LA HUERTA DE LA ALEGRIA // de Miguel CANAY

huerMiguel Canay est un des bénévoles incontournables de du refuge de Huellas avec lequel Action Invisible collabore: toujours motivé pour s’occuper des chiens et entretenir le refuge, musicien lors des concerts de charité organisés chaque mois, intervenant dans les nombreuses conférences et… également écrivain!
Il y a quelques années, Miguel et sa femme découvrent dans un verger des chiens abandonnés et enchaînés, à moitié morts de faim. Ils s’impliqueront alors dans leur sauvetage et cette expérience changera leur vie pour toujours. Elle les mènera sur le chemin de la défense des animaux, de l’amour et de la compassion.
C’est cette histoire qui est retracée dans le superbe « LA HUERTA DE LA ALEGRIA ».


Malheureusement, l’ouvrage n’est (pour le moment) disponible qu’en espagnol, vous pouvez vous le procurer en format pdf ou en format papier directement chez l’éditeur:
http://www.bubok.es/lib…/228279/La-Huerta-de-la-Alegria-epub
http://www.bubok.es/libros/219772/La-huerta-de-la-alegria
L’intégralité des bénéfices est reversé à l’association HUELLAS

Le Chagrin des Animaux // Barbara J. KING

chagrinUn bon bouquin à découvrir: LE CHAGRIN DES ANIMAUX de Barbara J. KING:

Les animaux éprouvent-ils du chagrin?
Peut-on parler d’amour animal?
Comment les animaux réagissent-ils face à la mort d’autrui?
L’amitié inter-espèces est-elle possible?
Les animaux se suicident-ils?

En se basant sur des dizaines d’observations, personnelles et scientifiques, l’anthropologue BARBARA J. KING tente de sonder chez les animaux (de la poule au chien en passant par l’éléphant et beaucoup d’autres) la profondeur de ces émotions qu’on a longtemps cru strictement réservées à l’espère humaine.
Et pourtant….

« Il n’y a pas de chagrin sans amour »

Consignes de sécurité pour votre Lévrier

VOICI QUELQUES CONSEILS DE SÉCURITÉ QU’IL EST NÉCESSAIRE D’APPLIQUER AVEC PRÉCAUTION

Il est très important d’être particulièrement vigilant avec la sécurité de votre lévrier.

 

  • COLLIER, MÉDAILLE, LAISSE, HARNAIS

1Utilisez un collier en cuir spécial lévrier pour l’extérieur, celui-ci doit être bien serré de manière à ce que vous puissiez passer seulement un doigt entre son cou et le collier.

 
2Les colliers « martingales » ne doivent être utilisés que pour rester à la maison, ceux-ci ne sont pas sécurisés pour l’extérieur, au moindre bruit qui pourrait effrayer votre lévrier,  il risque de « tirer au renard » et de se dégager la tête de son collier pour s’échapper.

 
3Même dans la maison, votre lévrier doit toujours porter sa médaille avec votre n° de téléphone.

 

Ne détachez JAMAIS votre lévrier en promenade ou dans des endroits non parfaitement clos.

 

Les laisses à enrouleur sont à proscrire formellement. Si le lévrier se met à courir, il est impossible de le retenir avec ce type de laisse.

 

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6Votre laisse doit être solide avec un gros mousqueton et être tenue la main enfilée dans la dragonne et entourez celle-ci autour du poignet.

 

 

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8Pour un maximum de sécurité, utilisez la double sécurité : un collier bien serré + un harnais spécial lévrier + 2 laisses. Les laisses ne doivent pas être maintenues par une seule main, utiliser une main pour une laisse et entourez la seconde laisse autour de votre taille. Si votre lévrier est craintif, cette méthode est absolument nécessaire.

 

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Ne laissez JAMAIS à votre enfant la responsabilité de tenir la laisse.

 

  • CLÔTURES

De bonnes clôtures mesurent au minimum 1m50, elles doivent être bien tendues et enterrées dans le sol. Attention au portail qui doit rester bien fermé et à clé!

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Même dans votre jardin, le lévrier ne reste pas en sécurité, il peut être effrayé par un simple bruit de tondeuse. Le lévrier est capable de sauter une clôture de 2 m pour fuir. Ne le laissez jamais seul et sans surveillance. A son arrivée, faite lui faire le tour du jardin en longe et observez-le si il cherche à s’enfuir.

