« Des élèves de l’école vétérinaire de la UCM nous parlent de la situation des animaux dans l’enceinte universitaire. »

  • Traduction d’un article initialement publié sur Aulaanimal.com mais supprimé depuis.
  • Un autre article traitant du même sujet a été publié sur El Diario. Voir l’article en question ICI.

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« Il y a de cela un mois nous étions des dizaines de personnes de tout âge, de niveau d’études, d’idées, de provenance diverses à nous retrouver devant la faculté vétérinaire de l’université de Madrid pour avoir toutes les informations possibles qui jusqu’à présent n’avaient pas été divulguées sur les animaux enfermés à l’université.

Une information à laquelle nous avons droit en tant que citoyens.

Cependant ce n’est pas l’avis des personnes à l’extérieur qui nous intéresse mais bien celui des étudiantes de l’aile vétérinaire de la faculté. C’est pour cela que nous voulons relayer le sentiment des étudiants qui sont souvent poussés à se taire, aussi bien dans les amphithéâtres que dans leur propre milieu.

Une ancienne étudiante nous raconte son entrée à l’académie afin d’accomplir son rêve de devenir vétérinaire :

« Le premier jour après le discours du doyen dans lequel on nous a assuré que l’école vétérinaire était une grande famille, nous sommes allés à la caféteria et…. premier choc; comment cela est-il possible que dans une faculté où en théorie les personnes apprennent à vivre pour et avec les animaux, ait une caféteria couverte d’affiches, posters et calendriers sur la corrida ? »

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Selon le récit de plusieurs étudiantes la belle illusion du début laissait place à la déception : »Je me sentais seule et pas à ma place devant tant d’incohérence »

Beaucoup d’exercices obligatoires sont brutaux et aucun autre choix n’est donné à ceux qui refusent de les pratiquer. C’est ce que nous raconte une autre ancienne étudiante :

« Un des exercices que nous devions pratiquer consistait à injecter un liquide dans des œufs fécondés. Si le jour suivant l’embryon était encore vivant nous devions le sacrifier en le congelant. Mon tour arriva, le pauvre embryon se débattait sans cesse dans l’oeuf. Je restais paralysée. Je trouvais cette expérience exagérée. Le professeur me demanda : »Qu’attends-tu ? », avec angoisse je lui répondis que je ne le ferais pas. Cette attitude provoqua mon expulsion de la salle et une menace de suspension devant le regard consterné de mes compagnons. Finalement la coordinatrice s’apitoya et exceptionnellement me fit passer un examen théorique, puisque être objecteur de conscience en ce qui concerne les expériences avec les animaux n’est pas reconnu dans les universités espagnoles. »

Une étudiante de première année raconte que des atrocités sont pratiquées sur des animaux déjà nés. « Quand on nous confirma qu’il y aurait bientôt une expérience dans laquelle nous devions immobiliser et injecter des produits à des rats je devins nerveuse. Je me mis d’accord avec deux autres camarades pour parler au professeur qui nous assura que le cobaye ne souffrait que d’un stress minime. Il nous avertit aussi que lors de l’examen pratique il se pourrait que ce soit à nous de piquer les rats et qui si nous nous y refusions nous serions suspendus. De plus il ajouta qu’à la fin de nos études nous aurions un certificat nous permettant de manipuler les animaux de laboratoire.

Certes mais est-ce bien nécessaire de faire pratiquer cette sorte d’examens à des étudiants de première année sans expérience? Je pris donc la décision d’assister au cours pour caresser les animaux. Le professeur fît sa démonstration: comment les immobiliser, comment les piquer (sous-cutanée et intramusculaire) et comment introduire une sonde par la bouche des rats. L’immobilisation des animaux était plutôt brutale, ils étaient pétrifiés. En moins de deux heures chaque rat avait reçu quatre piqûres et jusqu’à six pour les souris.

Cependant les animaux qui dans l’enceinte de l’hôpital clinique vétérinaire (HCV) ont suscités le plus d’intêret sont les beagles. Une autre ancienne élève nous a livré ces impressions lorsqu’elle découvrit pour la première foi l’état de ces chiens.

« J’ai beaucoup d’expérience avec les animaux en situation précaire mais voir ces chiens dans cet état dans une université vétérinaire m’a paru totalement inadmissible. Lorsque j’ai demandé aux professeurs qui était responsable des animaux aucun d’eux n’a su me répondre. A force de poser des questions ils prétendirent que les chiens allaient bien, mais nous nous rendions bien compte lors des travaux pratiques que ces animaux étaient en mauvais état. Par exemple, les chiennes avaient de gros renflements au niveau des mamelles et du cou. Après maints efforts nous sommes arrivés à parler avec quelques responsables qui nous ont livrés de fausses informations au sujet des gens qui s’occupaient des chiens et de l’endroit où ils résidaient. Pourquoi ne nous disaient-ils pas la vérité ? »

Selon les étudiantes ces animaux sont aussi victimes d’expériences peu transparentes.

« Un des beagles en question présentait un énorme hématome à l’intérieur de la cuisse, ils prétendirent que c’était à cause d’un extravasation (perte de sang dans une veine) survenu lors d’une leçon d’anesthesie le jour même. On demanda s’il n’allait pas recevoir de soins, la réponse fut que ce n’était pas la peine, qu’il allait assez bien comme cela pour subir d’autres d’expériences l’après midi même si besoin était. »

En plus des rats et des chiens il existe beaucoup d’autres animaux qui vivent dans les mystérieuses et sans doute insuffisantes installations vétérinaires de la faculté et qui subissent de graves maltraitances.

