Il ne s’agit pas que d’amour et de patience / Ma vie avec VICENTE // Témoignage d’une adoptante //

// 1Il y a cinq ans, après le décès de ma très gentille braque de Weimar, Isis, je m’étais décidée à adopter un chien abandonné et je surfais sur le net à la recherche de sites de refuges. Par hasard j’ai ouvert un site français d’adoption de galgos.

Et ce fut le coup de foudre quand j’ai découvert cette photo : 

Je venais de découvrir Vicente et ce regard m’a transpercée. Vicente est un galgo qui a été extrêmement maltraité et abandonné avec plusieurs de ses congénères à la fourrière de Cuenca en Espagne. Les chiens abandonnés dans les fourrières en Espagne n’ont que quelques jours d’espérance de vie, très rapidement ils sont tués.

13a9e24f-b9a5-4511-8794-107d3ec1a842A Cuenca, pour le bonheur de Vicente, existe aussi un refuge pour chiens et chats et la directrice de ce refuge fait régulièrement des visites à la fourrière quand elle a de la place pour accueillir de nouveaux chiens. Ce jour-là, Vicente a été sauvé de la mort in extremis par cette directrice et je lui en serai toujours reconnaissante.

Vicente est arrivé au refuge dans cet état-là :

dcaec4a4-9695-4c5c-9d10-1ed1cf61dff8

Très rapidement j’ai contacté l’association et l’adoption de Vicente a pu se faire. L’association était très contente qu’il soit adopté car Vicente faisait partie de ces chiens que personne ne regarde et il était déjà au refuge depuis presque deux ans. Il s’était remplumé et ses blessures avaient été soignées mais il n’avait pas l’allure habituelle du galgo car il est certainement le résultat de croisements entre galgo (lévrier espagnol) et greyhound (lévrier anglais). Il est donc plus grand et plus fort que le galgo classique. Il n’était probablement pas à la mode !

Cette introduction est peut-être un peu longue mais elle est nécessaire pour se rendre compte du chemin parcouru par ce chien si maltraité et qui n’avait eu de l’attention d’un humain que depuis son arrivée au refuge. Toute sa première année n’a été que privation, faim, souffrance, blessures et manque d’affection. Et même au refuge, je ne crois pas qu’il ait trouvé du réconfort auprès des autres chiens, il était la plupart du temps très solitaire. Il n’agressait pas les autres chiens mais ne se mêlait pas aux meutes non plus.

Arrivé à la maison, les premiers mois ont été un enchantement, tant ce chien était capable de s’adapter à toute situation. Une amie comportementaliste et spécialiste des galgos m’avait pourtant prévenue en me disant que les premiers mois pouvaient être trompeurs et que le chien ne montrerait son véritable caractère que plus tard.

Et dans le cas de Vicente cela s’est tout à fait confirmé. Tout se passait très bien mais malheureusement il s’est fait attaquer et mordre par un chien lors d’une de nos promenades au bois de la Cambre à Bruxelles. Cet autre chien n’était pas tenu en laisse et a attaqué Vicente par derrière alors que lui était en laisse. Vicente n’a jamais oublié cette agression et d’ailleurs nous n’allons plus jamais à cet endroit car à chaque fois que nous nous retrouvons au même endroit Vicente devient comme fou et cherche l’autre chien.

Comble de malchance, Vicente s’est fait attaquer une deuxième fois, et cette fois par un autre galgo, lors d’une de nos escapades dans un enclos où on peut laisser courir les chiens en liberté.

A partir de ce moment-là, Vicente n’a plus du tout supporté les rencontres avec les autres chiens lors de promenades.

Plus grave, alors qu’il ne l’avait jamais fait avant, il a commencé à me mordre quand je le caressais ou quand je le regardais de près. Quand je dis mordre cela n’est pas tout à fait vrai, il attrape la main dans sa gueule mais ne serre pas. Cependant vu la rapidité du mouvement et la grandeur des dents, j’ai souvent eu les mains pleines de sang ou toutes bleues.

Je me suis rendue compte que je ne pouvais plus le caresser que lorsqu’il était sur ses pattes et encore pas très longtemps et que je ne pouvais pas le regarder dans les yeux ni lui parler trop longtemps. Jamais il ne venait demander une caresse, cependant, quand je me retournais brusquement pour le regarder, je me suis rendue compte qu’il passait son temps à me regarder sans que je le sache.

Je suis psychologue de formation et j’avais déjà eu l’occasion de travailler avec des enfants autistes. En observant Vicente j’ai vraiment eu l’impression d’avoir à faire avec un comportement similaire à l’autisme : aussitôt que nous entrions en relation directe il se retrouvais dans un état d’angoisse profonde.

J’ai commencé à faire attention à chacun de mes gestes mais on ne peut pas se surveiller à chaque instant et les accidents arrivaient souvent. J’étais très frustrée mais pire encore j’ai commencé à avoir peur de mon chien alors que j’avais tant d’affection à lui donner et qu’il en avait tellement besoin.

On parle souvent du danger de l’hyper-attachement lors d’adoption de tels chiens mais dans le cas de Vicente il s’agissait de l’inverse, le manque d’attachement ou l’incapacité d’établir une relation de confiance avec moi.

J’ai recherché des conseils en allant sur certains forums d’adoptants de galgos mais dans ces forums, les adoptants considèrent leurs chiens comme des anges, ce qu’ils sont la plupart du temps. Et parler d’un chien difficile ou agressif est assez mal venu. Ce n’est tout simplement pas audible pour la plupart de ces adoptants qui finissent par vivre dans un mythe tant ils sont dévoués à ces malheureux chiens. Ils ont surtout peur que l’adoptant d’un chien agressif ne finisse par l’abandonner.

Cela ne m’aidait donc pas et je m’apercevais surtout que Vicente et moi n’arrivions pas à communiquer et que je ne connaissais rien au comportement du chien alors que j’en avais eu toute ma vie.

Je me suis donc adressée à une comportementaliste du centre canin où j’avais commencé à prendre des cours avec Vicente. Vu la nature du trouble de Vicente nous avons dû prendre des cours privés. De plus, en accord avec la comportementaliste et ma vétérinaire nous avons commencé à donner un traitement aux antidépresseurs à Vicente.

Les cours avec ma comportementaliste m’ont été d’un grand secours, elle m’a appris à gérer un chien difficile et les médicaments ont calmé assez bien les angoisses de Vicente. Il était donc plus calme mais semblait un peu amorti et moins « vivant ».

Le choix de l’antidépresseur a été assez difficile à faire. Nous avions consulté un gros dictionnaire vétérinaire qui décrivait le type d’angoisse et l’antidépresseur correspondant. Vu le comportement de Vicente, nous avons opté pour la définition de l’angoisse hiérarchique et pour le floxifral qui convenait dans ce cas.