 

  • MAISON

11Dans la maison, soyez vigilants avec les fenêtres et les portes, ne laissez jamais votre lévrier sans surveillance si vous aérez une pièce. Le lévrier est capable de fuir même par une fenêtre oscillant battant entrouverte.

 

Attention certains lévriers savent ouvrir les portes, il est recommandé de les fermer à clé.

 

  • VOITURE

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Dans la voiture, veillez à ce que le lévrier soit bien attaché avant d’ouvrir la portière ou le coffre. Une attache-ceinture est un outil très pratique.

 

Une cage de transport est idéale pour vos déplacements, le lévrier s’y sent en sécurité, attention en ouvrant la porte de la cage.

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  • LES LÉVRIERS ET LES CHATS

Des tests aux  chats sont pratiqués dans les refuges espagnols. Cependant, les conditions de stress pour l’animal quittant son box et se retrouvant face aux chats ne prouvent pas à 100% la compatibilité.

Soyez très vigilent lors des premiers contacts avec les chats de la maison surtout au début de la cohabitation.

Ne laissez jamais votre lévrier avec vos chats lors de vos absences, il est vivement recommandé de les séparer.

N’oubliez pas, les lévriers sont des chasseurs entraînés et conditionnés à chasser le lièvre.

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Par Perrine // Action Invisible & Christine // Terre des Lévriers

Interview de Irene BLANQUEZ, réalisatrice du documentaire « Février et le Galgo espagnol » – VICE, 9 février 2015

Comme nous l’avons déjà raconté à d’autres occasions, pour les galgos février est le pire des mois. À la fin de la saison de chasse, des milliers sont abandonnés à leur sort dans les champs quand ils ne sont pas directement sacrifiés ou abattus de manières les plus cruelles.
Heureusement, il existe aujourd’hui diverses associations dans toute l’Espagne pour essayer de faire tout leur possible pour que chaque année, cette pratique sauvage et rétrograde pour se débarrasser des chiens quand ils ne servent plus à aller à la chasse, se réduise progressivement et d’autre part, dans le cas les animaux ont été abandonnés, essayé de les sauver d’une mort presque certaine et ensuite mettre en adoption le plus grand nombre d’entre eux.
Février, la peur des galgos est un documentaire indépendant qui raconte la terrible situation que vivent des dizaines de milliers de lévriers chaque année en Espagne. Il est le résultat de deux années de travail, de tournage et d’édition en solitaire de la réalisatrice Irene Blanquez. Depuis quelques jours, ce documentaire peut être librement vu en ligne (vous pouvez le voir en fin d’article). Pour commenter le lancement, nous avons parlé avec Irène, sa directrice, pour qu’elle nous en dise un peu plus à ce sujet.
VICE: Que peut-on voir dans ton documentaire?
 
Irene Blanquez: D’un coté, une pratique inconnue par beaucoup, la chasse au lièvre en utilisant des galgos, et de l’autre les conséquences directes de cette pratique.
Le fil conducteur de « Février» est l’histoire de Mila. Elle est le personnage principal, le cas typique du galgo abandonné et abimé à la fin de la saison de chasse en février.
En plus d’expliquer comment le collectif des galgueros entraîne ses galgos, attachés aux véhicules à moteur et la façon dont ils sont élevés sans discernement, le documentaire met en évidence comment la chasse à l’aide des chiens est littéralement insoutenable (des milliers de galgos sont abandonnés indifféremment chaque année parce qu’ils ne sont plus  » utiles « pour le collectif des galgueros).
Ce document ne prétend pas être sensationnel, il n’y a pas d’images explicites, il est adapté pour les enfants de plus de 8 ans, et il me plait à penser que c’est un documentaire qui rend sa dignité au galgo et rompt avec les préjugés … Je suis de celle qui croit qu’en montrant la beauté, on obtient plus qu’en montrant la cruauté.
Où l’as-tu filmé ?
 
