« L’industrie des Greyhounds en Australie tue une quantité folle de chiens »// Vice // par Mike Hay // avril 2015

  • Article traduit de l’anglais: http://www.vice.com/read/the-australian-greyhound-industry-kills-an-insane-amount-of-dogs-015

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// La semaine dernière, un habitant de la ville australienne de Bundaberg, Queensland, a découvert les cadavres en décomposition de 55 greyhounds juste à l’extérieur de la ville. La Police qui a enquêté sur les lieux a déterminé que les chiens ont été vraisemblablement tués par balles (à en juger les 22 cartouches trouvés sur le site) et jetés ainsi par des individus impliqués dans l’énorme industrie des courses de lévriers du pays, pour s’en débarrasser.

« Il semble qu’il s’agisse d’une décharge connue de tous, » a affirmé le Détective Super-intendant Mark Ainsworth à la Compagnie Audiovisuelle Australienne. « Il pourrait s’agir d’une personne qui connait cette zone éloignée et qui sait que c’est un endroit avisé pour se débarrasser des greyhounds qui ne sont plus performants (des chiens qui ne courent plus assez vite pour les courses). »

En fin de semaine, la police a arrêté deux suspects inculpés pour détention illégale d’arme à feu et obstructions à la police, en relation avec la découverte du charnier. Ils ont aussi appliqué une politique de tolérance zéro en abattant des animaux de manière illégale et jetant leurs corps en tas à l’extérieur de la ville.

« Les personnes qui ont perpétré ce crime », a dit le Ministre de la Police de Queensland Jo-Ann Miller à CNN, « pour moi ce sont des voleurs d’oxygène. Ce sont des lâches, ils sont pathétiques. »

Les officiels de l’industrie de la course ont dénoncé cette découverte et nié toute connaissance de ces tueries. Mais cela est trop léger pour contenir les réactions négatives envers les courses de lévriers, alors que cette découverte et un certain nombre de récents rapports en Australie ont focalisé à nouveau l’attention nationale et internationale sur la brutalité et les abattages de masse de cette industrie.

Seulement huit pays autorisent encore légalement les courses de lévriers: l’Australie, la Chine (à Macau), l’Irlande, le Mexique, la Nouvelle-Zélande, le Royaume-Uni, les USA et le Vietnam. A plusieurs endroits, comme en Amérique, ce sport est sur le déclin en raison du désintêret du public et des préoccupations sur les droits des animaux. (Depuis 2001, 28 des 49 cynodromes en Amérique ont fermé. Le sport n’est plus pratiqué qu’en Alabama, Arizona, Arkansas, Florida, Iowa, Texas, et en Virginie de l’Ouest.)

L’industrie australienne des courses de lévriers, toutefois, est une des plus grosses et plus prospères du monde. Le sport emploie quelques 10.000 personnes, comprend jusqu’à 50.000 participants nationaux, génère 770 millions de dollars de revenus imposables, et en découlent plus de 3 milliards de dollars en paris chaque année.

Pour produire des chiens toujours plus rapides, l’industrie, et c’est un euphémisme, produit un énorme « gaspillage » – elle tue énormément de chiens indésirables. Chaque année, 20.000 chiots naissent dans le pays, et 18.000 chiens sont tués. Environ 8.000 sont tués chaque année parce qu’ils ne sont pas assez rapides ou pas assez en bonne santé pour assurer sur les pistes de course, et 10.000 sont tués en guise de départ à la retraite lorsqu’ils deviennent trop usés pour concourir. En plus de ces abattages, cinq chiens meurent sur les pistes chaque semaine à cause de traumatismes physiques intenses, comme des crises cardiaques dues à l’épuisement, et 200 sont blessés chaque semaine, beaucoup d’entre eux sont tués si l’on considère qu’il n’est pas rentable financièrement de les soigner. Des groupes d’adoption ont essayé d’encourager plus d’entraîneurs à leur remettre les chiens non désirés pour en faire des animaux de compagnie, mais même la plus grande association a la capacité de récupérer environ 1.000 chiens par an grâce à la coopération des entraîneurs, des bénévoles et des adoptants. Au final, moins de 10% des chiens iront au bout de leur 12 années d’espérance de vie.

Même si on peut replacer le massacre de Bundaberg dans un contexte plus large, il n’en demeure pas moins que la manière employée et le nombre inédit de victimes ont provoqué un choc sans précédent parmi les personnes qui étudient et critiquent l’industrie des courses de lévriers.