Comme vous vous en doutez, à ce moment-là j’étais encore victime de la théorie des chiens « dominants » et de l’obligation pour le maître d’un tel chien d’arriver à être le plus dominant des deux.

Logiquement j’aurai dû être ferme avec lui et le cadrer le plus possible mais je n’ai pas été logique, je n’arrivais pas à prendre cette position du maître qui doit se faire respecter par son chien. Il m’importait plus d’arriver à comprendre Vicente et que lui me comprenne aussi. Nous avions donc un problème de vocabulaire. De plus Vicente est un chien et moi, une humaine, il fallait que j’arrive à me mettre dans sa tête, comprendre le langage chien et ne pas le prendre pour un humain.

Vicente avait très peu de vocabulaire, c’est ce qui a le plus étonné la comportementaliste de même que son indifférence totale à la récompense (caresse, compliment ou snack). Quand Vicente était contrarié, comme par exemple quand un autre chien marchait sur le trottoir d’en face lors de nos promenades, Vicente passait directement au saut vers cet autre chien tout en aboyant et grognant avec rage. Jamais il ne donnait de signes préalables comme lever les oreilles, relever les babines, grogner doucement….avant le stade ultime de l’attaque. Vicente n’avait qu’un seul mot pour dire ce qu’il ressentait : l’attaque. Mais ce comportement n’existait que lorsqu’il était attaché. Quand Vicente était détaché et qu’il se trouvait en face de chiens qu’il n’appréciait pas, il ne les attaquait jamais, il se contentait de s’écarter assez loin d’eux pour se sentir à nouveau en sécurité.

J’ai donc pu me rassurer en me disant que son comportement était dû à la peur permanente de tout ce qui l’entourait et n’était pas dû à un état de « psychose » qu’on peut parfois diagnostiquer chez le chien car dans ce cas, les solutions sont beaucoup plus difficiles à mettre en place.

J’ai donc pris des cours avec la comportementaliste et Vicente a pris ses médicaments pendant plus de deux ans. J’ai essayé à plusieurs reprises pendant cette période de supprimer les médicaments mais Vicente replongeait immédiatement dans l’angoisse. Après plus de deux ans cela a cependant été possible, il a arrêté de prendre du Floxifral et son humeur est restée stable.

Petit à petit il a appris de nouveaux mots, à force d’être rassuré. Quand je le caressais et qu’il me montrait son désaccord, au lieu de l’engueuler, je me retirais. J’ai vraiment eu l’impression d’agir à contre sens mais mon instinct me disait d’agir de la sorte.

Quand il volait de la nourriture il était impossible de l’approcher, surtout quand il avait trouvé un gros morceau de pain. De plus il ne mangeait pas le pain mais le gardait comme un trésor à défendre, ce qui paralysait pas mal de mouvement, autant de ma part que pour Dali, la petite galga que j’avais adoptée après Vicente. Je me rendais bien compte que cela devait venir de son passé en Espagne car là-bas les chiens se tuent pour un morceau de pain tellement la faim les travaille.

J’ai usé de la ruse pour arriver à résoudre ce problème en prenant la laisse en mains, aussitôt Vicente abandonnait le pain pour aller promener, il aime encore plus la promenade que le pain ! Je l’amenais dans le couloir où je le laissais pour rentrer récupérer le pain et le mettre à la poubelle et je faisais revenir Vicente. Il cherchait un peu le pain mais sans plus et le climat était à nouveau paisible.

Mais cela n’évoluait pas, alors par la suite quand je récupérais le pain je ne le jetais plus, je faisais rentrer Vicente et je le lui offrais en petits morceaux et même parfois je lui ajoutais un morceau de fromage. En petits morceaux il le mangeait directement. A force de faire cela il a fini par comprendre que ce n’était pas nécessaire de défendre son trésor et le garder pour plus tard. Maintenant quand il arrive à voler un morceau de pain il le mange directement. Et tout le monde peut continuer à vivre normalement. Et je me suis fait une raison, probablement qu’il volera du pain toute sa vie car vu l’état squelettique dans lequel il se trouvait quand il a été recueilli, cette angoisse de la faim ne le quittera peut-être jamais. Il faut aussi admettre que tous les problèmes ne seront peut-être pas résolus.

Pour les morsures lors de l’entrée en relation avec Vicente, j’ai agis de même. Aussitôt qu’il se lançait pour me mordre, je retirais ma main et m’écartais de lui en faisant attention à ne pas le regarder en face tout en lui parlant très gentiment.

Je n’étais pas à l’aise avec cette méthode car j’étais toujours coincée dans la théorie du dominant/dominé et dans cette optique mon comportement était tout à fait à proscrire car il pouvait représenter une soumission de ma part.

Cela n’empêche qu’avec cette attitude Vicente a fait beaucoup de progrès là aussi il a acquis plus de vocabulaire. Maintenant quand je le caresse et qu’il en a marre, soit il lève très légèrement une babine, soit il grogne mais très doucement. Je retire aussitôt la main m’écarte et continue à lui parler gentiment.

Récemment j’ai fait deux découvertes qui vont certainement avoir beaucoup d’influence sur les nouveaux progrès à envisager avec Vicente.

Je suis tombée par hasard sur un site d’un comportementaliste français qui expliquait que la théorie du dominant/dominé n’était qu’un mythe en ce qui concerne les chiens domestiques.

J’ai été tellement soulagée par ces articles que mon comportement envers Vicente s’est encore amélioré. Tout ce que j’avais ressenti confusément trouvait enfin sa justification et j’ai pu continuer à progresser avec Vicente sans trouble ni culpabilité.

Un deuxième événement a été la découverte de votre article sur l’angoisse du chien qui souffrait du syndrome de privation. Je l’ai lu attentivement et tout à coup, ce dont je me doutais tout aussi confusément sur l’origine de la souffrance de Vicente a également pris tout son sens.

Les chasseurs espagnols (galgeros) ont souvent leur propre élevage de galgos et les chiots sont souvent enlevés à leur mère et à leurs frères et sœurs prématurément. Ces chiots n’ont pas pu être élevés par leur mère et n’ont pas appris à vivre avec leurs frères et sœurs. Cette période est décisive pour la future socialisation des chiens.

A force d’observation, je suis sûre maintenant que Vicente a dû subir cet arrachement et n’a pas pu établir des relations ni avec les autres chiens ni avec les humains. Et pourtant certains de ses comportements montrent qu’il sait ce que c’est : il a toujours adoré ses peluches, il joue beaucoup avec elles, il se couche dessus parfois pour dormir, il cherchait du réconfort mais n’était pas capable de le faire avec les autres chiens ou avec les humains.

