C’est le début de l’enfer pour les chiens de chasse // Daniel Cabezas // lamarea.com

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La saison de la chasse démarre en octobre. Les chiens utilisés par les chasseurs sont les plus touchés.

Comme chaque année, octobre arrive et on peut contempler, de nouveau, le même tableau classique sur une infinité de zones rurales en Espagne : des milliers de chasseurs se lancent dans les campagnes pour la saison de la chasse au gibier. Perdrix, lièvres, lapins, pigeons et faisans, parmi d’autres espèces réglementées par le Decret Royal 1085/1989 seront leur objectif principal.
Une activité bien lucrative pour de nombreuses petites villes espagnoles, pour lesquelles l’argent versé par les chasseurs en échange de la possibilité d’arpenter les terrains de chasse représente, très souvent, leur principale source de revenus.

Quelques mètres devant les chasseurs impatients, marchent leurs chiens. Galgos, podencos, pointers, spaniels… Beaucoup d’entre eux sont restés enfermés pendant des mois dans des petites cages d’à peine quelques mètres carrés, et très peu d’entre eux ont la chance de pouvoir partager le foyer de leurs maîtres. Certains d’entre eux, les moins fortunés, finiront la saison morts ou abandonnés. Seul un petit groupe finira dans les fourrières ou les refuges, peut-être seront-ils adoptés et pourront-ils avoir la chance de vivre loin de ceux qui furent leurs maîtres.

De l’instinct à la maltraitance
“Tous les chiens, en certaine mesure, ont un instinct chasseur. Dès leur plus jeune âge ils sont sensibles au mouvement, c’est pour ça qu’ils courent après une balle, les cyclistes ou les jambes qui bougent“, nous explique Mónica Saavedra, éducatrice canin et comportementaliste. La maltraitance à laquelle ils sont soumis, sous certaines circonstances, est quelque chose de bien différent. « L’enfermement, l’isolement, la privation de nourriture et d’interaction sociale, ainsi que la maltraitance physique sont perçues par le chien de façon très semblable à celle que nous pourrions ressentir nous-mêmes. Eux aussi peuvent ressentir la douleur physique et psychologique. Le simple fait de réaliser un exercice d’empathie en essayant d’imaginer ce que nous pourrions ressentir enfermés dans un cachot, surpeuplé, avec des blessures, sans jamais voir un rayon de soleil, sans nourriture, et nous aurons une idée de ce que peut ressentir un chien dans de pareilles circonstances. »

Javier Moreno, porte-parole d’ Igualdad Animal, va même plus loin. “Nous pensons que la chasse doit être abolie. En Espagne le lobby des chasseurs est très puissant, il n’y a qu’à voir la nouvelle loi de chasse à Castilla La Mancha, où les terrains sont pratiquement devenus des terrains de chasse privés pour les chasseurs, qui permet de tuer les animaux comme les chiens « sauvages » et qui permet même aux moins de 14 ans d’obtenir un permis de chasse”, nous signale-t’il. « Il n’y a rien de plus démagogique que d’écouter un chasseur dire qu’il aime les animaux, quelqu’un qui s’amuse et dont le passetemps consiste à tirer sur des animaux pour les afficher ensuite comme des trophées. »

Le drame des galgos
Irene Blánquez connaît de première main cette maltraitance. C’est la directrice de Febrero, el miedo de los galgos, un documentaire qui reflète la maltraitance systématique que souffre cette race aux mains des galgueros. “Dans les zones rurales où l’on chasse le lièvre, c’est normal de voir comment on entraîne les galgos. Certains galgueros attachent leurs chiens à leurs véhicules à moteur et les obligent à courir attachés, à une vitesse entre 20 et 25 km par journée. Il s’agit non seulement d’une pratique cruelle, mais aussi bien évidement très dangereuse pour l’animal. Le galgo ne peut pas s’arrêter de courir, ni freiner, ni prévenir s’il se casse une patte, ou bien s’il n’a plus de forces pour courir et que la corde commence à l’étrangler. Il s’agit, une fois de plus, de la preuve du manque d’empathie du galguero envers ses chiens.”

Lorsque la saison de chasse se termine, en février, c’est l’abandon massif. « Les raisons de cette mise à l’écart sont diverses », nous raconte Irene. « Le chien ne court pas assez, il n’a pas l’esprit chasseur, il est peut-être blessé, ou bien il est « sale ». Ce terme, « sale » est employé chez les galgueros lorsque le chien ne course pas le lièvre en ligne droite. Lorsque le galgo apprend qu’en prenant un raccourci il attrapera le lièvre avant (c’est-à-dire lorsqu’il se montre intelligent) il est disqualifié et cesse d’être un chien désirable. Souvent ceci est un affront tel pour le galguero que son chien est puni pour cela. » Et de là, nous avons cette image classique et déchirante des chiens pendus qui est encore habituelle dans certaines régions d’Espagne.

Tous les experts et les organisations spécialisées dans le droit des animaux tombent d’accord sur un point : quelque chose est en train de changer. « Le rejet social face à ces activités ne cesse de croître » nous indique Javier Moreno. « Un exemple de ceci sont les polémiques soulevées sur les réseaux sociaux concernant la chasse. Il y a encore une grande labeur de pédagogie à faire et il faut avancer en matière législative pour que ce fléau disparaisse de notre société. C’est compliqué, car malheureusement cette Espagne de La Escopeta Nacional retracée par Berlanga est toujours très présente et complètement incrustée dans la sphère politique et le monde des affaires. »
« Je ne comprends pas que quelqu’un puisse tuer un être vivant par simple esprit sportif, si l’on peut toutefois parler de sport, ou par simple plaisir » nous dit Mónica Saavedra. « Mais je veux penser qu’il y a certains chasseurs qui, même s’ils n’ont aucun respect envers la vie d’autres animaux, respectent et traitent correctement leurs chiens, leurs compagnons de travail. Malheureusement j’ai bien peur qu’il ne s’agisse d’une minorité. »

Article original: http://www.lamarea.com/2015/10/11/arranca-infierno-los-perros-caza/
Traduit de l’espagnol par Fabienne.

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