« Malheureusement, nous sommes amenés à trouver toutes sortes d’animaux jetés de la sorte dans les régions rurales, » a déclaré Daniel Young, inspecteur en chef de l’antenne de Queensland de la Société Royale de Prévention contre la Cruauté envers les Animaux à 3AW693, « mais probablement pas à un tel degré. »

Coïncidence accablante, la découverte de Dundaberg arrive juste quelques semaines après le rapport d’une enquête nationale révélant la généralisation de l’utilisation d’une pratique illégale: le « live baiting » (des opossums, cochons et lapins vivant sont utilisés comme leurres et poursuivis puis mis en pièces par les lévriers). Bien que des jurés ont déterminé le mois dernier que les officiels des courses n’avaient pas connaissance de ces pratiques d’entrainement, beaucoup ont été choqués que de tels cas flagrants de violations de la loi et de cruauté animale ont pu passer inaperçus. Par conséquent, le président du Greyhound Racing Vistoria et le comité entier des Courses de Lévriers du New South Wales s’est résigné.

Le scandale des leurres vivants n’était que le plus récent du flot continuel de scandales dans l’industrie des courses de lévriers à travers le monde. En 2013, une enquête à révélé que 70 chiens sur un même circuit étaient testés positifs aux produits dopant, incluant des amphétamines, de la caféine, de la cocaïne et de l’EPO (le truc que prenait Lance Armstrong). De nombreux autres rapports et enquêtes ont révélés les pauvres conditions de vie et les maltraitances chroniques dont sont victimes les chiens en dehors des courses également.

Des scandales similaires apparaissent régulièrement dans la plupart des pays où sont pratiquées ces courses. En 2002, les autorités ont trouvé 3.000 cadavres de greyhounds sur la propriété d’un homme d’Alabama. Il a tué ces animaux avec un calibre 22 sur un laps de temps de 40 ans. Puis, l’an dernier, un rapport publié par Grey2K USA et la Société Américaine pour la Prévention de la Cruauté envers les Animaux révélait les milliers de blessures, les centaines de morts, et les conditions de vie effroyables des 80.000 chiens actifs sur les cynodromes américains entre 2008 et 2014. Sur la même période, 27 cas majeurs de maltraitance et de négligence (incluant 16 instances pour usage de cocaïne) ont été enregistrés dans les sept Etats autorisant les courses de lévriers.

En Amérique, ces mauvaises conditions ont conduit au déclin de l’industrie et à des répercussions légales sur les maltraitants. Mais beaucoup soutiennent qu’en Australie, l’organe de surveillance en charge du contrôle de ce sport, Greyhounds Australasia (également en charge de l’industrie néo-zélandaise) est tout simplement inefficace. D’autres, dans l’industrie, vont plus loin, l’accusant de corruption, favorisant les joueurs riches, faisant passer des interdictions et des décisions incohérentes et inefficaces – et ainsi encourageant le dopage, l’abus et la maltraitance. (Greyhounds Australasia n’a pas répondu à notre demande de commentaire.)

Là où Greyhounds Australasia a échoué, des représentants chargés de faire respecter la loi sont intervenus récemment. La police a lancé sa propre enquête après le rapport de février sur les leurres vivant, menant des raids, suspendant des entraîneurs et inculpant 31 individus pour des délits relatifs aux droits des animaux dans trois Etats.

« Ce n’est que la partie émergée de l’iceberg », a dit Ainsworth sur CNN. « Ce n’est plus qu’une question de temps avant qu’on ait tapé à la porte de tout le monde. »

Mais cette répression ne sera pas d’une grande utilité pour résoudre le problème de fond d’une industrie qui incite fondamentalement aux mauvais traitements et aux sacrifice des chiens.

Quelques initiés pensent que l’industrie peut se réformer elle-même. En éradiquant la minorité d’entraîneurs pourris et en créant un comité de surveillance effectif avec une réglementation plus forte et plus de pouvoirs exécutifs, et des exigences plus rigoureuses pour obtenir une licence d’entraîneur, disent-ils, l’industrie peut devenir plus professionnelle, plus propre, et dramatiquement moins cruelle pour les chiens.

Mais beaucoup semblent penser que ce sport est plus qu’en sursis, avec des campagnes nationales pour interdire les courses de lévriers, l’envoi de pétitions aux Membres locaux du Parlement, le retrait des sponsors devant cette dernière série de scandales, et le fait que tout cela prend sérieusement de l’ampleur dans les médias.

« Je me demande parfois si ce genre de sport en vaut la peine », songeait Young sur 3AW693 récemment, faisant écho à la question devenue fréquente et pressante dans la sphère publique australienne.

« Je sais que cette industrie emploie des gens et que beaucoup de monde aime y aller, mais je me demande si les courses de lévriers en valent la peine. En est-on arrivé au point où vous dites: ‘Non, on vous a déjà donné plusieurs fois vos chances, maintenant c’est fini.’? » //

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