Votre article sur le syndrome de privation m’a fait un effet d’électrochoc et là aussi j’ai réellement senti que nous nous approchions d’une nouvelle relation, Vicente et moi.

Et de fait, depuis nos relations ont encore évolué, comme si c’était plus facile tout à coup, autant de sa part que de la mienne. Je ne sais pas ce qu’il a compris du changement de regard que je portais sur lui depuis mais il est certain qu’il est plus détendu. Il me demande souvent des caresses, il vient glisser sa tête sous ma main pour que je le fasse. Et ça c’est une fabuleuse victoire pour nous deux.

Je suis sûre maintenant que nous allons vers une meilleure relationen. J’ai recommencé à avoir confiance en mon chien et lui a fait ses premiers pas dans cette nouvelle relation de confiance.

Nous n’arriverons certainement jamais à rattraper ce qui lui aura manqué chiot et jeune chien mais nous pourrons au moins remplir tous nos moments de confiance et d’affection réciproque.

Je vous remercie pour cet article et surtout je voudrai m’adresser à toutes les personnes qui se retrouvent dans la même situation et leur dire de ne pas perdre courage. Cela fait cinq ans que je me bats pour que mon chien ait une vie qui en vaille la peine et le résultat est là. Regardez comme il est beau et plein de vie //

7c12c675-7f97-44bb-90a8-16e22777291d

a089e2d6-bfc1-4802-afc3-c904ea57e494

Merci à Viviane pour son témoignage.

  • Lien article sur le syndrome de privation: https://actioninvisible.wordpress.com/2016/02/10/la-peur-des-galgos-maltraitance-animale-et-syndrome-de-privation-etolia-rosanna-alvarez/
Publicités

« Les patients qui sauvent les Galgos de la potence » // par Pepe Barahona // El Espagnol.com // 3 mars 2016

  • Lien article original: http://www.elespanol.com/reportajes/20160304/106989506_0.html
Refuge de Galgos abandonnés / Fernando Ruso
Refuge de Galgos abandonnés / Fernando Ruso

La saison de chasse se termine et les abandons commencent. Certains ont de la chance et sont adoptés comme chiens de thérapie contre l’Alzeihmer. »

// Le galgo Villa déambule désorienté entre une multitude de lumières et de klaxons. C’est le mois de février, le jour se lève et les voitures vont et viennent à toute vitesse. Confus, il avance sans but. Il tremble et regarde nerveusement autour de lui, cherchant une issue. Il s’avance sur la route. Il est déjà trop tard. Il évite la première voiture qui freine brusquement. Ils klaxonnent. Ils re-klaxonnent. Il se retourne et regagne l’asphalte. Il fuit. Tout à coup, du sang et un fondu au noir.

Le bourdonnement strident des klaxons contraste avec le sifflement rythmé de la salle d’opération. Intubé, Villa se bat entre la vie te la mort. Ses pattes sont fracturées et le sang dégouline du brancard. Le bloc opératoire est envahit d’un mélange de fluides et de médicaments. La vétérinaire s’appelle Rocío et elle est optimiste: elle pense que ce lévrier recommencera à courir.

Comme Vila, des milliers de galgos sont abandonnés les mois suivants l’arrêt de la chasse au lièvre, qui se termine le 31 janvier. De nombreux galgueros appellent alors les associations pour se débarrasser d’eux. Ainsi ils arrivent par dizaines dans les refuges où parfois vivent jusqu’à 700 galgos. D’autres sont retrouvés pendus à un olivier ou à un chêne ou sont jetés vivants dans des puits en Andalousie ou en Extrémadure, mais ces pratiques sont de moins en moins courantes.

Tous les lévriers ne finissent pas mal. Beaucoup trouvent un foyer à des milliers de kilomètres de leurs premiers propriétaires dans des pays comme l’Italie, la Belgique, l’Allemagne, la France ou les USA, où ces animaux nobles et élégants sont appréciés comme animaux de compagnie.

Aucune autre race n’est citée dans la Bible, dans 11 ouvrages de Shakespeare ou dans la première phrase de Don Quichotte. Les prêtres de l’Egypte Antique les considéraient comme des divinités. Ainsi concourent, souffrent et revivent les lévriers espagnols.

(vidéo sur le lien original de l’article)

  • La Course

Il y a en Espagne 10.743 galgueros fédérés, répartis surtout en Andalousie, Castille-la-Manche, Castille et Leon, Extrémadure et Madrid. La Fédération Espagnole de Galgos s’est constituée en 1939, et parmi ses objectifs se trouve l’organisation des compétition de lévriers sous trois formes: la Coupe du Roi, le lièvre mécanique et les courses en canidromes.

Un concurrent pose avec son galgo quelques instants avant la phase préalable de la Copa del Rey. / Fernando Ruso
Un concurrent pose avec son galgo quelques instants avant la phase préalable de la Copa del Rey. / Fernando Ruso

En Espagne, il ne reste aucun des 28 canidromes qui existaient durant l’âge d’or des courses de lévriers. Mais la Coupe du Roi (Copa del Rey) jouit d’une excellente santé vu le nombre de ses amateurs. Cette année, on célèbrait la 78ème édition à Nava del Rey, dans la localité de Valladolid. Les finalistes furent deux femelles: Favorita de Maestro et Sana de Elviro. Au final, c’est la première qui a remporté le titre. La championne est la propriété du club tolédien, Traílla y Espuella.

Comme dans tous les sports, le succès d’un lévrier arrive après des mois d’entrainement et d’efforts. Le lévrier « doit être très complet, partir vite (après le lièvre), avoir une bonne résistance pendant les courses, vouloir courir et être « propre » (c’est à dire suivre la même trajectoire que le lièvre) », explique le galguero de Malaga Manuel Cebrián Cabello.

« L’animal est physiquement un athlète, que ce soit par rapport à sa nourriture ou à ses soins et blessures », explique-t-il alors qu’il est en train de s’occuper de sa chienne Castellana de Babita après une des deux manches préalables de la Copa del Rey célébrée en novembre à Viso del Alcor, village de la province de Séville.

Après l’épreuve, Cebrián verse du jus de sa propre bouche dans le museau de l’animal pour qu’il récupère de l’effort. Alors qu’elle halète intensément, son propriétaire soigne les coussinets de la chienne avec une solution à base d’iode et d’eau et la soigne avec application. Quelques minutes après, la chienne est prête pour une nouvelle poursuite.

Plus de deux cents chevaux forment la mano, une expression qui, en argot, définit un rang qui avance en battant le terrain afin de lever le lièvre. Au devant d’eux, va le traillero, appelé ainsi parce qu’il retient les lévriers avec la laisse, avec un mécanisme qui retient les deux chiens et qui lâche automatiquement les deux en même temps.

