« Le Février de certains Lévriers » // par Nacho Marvá, vétérinaire // AVATMA // 20 février 2016

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// Je ne peux pas imaginer comment doit se sentir un galgo quand se termine la saison de la chasse, quand il a couru sa dernière course, quand, alors qu’il se sent toujours utile, son maître pense qu’il est temps de changer d’air…

Je ne peux pas me l’imaginer, parce que jamais personne ne parviendrait à avoir la confiance aveugle et la dévotion que ressent un chien pour son maître.

Mais j’arrive à imaginer comment peut se sentir un galgo avec la tension de la corde qui embrasse la branche. Quand au début ça tire un peu et qu’il se sent un peu réticent, mais à mesure que la corde se tend, la pression autour du cou commence à devenir insupportable.

D’abord il essaie de résister à la tension de la corde. Ensuite, à mesure que ses pattes avant perdent le contact avec le sol et que la tension du cou se transforme en douleur insupportable, comme la coupure rouge vif d’un couteau, il lutte pour ne pas perdre la traction de ses pattes arrières, qui le laisseront sans aucune chance de sauver la situation.

Parfois l’animal arrive à garder un minimum de contact entre ses doigts et le sol, ce qui ne fera rien d’autre que prolonger son agonie. Un chien n’est pas fait pour cesser de lutter, son instinct de survie le fera se battre jusqu’à l’exténuation; ainsi les minutes passent lentement, les heures se prolongent éternellement, jusqu’à la fin, quand la fatigue s’empare de la musculature endolorie par tant de tension…

L’oxygène commence à ne plus atteindre les organes vitaux, principalement le cerveau, les muqueuses deviennent bleues, le retour veineux de la langue diminue à cause de ce grand tourniquet logé autour du cou, ce qui fait que la langue gonfle de manière spectaculaire et prend un ton violacé, la pression sanguine fait éclater les petits vaisseaux, les yeux semblent sortir de leurs orbites.

Les signes nerveux sont envoyés aux poumons qui essayent d’obtenir de l’oxygène à n’importe quel prix; les respirations, d’abord rythmées, deviennent superficielles et désespérées, tentant de capter de capter un souffle de vie; mais la sensation de lutte, d’angoisse, de désespoir, ne l’abandonneront pas, jusqu’à la fin, jusqu’à ce que le cerveau, court-circuité par le manque d’oxygène, cesse de donner des ordres, que les cellules de cet organisme malmené jettent l’éponge une à une, et cessent d’être ce tout, organisé et coordonné, pour chercher leur propre survie. C’est à ce moment qu’apparaissent les convulsions, que chaque battement du coeur devient de plus en plus inefficace, que les sphincters perdent leur sens, que le dernier râle tente l’impossible, et enfin, arrive le silence, la fin de la lutte, et avec elle la honte de toute une société qui perpétue année après année une aberration causée par les mains d’un être civilisé. //

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