« L’Espagne condamne les corridas mais maltraite chaque fois plus de taureaux dans ses fêtes populaires » // Publico.es // 27.05.17

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// Le nombre de fêtes populaires comme les encierros, les capeas ou les correbous a augmenté de plus de 3.000 ces cinq dernières années, au contraire des corridas et novilladas qui ont diminué de moitié par rapport à 2007.

Pelado, le premier Toro de la Vega (aujourd’hui Toro de la Pena) en survivant à la fête très controversée de Tordesillas, s’est transformé l’an dernier en un symbole de la lutte animaliste qui fait pression depuis des décennies pour obtenir la fin de ces spectacles. Mais la carte du divertissement populaire au détriment de la maltraitance animale ne se limite pas à la ville de Valladolid. La géographie espagnole est remplie de points noirs où surtout des taureaux, vaches et veaux – mais aussi d’autres animaux – souffrent et meurent chaque année au nom de la tradition.

L’Observatoire ‘Justice et Défense Animale’ estime que quelques 60.000 animaux sont victimes de maltraitance chaque année dans notre pays pour cette raison, et l’organisation ‘Igualdad Animal’, dans une enquête menée il y a deux ans, estime que le nombre de taureaux qui meurent dans les fêtes populaires en Espagne a atteint les 10.000.

La tendance est assez déroutante car, même si le rejet social de la maltraitance des animaux croît et est chaque année plus palpable, les études montrent que ce type de célébrations n’a pas cessé de croître.

Selon les dernières statistiques des Affaires Taurines du Ministère de la Culture, 17.073 fêtes populaires avec taureaux ont eu lieu dans notre pays en 2016, soit 690 de plus qu’un an plus tôt et près de 3.000 de plus qu’il y a 5 ans, en 2011, quand pour la première fois le Ministère de la Culture a commencé à intégrer ces données, lequel met en garde sur le fait qu’il ne dispose pas d’information comparable en provenance des communautés autonomes.

Il s’agit des fêtes les plus communes, qui se déclinent entre autres en capeas, encierros ou toros embolados. Par contre, celles que l’on nomme les fêtes majeures, comme les corridas et les novilladas, sont beaucoup moins nombreuses (1.598 en 2016) et leur déclin a été spectaculaire ces dernières années et dans de nombreux cas leur nombre a été réduit de moitié. Par exemple, de 953 corridas en 2007, on est passé à 386 l’an dernier. Même constat pour les novilladas qui sont passées de 624 à 200 en 9 ans.

L’an dernier, il y a eu 17.073 fêtes populaires avec taureaux dont plus de la moitié dans la Communauté de Valence.

« Cette augmentation est très préoccupante car dans les fêtes populaires, il n’y a pas de blessures physiques, ce ne sont pas des spectacles sanglants comme les corridas et les normes sont respectées, mais les animaux subissent clairement une souffrance physique et émotionnelle puisqu’ils sont soumis à des stimuli qui provoquent la peur, la panique et la terreur » déclare dans une interview au ‘Publico’ José Enrique Zaldivar, président de l’Association des Vétérinaires Abolitionnistes de la Tauromachie. « Sans doute aucune fête n’est sanglante, mais cruelles, elles le sont toutes » explique-t-il.

Silvia Barquero, présidente du Parti Animaliste PACMA, rappelle de plus que dans la plupart des communautés, à l’exception de certaines comme la Catalogne ou Valence, le règlement stipule que les animaux utilisés dans les spectacles taurins doivent être sacrifiés après la fête.

Le taureau, une exception à la maltraitance

Bien qu’il n’y ait pas de loi nationale de protection des animaux en Espagne, la plupart des règlements régionaux et municipaux interdisent les mauvais traitements et la mort des animaux dans les spectacles publics. Pour cela, et après des années de dénonciation de la part des groupes animalistes, beaucoup des fêtes les plus controversées et cruelles ont été contraintes d’abandonner les célébrations ou de modifier substantiellement leurs règlements.

« Dans les fêtes populaires, les taureaux sont soumis à la peur, la panique et au stress »

C’est le cas de la Descente de la corneille de Mancor del Vall, à Mallorca, qui a finalement été interdite en 2012, ou la fête de la chèvre, à Manganeses de la Polvorosa (Zamora), qui jette maintenant un animal en peluche du haut du beffroi, et pas un animal vivant comme par le passé. A Lekeitio (Pays Basque), dont la plus célèbre fête consistait à suspendre des têtes d’oies vivantes la tête en bas à une corde au-dessus de la mer, les activistes ont au moins obtenu qu’aujourd’hui cela se fasse avec des oiseaux déjà morts. La dinde controversée des fêtes de San Blas de Cazalilla (Jaén) a cessé d’être lancée du haut de l’église et passe simplement maintenant dans les rues du village. D’autres endroits comme Puig à Valence, où il est de coutume le dernier dimanche de janvier de faire une bataille avec des rats morts ou blessés, préfèrent payer l’amende et détourner le regard.

« De nombreux maires se cachent en disant que ce sont les associations ou les confréries qui organisent ces fêtes et que la plupart des municipalités ne spécifient pas dans le budget des fêtes l’argent qui est destiné à l’achat des animaux. Il y a beaucoup d’obscurantisme. » affirme Miguel Angel Rolland, directeur de Santa Fiesta, un documentaire sorti en 2016 dénonçant la barbarie de ces fêtes dans une visite guidée de plusieurs villes d’Espagne.

Le pire dans l’histoire c’est que les taureaux sont les protagonistes de la plupart de ces fêtes et ils sont souvent désignés comme une « exception » dans les règles sur la maltraitance pour des raisons de « tradition ».

En Catalogne, l’une des rares communautés avec les Canaries à avoir interdit les corridas, La Loi de Protection des Animaux exclut toutefois les correbous, une fête où l’on ne tue pas le taureau mais où, soit on le fait courir avec des boules enflammées au bout des cornes, soit on l’attache avec des cordes pour qu’il soit tiré par les personnes.

« Les politiciens ne plaisantent pas avec les encierros parce que cela pourrait leur amener moins de votes ».

« Les taureaux sont des animaux grégaires et pacifiques qui ne sont pas préparés pour ce genre d’exercice. Ils souffrent d’un stress énorme de la foule et tout ce qu’ils souhaitent c’est sortir de là. Dans les encierros de San Firmin, tout ce qu’ils veulent c’est fuir » dit Zaldivar.

« Il y a une grande incohérence de la part de certains gouvernements et de certains partis, qui veulent interdire les corridas mais ne s’opposent pas aux encierros parce qu’ils savent qu’ils risquent d’être sanctionnés au niveau des votes, surtout quand la fête est liée à l’identité du territoire comme c’est le cas en Catalogne ou à Valence », déclare Barquero.

Une communauté détient de loin la palme : plus de la moitié de toutes les fêtes populaires avec taureaux sont concentrées dans la communauté de Valence (8.397 l’an dernier), suivie de loin par Castilla y Leon (1.900). A l’autre extrême, les Asturies, la Gallice, les Baleares, les Canaries et Ceuta où ces fêtes sont pratiquement inexistantes.

« Nous devons cesser d’être le pays de la maltraitance animale, c’est comme cela que le monde extérieur nous considère. C’est quelque chose que nous aurions dû régler depuis longtemps», estime le président de PACMA. //

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