La foule se rassemble sur une colline toute proche. Beaucoup ont des jumelles pour ne perdre aucun détail. Quand saute le lièvre, les cris explosent. S’il est apte par sa taille, on lui accordera un avantage de quelques centaines de mètres avant de libérer les lévriers, qui entreprennent alors une course frénétique derrière leur proie. La poursuite est hypnotique: elle se déroule à une très grande vitesse et les galgos avalent les mètres qui les séparent de leur trophée, jusqu’à ce que le lièvre meure.

Grâce à Dieu, nous allons en national », célèbre en pleurs David Cordero Ganfornina, le gagnant d’une des courses de la phase préalable à la Copa del Rey. « C’est ce qu’il y a de plus grand pour un galguero, concourir avec les meilleurs chiens », souligne-t-il alors qu’il sèche ses larmes sur son visage avec son poing.

Pour obtenir que son galgo Torteo de Golfa atteigne la phase finale, Cordero a consacré cinq heures quotidiennes à son entrainement.

(vidéo sur l’article original: http://www.elespanol.com/reportajes/20160304/106989506_0.html)

La vitesse et la résistance ne sont pas les seules à primer. Selon le règlement, la course du galgo soit suivre la trajectoire du lièvre sans prendre la route la plus courte, ce qui l’avantagerait.

« Les galgos concourent jusqu’à trois ans et demi. A partir de cet âge, l’animal mûrit et réfléchit, le chien doit donc être sot pour qu’il ne coupe pas la route », explique Cebrian. « Quand il a quatre ans passés, normalement le galgo a déjà couru plusieurs lièvres et cherche à tuer, et donc coupe le chemin du lièvre ».

Cela veut dire que la vie utile de l’animal est brève: entre 16 mois et 3 ans. Quand il n’est plus valable, « le galgo est un problème », confirme Miguel Santiago, un galguero amateur de Barbate (Cadix).

Aficionados suivant la Copa del Rey. / Fernando Ruso
Aficionados suivant la Copa del Rey. / Fernando Ruso

« Pour en tirer un bon chien, mieux vaut en élever plusieurs. Ceux qui ne servent pas partent en Allemagne ou en Suisse, où il sont parait-il bien traités », dit Andrés Diego, un autre galgero de Barbate. « Ceux que j’élève meurent avec moi », réplique Miguel. « Au lieu d’en avoir dix, j’en ai trois. Je n’aurais peut-être pas de gagnants mais je pourrai dormir tranquille », explique-t-il. « Certains servent à la reproduction et d’autres non », précise-t-il. Selon les données de la fédération nationale, chaque galguero possède en moyenne six lévriers.

Peu de chiens de compétition meurent de vieillesse auprès de leurs galgueros. « Si c’est une femelle, je la garde pour faire de l’élevage pour qu’elle me donne d’autres lévriers pour concourir », explique Cebrian, qui possède 19 galgos. « Les autres je les donne à des galgueros pour chasser, explique-t-il. « Avant, ils les pendaient, mais ils étaient poursuivis et risquaient la prison », se défend un autre galguero de Barbate, Fernando Melero. « Ce n’est pas normal qu’à cause de quelques fous, on soit tous montrés du doigt ».

Cependant, les pendaisons sont toujours dans l’imaginaire collectif et demeurent toujours dans le langage des galgueros. Durant les trois mois nécessaires à l’élaboration de ce reportage, nous n’avons pas pu nous documenter sur la question. Nous n’avons pas reçu la collaboration de la Guardia Civil. Est-ce une pratique éteinte?

« Le galguero d’aujourd’hui n’est pas le même que celui d’avant », apostille Melero tandis qu’il montre son carnet de la Fédération Espagnole de Lévriers qui lutte contre les pendaisons, comme le montre sa page web.

Les animalistes réclament une loi de protection animale pour empêcher ces pratiques qui comportent des risques pour le lévrier. Cela éviterait ainsi que de nombreux chiens finissent « pendus, jetés dans des puits, brûlés ou attachés et abandonnés pour qu’ils meurent d’inanition », comme le détaille la présidente de Galgos Sin Fronteras, Cristina Garcia Moreno, lors d’une cérémonie organisée par l’Ecole Vétérinaire de Madrid.

Des années en arrière, l’imagine du lévrier pendu était habituelle dans les régions rurales espagnoles. Comme en témoigne le reportage du photographe sévillanais Quino Castro, réalisé entre 2003 et 2007 dans la Sierra Sud de Séville. « Le chapelet de galgos pendus s’étendait comme une procession macabre. C’était incroyable », se souvient-il à propos d’une découverte dans la foret. « A mesure que je photographiait les cadavres, je m’enfonçais dans le bois, et les chiens étaient à chaque pas de plus en plus anciens. Comme s’ils étaient pendus là depuis des mois, depuis des années ». (lien vers les photos de Quino: http://www.quinocastro.com/index.php/galgos-febrero-maldito.html , ndlt)

Le photographe est revenu les années suivantes. « Chaque année il y avait de nouveaux chiens. Leurs visages étaient purement dramatiques et montraient la douleur et l’angoisse d’une mort lente », se souvient-il.

La liturgie commence par une corde autour du cou de l’animal. Ensuite on la jette par dessus une branche et on la tend jusqu’à ce que l’animal s’élève mais garde les pattes arrière appuyées au sol. Cela se dit en argot « tocar el piano » à cause du mouvement désespéré des extrémités sur le sol alors qu’il tente d’éviter la mort.

Les animalistes assurent qu’il y a encore des lévriers pendus, mais ces dernières années une nouvelle pratique s’est développée: jeter les chiens dans des puits, encore vivants, après leur avoir arraché la puce d’identification.

La Fédération Espagnole de Galgos a en sa possession 12.500 preuves ADN des chiens. Cette analyse a été mise en place dès 2005 pour éviter les mauvais traitements, la fraude et surtout le vol de lévriers. Beaucoup de galgueros reconnaissent élever leurs animaux dans des bunkers pour éviter les larcins.

« Les vols nous préoccupent beaucoup », détaille Luis Ángel Vegas, président de la Fédération Espagnole de Galgos. « Annuellement 4.500 vols de lévriers sont dénoncés et nous demandons que le Code Pénal soit modifié pour que ce type de vols soit considéré comme un délit ». Vegas assure que si ces vols étaient évités, il y aurait moins d’abandons: « 93% des chiens que l’on voit sur les routes sont des animaux volés qui fuient leurs ravisseurs ».

