« La malédiction de naître galgo en Espagne » // Vice.com // Juanjo Villalba // 5 novembre 2013

  • Article traduit de l’espagnol par Fabienne: http://www.vice.com/es/read/la-maldicion-de-nacer-galgo-en-espana
Photo: BaasGalgo
Photo: BaasGalgo

// Je ne le savais pas, mais la saison de la chasse commence juste maintenant. Je suppose que l’idée est de les laisser tranquilles pendant le printemps et l’été pour qu’ils puissent se reproduire et donner le temps aux petits de grandir, mais lorsque le mois d’octobre arrive, les autorités pensent qu’il y en a assez comme ça de tranquillité, que les petits ont suffisamment grandi et peuvent recevoir un coup de fusil.

Pour chasser il faut une arme, de la munition, quelques vêtements ridicules couleur vert et un ou plusieurs chiens ; ce sont des animaux (je sais, il y a des exceptions) qui sont de simples outils, lorsqu’ils ne servent plus on les change et point barre.

La saison de la chasse s’achève à la fin février, c’est à ce moment que commence en Espagne, là où le chien de chasse par excellence est le galgo, ce que les associations appellent « l’holocauste », et le mot est vraiment bien choisi. Près de 50.000 galgos sont abandonnés en pleine campagne, ou bien tués de la façon la plus cruelle et sauvage possible. Pour leurs maîtres, qui ne souhaitent pas les alimenter jusqu’à la saison suivante ou qui n’en veulent plus car ils ont 2 ou 3 ans et ne courent plus comme avant, ils ne valent même pas le prix d’une cartouche. Ils préfèrent les pendre, les jeter dans un puits, un canal d’irrigation, dans un ravin, ou même les brûler. Le dernier truc à la mode, c’est de les écraser, il y a quelques années on les attachait à une voiture pour les traîner, ce qui les achevait. Après, on leur arrache la puce qu’ils portent obligatoirement, avec toutes les infos de leur maîtres. Ils ne veulent pas de problèmes.

Voilà, c’est le pays où l’on vit.

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Des pompiers essaient de récupérer un galgo qui a été jeté dans un ravin

Fort heureusement, il y a des gens qui se battent tous les jours pour essayer de changer cette situation. En Espagne il existe différentes associations qui dénoncent ces actes et essayent de venir en aide aux galgos qui ont la chance d’échapper à une mort certaine.

La semaine dernière, grâce à l’Association Bassgalgos, on a pu donner un bon coup de poing sur la table. Un tribunal de Tolède a condamné, pour la première fois en Espagne, un chasseur de Fuensalida (Tolède) —un village tristement célèbre car il s’agit de l’épicentre de la maltraitance de galgos— à sept mois de prison, plus une interdiction de deux ans et un jour « pour l’exercice de la profession, métier ou commerce en relation avec les animaux », ainsi que pour « la chasse, possession ou commerce de galgos ».

Pour en savoir plus sur ce cas et sur la situation actuelle à ce sujet, nous avons contacté Beatriz Marlasca, présidente de Bassgalgos.

VICE: Bonjour Beatriz, bravo pour cet arrêt. Vous pouvez nous expliquer l’origine de ce cas ?

Beatriz: Merci. Eh bien, en février 2011 nos bénévoles ont retrouvé une galga pendue sans puce. Ils se sont rendu compte, en vérifiant la zone, que la terre sous l’animal avait été remuée. Ils ont creusé avec leurs mains et ont trouvé de suite deux autres corps, ceux de deux galgos qui eux portaient une puce. Ils ont de suite alerté le Seprona (la section de la Guardia Civil qui s’occupe des affaires de la faune) qui grâce à la lecture de la puce a pu retrouver le maître, qui n’a pas nié les avoir pendu, mais ne s’est responsabilisé que des deux corps enterrés. La nécropsie réalisée sur les cadavres a démontré que les trois corps avaient été pendus avec la même corde, mais sans la puce il était impossible de démontrer que le troisième corps lui appartenait aussi. Ceci arrive très souvent sur les nombreuses plaintes que nous présentons, nous ne pouvons pas démontrer qui a perpétré les faits, mais nous voulons surtout faire savoir que ces pratiques sont toujours en vogue.

Vous faites comment pour trouver les chiens?

Nous travaillons surtout sur la zone de Tolède depuis 2009, et nous savons quelles sont les zones les plus conflictuelles, où sont les fosses, où se trouvent les chiens pendus… En fait, lorsque la saison de la chasse prend fin, nous faisons des rondes sur tous les terrains où nous savons qu’il est possible de trouver des cadavres ou des chiens abandonnés. Nous avons souvent la chance, ou la malchance, d’en trouver.

Fuensalida est donc un point noir par rapport aux abandons et décès de galgos?