La maltraitance et l’abandon du galgo se produit dans de nombreux points géographiques espagnols, les zones rurales avec de grandes et arides superficies sont idéales pour la chasse. Dans mon cas, j’ai filmé dans des villes intérieures de l’Andalousie; à Cadix et Séville. Et je l’ai fait là-bas pour une question de logistique. Ceci est un projet autofinancé et là-bas, des bénévoles et des membres de SOS Galgos, ONG  aussi très présente dans ce film, m’ont ouvert les portes de leurs maisons, de leurs voitures et de leur quotidien. J’ai aussi filmé à Esplugues de Llobregat (Barcelone), où est basé SOS Galgos, en France et à Boston (USA).
Était-ce compliqué de filmer ?
Pendant une année entière, j’ai tourné 30 séances espacées les unes des autres. Étant un projet totalement indépendant et non rémunéré, je l’ai combiné avec d’autres emplois et je le faisais quand je le pouvais, week-ends, ponts, vacances … J’ai eu beaucoup de soutien de la part de SOS Galgos, ma famille et mes amis. Je partais avec un monotripode, un Sony EX1 et micro cravate, l’équipement le plus basique imaginable. Le point positif est que dans le genre documentaire, cela peut être avantageux … C’est différent de voir une femme seul tourner d’une équipe de cinq professionnels. Tu accèdes beaucoup facilement aux gens et tu as plus de capacité, réactivité et improvisation à la clé.
Comment a évolué la situation des galgos dans les zones qui apparaissent dans le documentaire ?
 
Selon ce que j’ai entendu, il y a plus de maltraitance et d’abandon que jamais. Et maintenant, en février, c’est la pire période de toutes. Le documentaire est sortie en avant-première dans les cinémas commerciaux à Barcelone et Madrid à la fin de 2013 (Cinemes Gérone et Cineteca) mais il a été organisé plus de 70 projections à travers le pays pendant les deux mois de la tournée officielle. Toutes les associations de protection et de sauvetage, beaucoup d’entre elles spécialisées dans le galgo et le podenco, nous ont demandé le film. Nous le leur avons cédé gratuitement et elles ont organisé de projections et utilisaient le documentaire comme outil de sensibilisation dans leurs salles de classe, dans leurs centres civiques, dans leurs auditoriums … Le succès médiatique de ce documentaire est dû à tous ceux qui luttent tous les jours pour aider.
La maltraitance des galgos est de plus en plus connue et les médias ont beaucoup diffusé sur ce problème. Penses-tu que cela a fait changer l’attitude des gens en général face à ce problème ? En général, penses-tu que cela soit quelque chose de connu et rejeté ?
 
Je pense que pour ceux qui travaillent dans l’industrie de l’image et de la communication, le problème peut être bien connu. Il est vrai que pendant les deux dernières années, de nombreux professionnels radio et de télévision (présentateurs, acteurs …) se sont tournés vers la cause de galgos en donnant de la visibilité à ce problème. Pour moi, les véritables ambassadeurs ce sont les galgos que nous voyons dans les villes. Ils marchent la tête haute, ils sont l’indicateur comme quoi quelque chose est en train de changer, d’une part de plus en plus de gens connaissent leur situation injuste chien de chasse qui finit par être abandonné, et d’autre part, les personnes qui ont accueilli ou adopté un galgo savent que le galgo n’est pas peureux par nature. Il ya un fond très dur, les chiens que nous voyons en ville, sont la première génération de galgos « heureux », « aimés ». Les premiers qui commencent à donner leur confiance à l’homme.
Et l’attitude des institutions?
 
Les questions des droits des animaux ne sont pas les affaires d’État, mais devraient l’être. L’Espagne est un pays de chasse. C’est un passe-temps dans les différentes couches sociales. Le gouvernement devrait faire quelque chose, au moins pour contrôler l’élevage et les abandons massifs de galgos. Devant cette absence, des centaines d’associations et d’ONG font le travail à sa place. L’an dernier, le documentaire a été montré devant le Congrès des députés, il était question d’un forum parlementaire pour discuter des solutions possibles face à ce problème. La grande majorité des ONG a opté pour l’abolition de la chasse.
Que crois-tu être la solution à ce problème ?
 
Aujourd’hui, mon opinion personnelle est l’abolition de la chasse au lièvre, même si dans le documentaire je ne me prononce pas et je montre des opinions différentes à ce sujet. Chacun choisit librement ce qu’il pense, après avoir vu le documentaire. Je n’aime pas le comportementalisme, les données sont là.
Quels sont tes  projets? Vas-tu  continuer à faire des documentaires sur ces thèmes ? Es-tu en train d’en préparer ?
 