Le galguero David Cordero après avoir reçu sa confirmation de passage en national / Fernando Ruso
Le galguero David Cordero après avoir reçu sa confirmation de passage en national / Fernando Ruso

Ces informations contrastent avec ce que dit la Guardia Civil. En 2008, il y a eu 735 vols. Depuis lors, le chiffre a baissé jusqu’à 183 en 2015.  Selon Vegas, cette baisse découle des analyses ADN obligatoires. « Un chien volé ne peut plus concourir », garantit le président de la Fédération. Le Tribunal Administratif du Sport (TAD) a été sur le point de suspendre la finale de la Copa del Rey des galgos pour avoir découvert parmi les finalistes des descendants du célèbre galgo volé: Chapapote.

Le vol de Chapapote a rendu mythique la semence de ce galgo. Plus d’une trentaine d’agents de la Guardia Civil se sont mobilisés en 2013 pour résoudre l’opération Duplicado, qui a entraîné l’implication de 29 personnes, certaines avec des antécédants pénaux pour des crimes de sang et trafic de drogue. « Ce sont des gens dangereux », rappelle le capitaine Vivas de la Unidad Central Operativa (UCOMA) de la Guardia Civil.

Le propriétaire de Chapapote recevait jusqu’à 600€ chaque fois qu’il saillait une femelle. « Beaucoup trop pour un galgo », précise le capitaine. Après quatre mois d’investigation à Badajoz, Séville et Cordoba, les agents ont infiltré Palmete, un quartier à la périphérie de Séville où existe un énorme engouement pour les galgos. C’est là qu’ils ont trouvé Chapapote. « Il avait la peau sur les os », dit Vivas, qui s’est occupé de lui avec l’aide d’un vétérinaire de l’Escadron de Cavallerie de Madrid. Le chien vivait dans un container à ordures auquel les ravisseurs avaient ajouté une petite porte et dans lequel il était facile de détenir l’animal sans éveiller les soupçons.

(Autre vidéo sur l’article original: http://www.elespanol.com/reportajes/20160304/106989506_0.html)

La machination prenait beaucoup de précautions. Chapapote montait les femelles seulement dans des lieux fermés et uniquement en présence des membres du complot. Selon la Guardia Civil, les personnes impliquées ont réussi à gagner des millions d’euros: »pour eux, le chien était un objet, ni plus ni moins. Il était dans un état lamentable. On ne sait pas comment il a survécu ».

Chapapote n’est pas un cas isolé. Les annonces de chiens volés sont récurrentes sur la page web de la Fédération Andalouse des Galgos. « Les vols sont devenus la plus grande peur des galgueros ces dernières années ». La fédération lance l’alerte sur une arnaque: une fois le lévrier volé, ils demandent une rançon de 50€ par virement bancaire pour que les propriétaires puissent récupérer leur chien. Après avoir envoyé l’argent, les voleurs ne se présentent pas eu lieu de rdv.

  • Une nouvelle vie

Abandonner un lévrier en Espagne est simple. N’importe qui peut aller dans un centre zoosanitaire et y laisser son animal. En Andalousie, le processus ne prévoit pas d’amende pour le propriétaire. Il suffit de donner un motif qui justifie la remise du chien et d’accréditer sa propriété.

Les maîtres disent que le fils est allergique, que le chien est devenu agressif, qu’ils ont emménagé en appartement ou que l’animal est devenu trop grand, selon Manuel Gutierrez, responsable du Zoosanatorio de Séville.

Le cadavre d'une galga enceinte, sans les restes de son chiot, est traîné par une corde, depuis une propriété d'un galguero, pour être déposé dans une décharge à la limite de la commune d'Alcala de Guadaíra (Séville) / Ferdinand Ruso
Le cadavre d’une galga enceinte, sans les restes de son chiot, est traîné par une corde, depuis une propriété d’un galguero, pour être déposé dans une décharge à la limite de la commune d’Alcala de Guadaíra (Séville) / Ferdinand Ruso

Le centre a recueilli 80 galgos en 2015 et tous ont été remis à la Fondation Benjamin Mehnert, le plus grand refuge de lévriers d’Europe. Durant le mois de février, plus de 700 chiens sont arrivés dans ces installations, situées à Alcala de Guadaira (Séville). Annuellement, cette fondation prend soin de 1.200 lévriers, dont la majorité ont été retirés des mains de leurs galgueros.

« Beaucoup de nos fédérés les amènent aux refuges quand ils ne sont plus aptes au sport », dit le président Vegas. Mais ce n’est pas toujours le cas. Plusieurs animaux sont sauvés après des accidents ou après dénonciations des citoyens. En début d’années, ils ont sauvé la vie de plusieurs lévriers attachés à la voie ferrée près de Palmete juste avant que le train ne passe.

Rocio Arrabal travaille comme vétérinaire depuis six ans auprès de la Fondation Benjamin Mehnert. Il nous parle tandis qu’il est en train de réparer Villa, une galga rescapée quelques heures plus tôt sur une route. Elle a été renversée et ne porte pas de puce d’identification. Elle souffre de diverses fractures  aux hanches et aux pattes et elle saigne beaucoup. Elle a la peau arrachée sur une grande partie du corps mais Arrabal est optimiste; « Dans deux semaines elle sera sur pieds ».

Rocio fait partie d’une équipe d’une vingtaine de professionnels et d’une cinquantaine de bénévoles. Ce refuge est installé sur un site qui était autrefois un élevage de poulets et qui aujourd’hui héberge des consultations vétérinaires, blocs opératoires, une résidence canine et deux pavillons où vivent 720 galgos.

L’odeur est intense aux premières heures du matin dans les pavillons. Quand un des ouvriers entre dans le hangar, le bruit des aboiements est assourdissant. Au point qu’on n’entend plus la musique classique en fond sonore. Pendant qu’on nettoie les cages, une tâche à répéter chaque jour, les chiens sortent courir dans les patios.

« Nous n’aurions jamais imaginé que cela deviendrait comme ça l’est maintenant », explique l’âme-soeur du projet, Gisela Mehnert, une allemande amoureuse de cette race qui vit à Madrid. « J’ai hérité de cet amour pour ces chiens de ma grand-mère ».

Gisele a connu en 2000 Isabel Paiva qui occupe aujourd’hui la fonction de directrice de la fondation et qui était à l’époque la promotrice de l’association Adopcion Animal Al Andalus, qui recueillait des galgos et gérait leur adoption dans différents pays européens.

« Les chiens qui arrivent ici n’acceptent pas le contact avec les humains, ils ont une phobie des hommes, à cause de leur association aux mauvais traitements », explique le dresseur Alberto Piña. « Dans de nombreux cas, ils ont des conduites autodestructrices et ont des blocages devant cette nouvelle réalité. Il y a des chiens qui ont peur de monter les escaliers, peur des hommes, des télévisions, de sortir dans la rue ».

