mais au moins autant de lobbying pour faire changer la situation,” explique t-elle.

Il devrait y avoir des quotas très stricts mis en place par les autorités, pour pouvoir surveiller régulièrement le nombre de chiens possédés par un chasseur, et savoir ce qu’ils deviennent. Mais ce n’est pas le cas. Il y a un énorme vide juridique dans le système, qui permet aux chasseurs de faire exactement ce qu’ils veulent.” //