En ce moment, nous sommes en train de façonner et filmer le premier spot de Waggingtale Films, la société de production que nous avons créé dans le sillage de « Février » et dans ce spot nous  expliquons ce que nous offrons comme production (sites Web, taches …). Nous avons des propositions en cours  pour tourner des spots pour des entreprises avec des valeurs non seulement animales mais aussi écologique, et sur la défense de l’environnement. En quelques mois, nous allons commencer le tournage du teaser pour notre second documentaire, également sur la défense des animaux. Mais cette fois, même si nous avons appris beaucoup de «Février» et la façon de gérer un projet sans ressources financières, nous utiliserons des sponsors et de la finance participative.
Merci beaucoup, Irene.
Nous vous laissons avec le documentaire.
 par Juanijo VILLALBA
Lien vers le film documentaire: https://vimeo.com/125037931
Un grand merci à Caty pour la traduction.

L’éthique animale au regard des religions monothéistes – Première partie: Le Judaïsme

  • Par Frédérique Moutsi, Master en sciences des religions et de la laïcité // pour ACTION INVISIBLE

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Ceci est le premier article d’une trilogie dont la problématique est le rapport qu’entretiennent les trois grandes religions monothéistes à l’égard des animaux.

Souvent diabolisées à cause de leur rituel d’abattage, le judaïsme et l’islam passent pour avoir peu d’éthique animale. Le christianisme, quant à lui, s’intègre totalement dans notre mode de vie et ne pose a priori aucun problème de moralité vis-à-vis du monde animal. Pourtant, comme nous le verrons dans l’article suivant, la théorie de l’animal machine, consacrée des siècles plus tard par Descartes, est issue du monde chrétien.

Par ailleurs, le passage de la Genèse 1 : 26-31, souvent lu à l’aune des Bibles chrétiennes a créé une confusion monumentale dans l’imaginaire collectif. En effet, ce passage est considéré comme étant à l’origine de l’hybris humaine et accuse à tort la tradition vétéro-testamentaire. Ce problème vient du fait que la langue d’origine de la Torah est l’hébreux. Par conséquent, sachant qu’un verbe ou un mot peut avoir plusieurs sens, une traduction peut tout en étant correcte s’éloigner du sens originel du texte surtout si la traduction n’est pas faite par un savant de la tradition.

Notre approche n’est pas théologique mais plutôt philosophique et dénuée de toute croyance si ce n’est en celle de la vie et du respect du vivant.

Nous commencerons par l’article traitant du judaïsme car d’un point de vue historique, c’est la première des trois grandes religions monothéistes. Nous l’entamerons par le fameux passage de la Genèse 1, 26-31 afin de montrer qu’il existe au moins deux traductions possibles impliquant alors des sens opposés. Ces différences reposent essentiellement sur deux verbes en hébreux : râoâh et kâbash. Tout d’abord, nous nous baserons sur la traduction de la Bible TOB, bibile oecuménique chrétienne, car elle contient précisément le sens très répandu dans le monde occidental de l’homme dans son rapport au vivant et à l’environnement. Ensuite, la traduction de l’évangéliste Bienvenu Kone nous permettra de faire état d’une lecture alternative au sein du christianisme. Enfin, nous reprendrons la traduction et l’explication du Grand Rabbin de France, Haïme Korsia, afin de clarifier la confusion qui règne sur ces versets.

Cette approche nous autorisera dès lors à montrer qu’il n’y a aucune contradiction entre Genèse 1, 26-31 et la présence d’une éthique animale forte au sein du judaïsme que nous tenterons de démontrer à partir de plusieurs passages issus de différentes sources de la tradition juive. Quelle est la place de l’animal dans le judaïsme ? Quel comportement l’homme doit avoir à l’égard des animaux ? Quelle est l’origine du carnivorisme et quelle place est faite au végétarisme ? Bien entendu, les passages que nous avons sélectionnés pour répondre aux questions de cet article ne sont pas exhaustifs mais ce sont a priori les passages les plus souvent cités en faveur de la cause animale.

Nos sources principales sont : La Bible TOB (Tanakh) ; Le Talmud ; Code of Jewish Law ; Le Midrash Rabbah ; Le Midrash Tanhuma ; Le Noda Ben Yehuda de Yehezqel Landau ; Le Guide des Egarés de Maïmonide ; La thèse de Caroline Dewhurst, Protection animale et judaïsme : Compréhension des lois de la Torah concernées, et exemples d’applications de nos jours ; Le mémoire de Bienvenu Kone, Evangélisation et promotion humaine.