« J’ai du regarder médusée la manière dont on a mit à une vache venant de mettre bas un corset d’examen, comment au moyen d’un instrument de fer on lui a immobilisé la tête afin de réaliser un touché rectal pendant lequel elle mugit et crie, et comment ensuite on retire le fer, on la libère du corset, on la frappe sur la croupe pour qu’elle sorte, et qu’elle glisse et tombe sur son flanc. Et le seul commentaire du professeur est »comme elle crie la pauvre petite. »

Pour l’obtention du diplôme vétérinaire beaucoup de matières étudiées ont un lien étroit avec l’optimisation de la production alimentaire, avec ce point de vue capitaliste actuel cela semble signifier: élever plus d’animaux à un moindre coût. »

Dans les cours d’élevage et production animale, optimisation génétique, obstétrique et reproduction etc .., on t’apprend le cycle pour atteindre le seuil idéal de production, kilos et âge idoine pour le sacrifice, alimentation pour optimiser les indices productifs, critères pour l’élimination (envoi à l’abattoir), programme de sélection génétique entre autres choses. Ces cours sont souvent commentés par l’enseignant de façon cruelle et agressive: »chaque fois que je vois cette vidéo, il me vient une faim .. » (vidéo de poussins vivants semblables à des bagages tombant sur des tapis roulants ).

Beaucoup de ces matières nous paraitraient aberrantes si nous devions les appliquer comme nous le raconte les étudiantes d’hier et d’aujourd’hui .

Un des exercices en génétique consistait à peser des portées de souris à peine nées, je demandais »qu’allez vous en faire ensuite ? », on me répondit »les jeter à la poubelle. »

Nous UCM Transparence Animale voulons apporter notre appui à ces courageuses étudiantes qui ont pratiqué les exercices qu’elles considéraient immorales. Ces filles, afin d’obtenir leur diplôme ont subi: la peur, le ridicule, ont du se taire et en raison de leur trop grande sensibilité ont été sanctionnées. Ce diplôme productiviste ne tient finalement aucun compte de la souffrance animale.

Des témoignages comme ceux-là expliquent la sournoise insensibilisation pyramidale :

« Depuis que j’ai commencé ces études je me suis sentie impuissante et ne me suis pas reconnue dans cette profession. Je m’étais inscrite avec l’illusion et la croyance que les personnes faisant des études vétérinaires aimaient les animaux, désiraient les soigner et les protéger. Ce n’est pas le cas, notre esprit vierge empli de justice et de responsabilité, persévérant et altruiste, se transforme sous l’influence quotidienne du corps enseignant en un comportement insensible aboutissant à une conduite et des pratiques injustifiables. »

Ces témoignages estudiantins nous brisent le coeur mais en même temps nous remplissent d’orgueil et d’espoir de savoir qu’il y a des gens qui luttent en faveur des animaux quotidiennement, souvent pendant des années, voire même toute une vie, comme nous raconte une des étudiantes qui a fréquenté l’UCM :

« J’ai perdu un peu de mon âme durant ces années universitaires, honnêtement je ne sais pas si après l’obtention du diplôme je verrais le monde de la même manière, je me sens par moments fatiguée, triste, épuisée. Mais savoir que des camarades continuent de lutter dans ce milieu en faveur des animaux malgré la peur et l’épuisement moral me remplit d’orgueil. »

Sans l’esprit critique de ces jeunes femmes la maltraitance des animaux serait bien pire, la bonne nouvelle est qu’elles ne sont pas seules; nous sommes de plus en plus nombreux à vouloir une société plus juste et ce pour tous les êtres qui la compose.

La vocation de vétérinaire doit consister à soigner, protéger, aider les animaux vulnérables. Cette vocation doit reposer sur l’amour pour la nature et non pas sur l’appât du gain. Que les vétérinaires soient des gens à forte empathie et pleins de tendresse au lieu d’êtres des coeurs de pierre, cela dépend d’eux, mais aussi des exigences de la société et des pressions exercées par des entreprises privées en relation avec le secteur. C’est un fait nous concernant tous et une réalité que nous pouvons changer. Il dépend de nous que les animaux vivent sans peur, sans stress, sans angoisse et sans douleur. On peut éviter tout cela, il existe des alternatives, cela ne se feras pas seul, nous devons réveiller les consciences.

Notre premier pas est d’être informé pour progressivement arriver à construire le monde dont nous rêvons, la lutte ne se limite pas à la carrière de vétérinaire,elle doit s’étendre imparable partout où des animaux souffrent,nous allons faire trembler les bases de la ronronnante académie et nous n’arrêterons pas tant que l’étique ne seras pas respectée.

Nous concluons comme il se doit avec les paroles d’une des élèves citée ci-dessus :

« Aujourd’hui il ne me reste plus qu’à remercier tous les gens appartenant à Transparence Animale UCM. Continuez à être aussi courageux, n’oubliez pas ces animaux qui naissent et meurent entre quatre murs ignorés de tous. Dites vous que la lutte ne fait que commencer, que nous sommes déjà nombreux à en avoir assez, nous serons la voix de tous les animaux enfermés dans les universités. « 

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