La première chose que fait le dresseur est d’évaluer l’état psychologique du chien. Le processus peut prendre des semaines. Avant d’arriver dans la liste des adoptions, le galgo doit passer un test de personnalité dans lequel on mesure son attitude sociale envers les autres animaux: chats, chiens et les humains: enfants, femmes et hommes. A partir de là, la fondation lui cherche un foyer.

Vétérinaires opérant des galgos dans le blocopératoire de la Fondation Benjamin Mehnert / Fernando Ruso
Vétérinaires opérant des galgos dans le blocopératoire de la Fondation Benjamin Mehnert / Fernando Ruso
  • Un voyage initiatique

« En Europe on se demande pourquoi il n’y a pas plus de contrôle des galgos et comment les galgueros s’en sortent impunément. C’est quelque chose que personne ne comprend », dit Gisèle Menert, présidente de la fondation qui porte son nom.

La réponse apportée par les européens devant cette question sans réponse est l’adoption, une nouvelle vie pour ces lévriers. Chaque année 600 galgos trouvent un nouveau foyer dans des pays comme la France, l’Allemagne, la Hollande, la Belgique, l’Autriche, la Finlande, les Etats-Unis ou l’Italie.

Chaque semaine, deux bénévoles de la Fondation Benjamin Mehnert s’embraquent pour un voyage initiatique pour ces lévriers. La fourgonnette adaptée au transport d’animaux effectue chaque année plus de 120.000 kilomètres. Pour chaque voyage, une quarantaine de chiens partent rejoindre leur nouveau foyer.

Patricia Colomberotto, présidente de Galgo Rescue Belgium, est en voyage à Séville, ville qu’elle visite toutes les cinq semaines afin de choisir les chiens qui finiront dans les mains de familles belges. Depuis l’an 2010, elle a effectué plus de 400 adoptions dans son pays. « Nous venons en Espagne car il nous importe de connaître le caractère des chiens afin de les placer dans la famille adéquate », explique-t-elle.

C’est l’un des passages intermédiaire qui existe entre les familles et les galgos. En premier lieu, la fondation propose les nouveaux galgos rescapés à la disposition des adoptants sur une page web. A côté de la photographie de l’animal, le texte de son test de personnalité. Alors, les différents pays font une pré-sélection que se termine, généralement, par un voyage à Séville pour évoluer les animaux de compagnie et vérifier leurs aptitudes.

« Ca me parait être une bonne manière de travailler. Ainsi, on peut conseiller au mieux les adoptants. Nous veillons à ce qu’ils arrivent dans le meilleur état possible dans leur nouveau foyer pour éviter ensuite de nouveaux abandons », ajoute Colomberrotto pendant qu’elle nourrit Zara, une galga destinée à la Belgique. Beaucoup de famille belges veulent adopter des galgos mais ils ne se rendent pas compte des traumatismes que vivent ces chiens ».

C’est pour cela qu’il est essentiel de bien choisir les attributions. « Avant de valider l’adoption, nous réalisons un entretien avec les adoptants et les conditions requises de ceux-ci dépendent du chien », explique Alberto Piña. « Nous les questionnons sur leur rythme de vie, sur le nombre d’heures qu’ils peuvent accorder au chien, s’ils ont eu des chiens avant, s’ils ont eu des galgos, s’ils sont mariés, s’ils aiment le sport, s’ils ont d’autres animaux ou enfants… ».

Si les candidats passent cette première étape, ils peuvent accueillir un chien. S’ils habitent à Séville, les adoptants reçoivent la visite du dresseur pour s’assurer que l’adaptation se passe bien. L’adoption est ensuite signée deux semaines plus tard.

Gisela-Mehnert-Fundacion-Benjamin-Menhert_107000329_2056756_1706x1280
Gisela Mehnert, presidente de la Fundación Benjamín Menhert. / Fernando Ruso
  • Un soulagement pour l’Alzeihmer

Une femme que j’appellerai Doña Carmen vit dans la résidence pour sénior Ballesol de la ville de Séville. Chaque jour elle rejoint en pleurant la salle de thérapie. Aujourd’hui elle se plaint de ne pas pouvoir bouger son bras. Son esprit lui apporte une trêve alors qu’elle entre en contact avec le galgo Bost, qui s’approche et pose son museau sur sa jambe.

(lien vidéo dans l’article original: http://www.elespanol.com/reportajes/20160304/106989506_0.html)

On pose une brosse près du chien et la relation se fait entre la dame et lui: elle le peigne, lui donne à manger. Pendant 50 minutes que dure la thérapie, elle ne se préoccupe que de pomponner le chien.

La résidence pour séniors Ballesol de Séville est pionnière dans ce programme avec des galgos. « Il est démontré que la relation avec les chiens améliore la qualité de vie de ces patients qui souffrent de troubles cognitifs », explique le docteur José Antonio Delgado. « Les personnes âgées réagissent avec joie et nous voyons plus détendus avec ces interactions avec les lévriers », explique la psychologue du centre, María Esther Romero.

Les chenils de la Fondation Benjamin Mehnert où sont pris en charge annuellement un millier de lévriers / Fernando Ruso
Les chenils de la Fondation Benjamin Mehnert où sont pris en charge annuellement un millier de lévriers / Fernando Ruso

Delgado et Romero préparent une étude avec plus de personnes âgées afin de démontrer ces bénéfices. Leurs conclusions préalables dévoilent que l’état physique est stimulé et les facultés motrices sont améliorées, l’équilibre est meilleur et la tension artérielle diminue, ainsi que la fréquence cardiaque et respiratoire, et les principaux facteurs d’accidents cardiovasculaires.

La thérapie avec les chiens améliore aussi la capacité d’attention des patients, leur estime de soi est augmentée et le niveau d’anxiété est réduit.

« Les galgos sont des chiens parfaits pour la thérapie », explique le dresseur Alberto Piña, qui collabore avec les professionnels de Ballesol pour cette activité. « Ils sont tranquilles, affectueux, subtiles, obéissants et fort psychologiquement ».

Une patiente lors d'une séance ludique avec un galgo / Fernando Ruso
Une patiente lors d’une séance ludique avec un galgo / Fernando Ruso

« Le galgo stimule la mémoire et réussit à faire remontrer des souvenirs », dit la psychologue. « Le fait que ces lévriers deviennent chiens de thérapie après avoir subi des mauvais traitements et avoir connu une série de carences émotionnelles les rend encore meilleur pour se connecter avec les personnes âgées », explique le dresseur. « Les chiens ont besoin de donner de l’affection et les séniors leur en sont reconnaissants, les galgos sont pour eux un lien avec le passé ». //

Thérapie ludique avec les galgos / Fernando Ruso
Thérapie ludique avec les galgos / Fernando Ruso

« Les folles de chiens // Journal d’une bénévole » // par Fani Megia // 24 février 2015

  • Article original: http://llevameacasa.net/WP/las-locas-de-los-perros-diario-de-una-voluntaria-by-fani-megia/

xxx

// Dans quel pétrin me suis-je fourrée? Quand il y a déjà quelques temps j’ai commencé avec ces histoires de chiens, une adoption par-ci, une diffusion par-là, je n’imaginais pas jusqu’où la méchanceté humaine pouvait aller. Les choses terribles que j’aurais à voir. Les images dégoûtantes qui restent gravées dans ta rétine pour toujours. Le désespoir qui t’envahit. Tu commences par te faire des contacts. Tu plonges presque sans t’en rendre compte dans un monde très dur.