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Le judaïsme

« Dieu dit : “Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance, et qu’il soumette les poissons de la mer, les oiseaux du ciel, les bestiaux, toute la terre et toutes les petites bêtes qui remuent sur la terre. Dieu créa l’Homme à son image, à l’image de Dieu il le créa ; mâle et femelle il les créa. Dieu les bénit et leur dit : “Soyez féconds et prolifiques, remplissez la terre et dominez-la. Soumettez les poissons de mer, les oiseaux du ciel et toutes bêtes qui remuent sur la terre!” Dieu dit : “Voici, je vous donne toute herbe qui porte sa semence sur toute la surface de la terre et tout arbre dont le fruit porte sa semence ; ce sera votre nourriture. À toute bête de la terre, à tout oiseau du ciel, à tout ce qui remue sur la terre et qui a souffle de vie, je donne pour nourriture toute herbe mûrissante.” Il en fut ainsi. Dieu vit tout ce qu’il avait fait. Voilà, c’était très bon. Il y eut un soir, il y eut un matin : sixième jour.» Genèse 1, 26-31

Il s’agit ici de la version de la Bible TOB 1. D’aucuns considèrent ce passage comme l’origine de l’anthropocentrisme. Effectivement, les verbes “dominer” et“soumettre” corroborent avec la vision supérieure qu’à l’homme actuel de lui-même par rapport aux autres espèces et à la nature. Cette traduction aurait donc ouvert la porte à l’exploitation sans mesure d’une nature désacralisée. Pourtant, d’après Bienvenu Kone, si l’on se réfère à l’hébreu de ces deux verbes râoâh et kâbash, on s’aperçoit qu’il s’agit là d’une traduction orientée vers cette vision anthropocentrique du monde. Or, le verbe râoâh que la Bible TOB traduit par “dominer” signifie plus précisément “gouverner” mais dans lequel s’insère la notion très importante de soin, d’attention. C’est pourquoi on peut le traduire par “prendre soin”. Quant au verbe kâbash, bien qu’il puisse signifier “assujettir”, “fouler aux pieds”, il peut aussi signifier “prendre possession sur permission du souverain” dans le sens classique du Proche-Orient ancien, à savoir gérer une terre, bien l’administrer. C’est ce sens-là qu’il faut comprendre dans la Genèse, à savoir qu’Adam et Eve sont amenés à bien gérer la création de Dieu, avec intelligence. « À une nuance de violence (JOB18, 1 ; 2Sm8, 11), ce terme est utilisé pour décrire la conquête de la terre promise qui est une responsabilité particulière du Roi. En effet, le roi a pour fonction de promouvoir la justice et la paix avec une préoccupation pour les faibles. Ainsi la fonction royale de domination est un service pour la justice, la paix, l’harmonie dans le monde créé par Dieu et non pas pour l’exploitation du monde à des fins personnelles »2. D’ailleurs, Exode Rabbah 2, 2, va dans ce sens car Moïse, après avoir secouru un agneau, sera choisi pour devenir celui qui servira de guide au peuple d’Israël. En étant bon avec un agneau, Dieu comprit qu’il serait bon avec son peuple.

Le Grand Rabbin de France, Haïm Korsia, rappelle que traduire ces verbes par “dominer” et “soumettre” est un fait chrétien. Selon lui, il faut traduire “dominer” par “cultiver” et “soumettre” par “garder”.

Que ce soit la version du Rabbin ou celle de Kone, une hiérarchisation explicite est présente où l’homme même bon est celui à qui revient le pouvoir de prendre soin et d’administrer le monde. L’homme est au-dessus des autres espèces dans un rapport responsable et protecteur à l’égard de la création. L’homme a un rôle de gardien du monde.

En tout cas, il s’avère que ces deux traductions (Kone/Korsia) conviennent bien mieux à la logique interne au judaïsme. En effet, si l’on se réfère aux différentes sources judaïques, on constate que la compassion pour la vie animale existe et qu’il n’est absolument pas permis aux hommes d’exploiter ou de faire du mal gratuitement à un animal. Pour preuve, le concept de tsaârbaâlei ‘haïm qui correspond à l’interdiction de causer de la souffrance animale est capital dans la tradition juive. Il s’agit d’une «expression hébreu qui veut dire littéralement « la souffrance de la bête vivante » : ce principe inclut à la fois les lois de la prévention de la cruauté aux animaux, l’obligation de porter secours aux animaux en détresse, et l’injonction de toujours agir envers eux avec bienveillance »3. Iltrouve son origine dans l’Exode 23, 5 : « Si tu vois l’âne de celui qui te haît succomber sous sa charge, et que tu hésites à le décharger, tu l’aideras à le décharger » mais le concept en tant que tel se trouve dans le Talmud – Baba Metsia 32b.