Oui, il s’agit d’un point noir, en plus il s’agit de l’Espagne la plus profonde que l’on puisse imaginer. Quand le jour baisse à Fuensalida, les bennes à ordures se retrouvent entourées de galgos qui cherchent de la nourriture. C’est un gros problème. À titre indicatif, cet été, alors que ce n’est pas la saison de la chasse, nous avons recueilli en un seul weekend 10 galgos des bennes.

Dernièrement, à Madrid, Barcelone et autres villes d’Espagne on voit bien plus de galgos qu’avant, il y a des gens qui en adoptent, ce qui nous porterait à penser que l’attitude envers eux à commencer à changer. Vous ressentez la même chose? La situation des galgos en Espagne s’est améliorée ces dernières années?

Nous avons avancé d’un cran, dans ce sens que nous avons réussi à ce que les gens voient le galgo comme un animal de compagnie, et non pas simplement comme un chien de chasse ou de compétition. En plus, lorsque les gens les connaissent et voient que leur comportement est presque comme celui d’un chat, ils dorment 12 ou 14h, n’aboient presque pas et se comportent très bien à l’intérieur de la maison, ils en tombent amoureux. Bien entendu, si on les emmène à la campagne ou à la plage pour courir, et bien ils vont courir, car ce sont des galgos, mais en intérieur ils ne sont absolument pas nerveux, ils n’ont pas besoin de trop sortir, en plus ils ne perdent pas beaucoup de poils… Cela fait longtemps que cet amour pour les galgos existe en Europe, même aux Etats-Unis, pays où nous envoyons souvent ces animaux.

3Photo via SOS Galgos

C’est une « blague » assez lourde que ce soit justement leurs qualités physiques et le fait d’avoir un si bon comportement vis-à-vis de leurs maîtres qui les fasse basculer dans ce destin si terrifiant.

Leur malheur c’est d’être nés galgos.

Pensez-vous que cet arrêt servira à quelque chose? Le galguero n’ira pas en prison, car il n’a pas d’antécédents.

Oui bien sûr que nous croyons que ça servira à quelque chose. Il s’agit de la première sentence pour pendaison de galgos, et cela crée jurisprudence. Sept mois et demi de prison ce n’est rien, et c’est vrai qu’il ne les fera pas car il n’a pas d’antécédents, mais à compter d’aujourd’hui il en a. Il a aussi été frappé d’interdiction légale pour faire de l’élevage et du commerce avec les galgos, pour chasser, et cela peut montrer l’exemple à d’autres galgueros.

Ce qui nous ferait le plus plaisir, c’est que notre succès puisse amener à d’autres associations à se battre, à aller directement dans les campagnes, à chercher, à dénoncer, il faut faire un pas en avant, il faut dénoncer. C’est vrai que dénoncer peut sembler insignifiant face à l’immensité du problème, mais cela peut aussi signifier qu’en peu de temps le Code Pénal puisse changer et que l’on durcisse les sanctions pénales. Nous avons réussi à faire passer la maltraitance animale d’infraction à faute pénale.

Comment arrivez-vous à supporter ça?

Par moments, on a l’impression de ne plus pouvoir le supporter. Mais ensuite on y réfléchi et si on jette l’éponge, que deviendront-ils ?

Par ailleurs, il y a les adoptions, les cas de ceux que nous retrouvons au bord de la mort et que nous arrivons à récupérer. Nous passons par toutes sortes de sentiments : indignation lorsque nous nous retrouvons face à un cas particulièrement terrible, l’horreur rien que de penser à ce que cet animal a pu endurer, le lien qui se crée avec lui lorsque nous en prenons soin et que nous voyons les progrès qu’il fait jour après jour, voir comment il reprend confiance en l’homme malgré tout ce qu’il a souffert lorsqu’il se rend compte qu’on ne lui fera pas de mal. Après, c’est l’adoption, et l’on ressent une grande satisfaction et beaucoup de fierté, en même temps que l’on se dit « ça en fait un de moins dans la rue, un de plus que nous avons pu sauver ». Nous avons eu une infinité de cas, et certains d’entre eux sont de vrais miracles.

Donnez-moi un exemple

Il y a un certain temps, nous avons retrouvé une galga pendue, mais encore vivante, la corde lui avait sectionné la trachée et elle arrivait à respirer par ce trou. On a dû lui poser près de 30 agrafes, et elle est restée plus d’un mois en soins intensifs, elle a réussi à se remettre et vit maintenant adoptée en France. Cette belle fin de l’histoire est notre moteur, après toute la souffrance qu’a subie cet animal, elle a survécu et a trouvé une famille. Et voir ensuite les photos de la petite étalée sur un canapé, après toute sa souffrance !!! C’est à la fois très dur, mais très beau aussi. //

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