Ils t’y mettent dedans aussi, ces contacts; parce que nous sommes si peu … que dès qu’il y a une autre personne prête à apporter sa pierre à l’édifice, il y a tant besoin d’aide et d’appui, même ponctuel, que tu perds la peur ou la honte de demander: il n’y a plus d’argent, on a besoin de quelques jours pour un accueil, un transport, une diffusion, ou quelque chose d’aussi simple comme une préoccupation partagée. Et quand tu réalises, tu es dedans. TCHANNNNN!!! Tu es la folle de chiens. Tout à coup, tu es une inconnue dont tu n’avais pas idée jusqu’où elle pourrait aller dans ces circonstances. Tes parents te regardent avec un drôle d’air. Tu commences à répondre aux « pour quoi? » des gens, (la meilleure réponse est « pourquoi pas? », ou plutôt « parce ce que ça me prend aux tripes »).

L’argent se multiplie, mais c’est plutôt parce que la vie t’a appris à l’étirer au maximum. Du petit toutou d’appartement, de maximum 7 kg, qui n’aboie pas, tu te retrouves à avoir 3, 4, 5 cabots sur le sofa.

La paresse? Il y a des choses qui ne changent jamais… mais pas celle-là. Qu’est ce qui te prends de faire 300 km pour aller chercher un cas urgent, le seul jour libre de ta semaine? Hé bien, tu y vas, c’est tout. Nous sommes comme ça.

Tu commences à apprécier des choses que tu ne remarquais pas avant, à te dire que la beauté d’un chien est directement proportionnelle au nombre des années qu’il a au compteur, il n’y a pas de plus joli chien qu’un grand-père. C’est comme ça, il n’y a pas de discussion possible. Comme ces toutous typiques des villages qui se nomment PODENCOS, qui devraient être une fierté nationale mais qui sont en fait la race la plus ignorée, malgré sa noblesse et son parcours de milliers d’années auprès des humains.

Avec un seul regard canin, tu te retrouves plus récompensée qu’avec un millier de mots humains.

Oui, ce travail est dur. Parce que oui, pour moi, c’est un travail. C’est une vocation, absorbante, problématique, incomprise, qui te coûte cher, parfois déprimante, très chiante la plupart du temps. C’est le seul travail que je ramène à la maison.

Mais… bien qu’il me coûte beaucoup de temps et d’argent… c’est sans doute celui qui paye le mieux au monde. Je suis sure que vous savez de quoi je parle.

Alors si quelqu’un d’insensé pense à faire la même chose, qu’il soit bien averti de ce que j’ai dit. Avisez vous bien, tous! Sortez en courant tant qu’il est encore temps, sauvez votre portefeuille et préservez votre coeur. Et si vraiment vous persistez dans ce sens, il n’y a plus qu’une chose à vous dire. Si vous le faites, que ce soit avec de la joie. Et préparez-vous, car nous avons du travail. //

 

« Galgos en Argentine » // Anima.org.ar

  • Lien article original: http://www.anima.org.ar/galgos-en-argentina/

1

// Entendre qu’un lévrier “est fait pour courir” est quelque chose vraiment aussi ambigu que simplifié à l’extrême.

¿Cela veut dire quoi ? Quelle que soit la réponse, celle-ci ne sera jamais qu’il “est fait pour être exploité pour la course”. Cela voudrait plutôt dire, en admettant qu’ils aiment courir —comme bien d’autres animaux, sans que pour autant ils “soient faits” pour quelque chose en particulier— qu’un galgo est fait pour profiter de sa vie, parfois, pendant qu’il court.

Être exploité pour une compétition c’est bien différent. Cela implique une soumission bourrée de pratiques forcées. On les manipule, on les confine, on les oblige à se reproduire en rejetant ceux qui ne servent pas, à la convenance des “maîtres des choses”. Aucun être capable de sentir ne devrait être transformé en objet.

Leur condition de victimes sera nettement plus visible plus ils sont vulnérables et plus les agressions qu’ils supportent seront brutales, ainsi que la responsabilité des bourreaux, qui sera encore plus grave.

Nous pouvons parler au pluriel –les galgos- et penser en termes d’éthique –et de droits-. Mais nous pouvons aussi raconter une histoire réelle pour nous trouver face à face avec l’aspect le plus dur d’une réalité quotidienne qui se répète, souvent dans différentes circonstances, mais toujours avec le même degré de souffrance et de mort. Une histoire comme tant d’autres en Argentine. Nous ne citerons pas les noms et lieux, pour diverses raisons et perspectives légales que nous évaluons au moment même de rédiger cet article.

Février 2016. Lundi, sous un soleil torride, par plus de 40º et avec beaucoup de travail à faire. Malheureusement, ce n’était pas ce qu’il attendait.

On frappe à la porte, et un gamin me demande si je suis celui qui « soigne les chiens », car là où il habite, pas loin de chez moi, il y a un « abichado » (un animal envahi par les asticots). Il me dit qu’il n’ose pas lui mettre ce que je lui indique, je me suis donc décidé à l’accompagner.

Réfugié sous un arbre, j’ai vu un galgo assez vieux, prostré, vidé de ses forces, incapable même de relever la tête. Nous l’avons aidé à boire de l’eau. Il était exsangue et assoiffé, il n’arrêtait pas de boire. En même temps, je lui appliquais un médicament en aérosol sur ses blessures. Souhaitant lui donner quelque chose à manger, j’ai demandé au gamin de le surveiller pendant que je m’absentais.

À mon retour, il avait vomi toute l’eau. Il était de nouveau prostré et refusait toute nourriture et l’eau. Quelqu’un connaît son maître ? On le connait, oui, et bien car le chien a une patte en moins et on sait qu’il appartient à un voisin du même quartier où habite le gamin. Je me suis demandé s’il était au courant, s’il le cherchait. Je me suis douté qu’il savait, mais je n’en étais pas certain.