Rabbi Solomon Granzfried conformément au tsâarbaâlei ‘haïm insiste sur le fait qu’« Il est interdit, en accord avec les lois de la Torah, d’infliger une souffrance à quelque créature vivante que ce soit. En sens contraire, il est de notre devoir de soulager la douleur de chaque créature, même sans être propriétaire des biens d’un non-Juif »4.

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De plus, dans la Torah, des prescriptions existent quant à la manière de se comporter face à une mère et ses petits. Dans le Deutéronome 22, 6-7, il est ordonné de faire partir la mère si l’on veut prendre ses oisillons. Dans Lévitique 22, 28, Dieu s’adresse à Moïse en ces termes :

«Mais n’égorgez pas le même jour une bête, vache, brebis ou chèvre, et son petit ». Maïmonide voit dans cette injonction le fait qu’il ne soit pas possible de tuer les deux (la mère et son petit) ensemble « de telle manière que le petit ne soit tué à la vue de la mère, parce que la souffrance des animaux dans une telle circonstance est immense. Il n’y a pas de différence en ce cas entre la souffrance des gens et la souffrance d’autres êtres vivants, parce que l’amour et la tendresse de la mère pour son jeune petit n’est pas produite par le raisonnement mais par le sentiment, et cette faculté existe non seulement chez les gens mais chez la plupart des choses vivantes »5. Manifestement, les sentiments des animaux sont reconnus ainsi que leur souffrance psychique qui doit être évitée.

L’expression hébraïque néfèsh qui signifie “l’âme illustre” parfaitement nos propos.Néfèsh est appliquée indistinctement aux animaux et aux humains. Les animaux sont donc pourvus d’une âme et sont dignes de respect. C’est pourquoi dans les Psaumes 145, 9, nous pouvons trouver cette affirmation: « Dieu est bon envers tous et ses compassions s’étendent sur toutes ses créatures ». Tout comme Dieu, l’homme doit être bon envers les animaux et le Talmud – Yevamot 79 de déclarer que les juifs doivent être : «Miséricordieux, même envers son bétail, car la véritable compassion et la pitié sont l’ornement des Israélites ».

 

En outre, d’après la tradition talmudique, les animaux sont également dotés de la capacité de saisir un ordre et de la faculté de comprendre, voilà pourquoi les sages du Midrach Rabbah expliquent que les attributs d’intelligence et de la perception requis pour comprendre les plans divins ont été donnés : « Non seulement à l’homme, mais aussi également au bétail et aux autres animaux, comme il est dit « à qui l’Éternel avait donné intelligence et discernement en eux », or le mot  » en eux » s’écrit avec les mêmes lettres que le mot BEHEMA, animal. Et cela veut donc dire que la sagesse fut donnée à l’homme et à l’animal. »6. Le Midrach Tanhouma Va‐yakel4 relève également que : «Dieu n’apas donné la sagesse à l’homme uniquement, mais aussi à l’animal domestique et à l’animal sauvage ». Enfin, le Talmud contient beaucoup d’exemples à propos de l’intelligence animale7.

Par ailleurs, le quatrième Commandement exige que les animaux comme les personnes doivent se reposer le jour du Shabbat8. Cela signifie qu’ils doivent être libres de courir et de paître librement le jour du Shabbat.

Toujours en lien avec le tsâarbaâlei ‘haïm, le Talmud stipule qu’ “une personne ne devrait pas manger ou boire avant d’avoir nourri ses animaux”9. Comme les animaux domestiques sont dépendants de nous, il est cruel pour ces derniers qu’ils soient affamés alors que nous mangeons.