Je suis allé chez les maîtres (supposés) et j’ai demandé à la femme qui m’a ouvert la porte s’il s’agissait de son chien. Oui, c’était son chien, et elle n’avait pas l’air inquiète du tout, son chien ne revenait pas souvent chez eux ces derniers temps, « mais quand mon mari sera de retour, je le lui dis pour qu’il aille le chercher ». Elle n’a rien dit de plus. Elle n’avait plus rien à dire, ni à faire. Rien à ressentir non plus, elle qui a reconnu qu’il s’agissait bien de « son » chien alors qu’elle venait d’apprendre qu’il gisait prostré à 80m de chez elle, là où dans peu de temps les pires rayons de soleil allaient tomber.

Je suis revenu chez elle une demi-heure plus tard, son mari était de retour. C’est bizarre, mais il n’était pas encore au courant de l’histoire. Je lui ai proposé mon aide pour amener son chien jusque chez lui, mais il m’a répondu qu’il le ferait « dans l’après midi, après le déjeuner ». Inutile d’insister, inutile de lui dire que son chien allait très mal et que son état allait empirer.

J’y suis revenu une heure plus tard, soulagé j’ai constaté que le galgo ne se trouvait plus sous l’arbre. Mais pas difficile de deviner que quelque chose clochait. J’y suis retourné, cette fois avec un vétérinaire. Le voyant très déshydraté, nous avons décidé de le mettre dans la fourgonnette, et de le conduire à la clinique vétérinaire pour le mettre sous perfusion. Le soir, il semblait aller mieux, nous l’avons donc reconduit chez lui, sachant que le lendemain il faudrait de nouveau le ramener à la clinique pour le remettre sous perfusion. Le « maître » nous arrêta, « ce ne sera pas possible » il nous dit. Son excuse est qu’il n’y aurait personne pour nous ouvrir.

Le lendemain, j’y suis retourné, bien décidé à le sauver. Je pensais qu’il s’agissait d’un de ces cas où on les laisse crever pour ne pas les prendre en charge lorsqu’il faut les prendre en charge, c’est-à-dire quand ils ont besoin de nous comme toujours, et souvent de façon urgente et inévitable.

Je suis entré dans le patio, et je l’ai vu, immobile sur la terre boueuse. Un voisin m’a dit qu’il l’avait entendu « se plaindre de douleur toute la nuit ». Je lui ai demandé son aide pour le mettre dans la voiture. C’est en allant chercher un morceau de toile que j’avais repéré sur le toit du poulailler que j’ai vu deux autres galgos enfermés, et j’ai compris : c’est la maison d’un galguero.

Je l’ai de nouveau conduit chez le vétérinaire, mais sachant qu’il ne pouvait pas y rester, j’ai alors cherché et obtenu la permission pour le laisser dans une station service désaffectée, pas loin de la clinique.

À partir de là, deux jours de tragédie ont suivi. Il buvait de l’eau, que je lui donnais à l’aide d’une seringue toutes les 3 heures. Nous l’avions mis sous perfusion, essayé sans succès de lui faire manger quelque chose, il refusait toute nourriture.

Le véto m’a finalement dit, en voyant les dépositions pleines de sang, que s’il avait avalé du verre, il ne pourrait pas le sauver. Mais le chien, je vais l’appeler Coco car s’il s’en sort je vais le garder, continuait à se battre et j’allais l’aider.

Dans l’après midi, alors que j’allais lui porter à boire, j’ai entendu de loin ses plaintes.

Je l’ai caressé, mais il ne cessait de pleurer, il ne se calmait que lorsque je lui touchais la tête. Soudain il a hurlé, a vomi toute l’eau et pissé le sang. L’odeur de l’urine infectée mélangée à celle du sang et matière fécale, m’a rappelé celle d’autres chiens proches de la mort, je me suis rendu compte que c’étaient ses dernières minutes, il n’avait même plus la force de se plaindre, ses yeux étaient enfoncés, il n’avalait plus l’eau, je ne pouvais que l’éventer un peu à l’aide d’un carton. Sans aide, comme j’ai pu, je l’ai mis dans un endroit plus sec, c’était un grand galgo et il fallait l’aide d’au moins deux personnes pour le faire bouger.

J’ai couru chez le véto, mais on m’a dit qu’il s’était absenté pour aller dans un autre village. J’ai appelé un ami pour qu’il m’aide à le lever. N’obtenant pas de réponse, je suis allé chez lui, mais ma voiture s’est embourbée et je n’y suis pas arrivé. De retour à la station service, il vivait encore. J’ai voulu chercher de l’aide, mais je me suis rendu compte que c’était inutile. J’ai fait demi tour pour rester auprès de lui jusqu’à la fin.

coco

Parmi les images qui traversèrent mon esprit, j’ai vu celle des galgos pendus en Espagne à la fin de la saison de chasse, j’ai pensé jusqu’où pouvait aller la méchanceté et les façons d’infliger la douleur et de tuer. Sur ces terres, Coco a souffert pendant des mois, peut être même des années, l’abandon une fois qu’il ne servait plus aux intérêts de son maître. Je le vois, vieux, recherchant eau et nourriture en pleine chaleur, souffrant de l’invasion des asticots dans son corps, jusqu’à ce que quelqu’un lui tende le dernier piège, en lui donnant de la nourriture remplie de verre moulu.

Le reste de l’histoire, c’est mon cauchemar. Le sien était fini.

Le responsable de la boutique de pneus m’a demandé de ne pas le laisser là, car le camion des poubelles était déjà passé. Il m’a aidé à le monter dans la voiture et je suis parti avec l’intention de le déposer à la déchetterie. La boue accumulée sur le chemin ne m’a pas permis de passer, je l’ai donc redescendu de la voiture. En essayant de le sortir du coffre, il est tombé en plein dans la boue. Je l’ai laissé sur le bord du chemin. En rentrant au village, il fallait nettoyer la station service. Je l’ai fait le cœur gros, et j’avais très envie de vomir. J’ai fini en fin d’après midi, la tête vide. Je ne souhaitais qu’une seule chose, rentrer chez moi, prendre un bain et nettoyer la grande quantité de boue qui m’étouffait. Ce n’était pas tellement la saleté de la boue qui m’incommodait, mais l’odeur qui m’imprégnait : l’odeur de la mort. Je la porte encore sur moi, car c’est l’odeur de l’impuissance, de l’indignation et de ma propre souffrance.

En arrivant sur la place, j’ai dû freiner sec. Devant moi, le galguero a traversé, en bicyclette, il se promenait avec sa petite fille. Il avançait tranquille, sans même me saluer.

Cette histoire est une des nombreuses atrocités occultes que l’on inflige aux millions d’animaux non humains. Entre temps, les gens se révoltent parce qu’un touriste, à qui on veut faire « payer » d’urgence, a laissé mourir un dauphin en voulant poster une photo sur les réseaux sociaux.//

Merci à Fabienne pour la traduction.