En revanche, un célèbre rabbin du 13siècle, Nahmanides  penser que Dieu place le besoin de l’homme au dessus de la vie de l’animal :« Sa pitié n’est pas étendue à la vie de l’animal au point de nous interdire de réaliser nos besoins à leurs dépends, car si cela avait été le cas, Il nous aurait interdit de les tuer. Plutôt, la raison de cette interdiction est de nous enseigner le trait de compassion, et que nous ne soyons pas cruels ». Ainsi, l’homme peut utiliser l’animal s’il en a un réel besoin qui peut s’étendre parfois jusqu’au plaisir. Ceci peut être considéré comme une pente glissante. En effet, dans la même lignée que Nahmanides, le Rabbi Isserlin perçoit, en théorie, comme conforme à la Torah de couper la queue d’un chien ou autre acte chirurgical si cela occasionne un plaisir pour les yeux de l’homme. L’expérimentation animale dans le cadre d’une utilité médicale est également acceptée bien qu’il y ait là différents points de vue sur les motifs de l’expérience et sur les traitements que reçoit l’animal.

Sur un autre plan, dans le passage de la Genèse 1 : 29-31, cité antérieurement, nous pouvons constater qu’à l’origine, l’homme et la femme sont végétariens. En effet, Dieu leur donne pour seule nourriture herbe et fruits. Les animaux non plus ne sont pas encore carnivores. Pour cela, il faudra attendre la sortie d’Adam et Eve hors du jardin d’Eden. Dans Esaïe 11, 6-9, la prophétie eschatologique d’Esaïe confirme la vision édénique de la Genèse: « Le loup habitera avec l’agneau, le léopard se couchera près du chevreau. Le veau et le lionceau seront nourris ensemble, un petit garçon les conduira. La vache et l’ourse auront même pâture, leurs petits même gîte. Le lion, comme le boeuf, mangera du fourrage. Le nourrisson s’amusera sur le nid du cobra. Sur le trou de la vipère, le jeune enfant étendra sa main. Il ne sera fait ni mal, ni destruction sur ma montagne sainte, car le pays sera rempli de la connaissance du Seigneur, comme la mer que comblent les eaux.». Que nous disent ces passages ? Il semblerait qu’il y ait une conscience aïgue de la fatalité de la prédation. Les hommes et les animaux sont devenus des prédateurs depuis la sortie d’Eden mais c’est un mal car cela cause de la souffrance à toutes les créatures. À cette époque-là, l’homme comme l’animal sont des proies. Ainsi, tous deux rentrent dans le cycle de la vie où le mangeur peut devenir celui qui est mangé et ainsi restaurer sa dette vis-à-vis de celui qui a été mangé. C’est la logique du don contre-don de la nature dans laquelle l’homme s’inscrivait mais dont il s’est éloigné petit à petit en décimant les prédateurs de ses lieux de vie.

Quoi qu’il en soit, les juifs ont reçu le droit de manger de la viande. Et c’est à Noé que Dieu donne ce “droit”. À partir de ce moment-là, l’homme gardien du monde ne l’est plus grâce à Dieu mais par la méfiance qu’il inspire aux autres créatures. Dans Genèse 9 : 1-5 : « Dieu bénit Noé et ses fils, il leur dit :“(…) Vous serez craints et redoutés de toutes les bêtes de la terre et de tous les oiseaux du ciel. Tout ce qui remue sur le sol et tous les poissons de la mer sont livrés entre vos mains”. Bien entendu, ce passage encore une fois peut justifier les desseins machiavéliques de certains hommes froids et dénués de scrupule. Gardons en mémoire tout de même qu’il est avant tout le gardien de la création et n’oublions pas que de nombreuses sources hébraïques prescrivent à l’homme d’être bon envers les animaux. Une oeuvre ne peut être comprise que dans son ensemble pour saisir les nuances qui sont apportées, les contradictions qui peuvent y exister.

En effet, le peuple hébraïque n’a absolument pas le droit ni de manger n’importe quel animal ni de le tuer de n’importe quelle manière. Nous ne détaillerons10 pas ici quels animaux sont tahor (purs) ou tame (impurs), nous nous bornerons au rituel d’abattage. Lecho’het (boucher) doit être instruit et pieux. L’animal doit être en bonne santé. La lame du couteau parfaitement aiguisée de façon à ce qu’elle puisse sectionner rapidement et précisément sous la main du cho’het les artères principales reliées au cerveau. Il est dit que la lame doit être excessivement fine pour que la section se fasse sans causer de douleur à l’animal. L’impératif majeur est que l’animal souffre le moins possible. Si lecho’het doit vider l’animal de son sang, c’est parce que ce dernier est considéré comme l’âme vivante de l’animal, le néfèsh11.

De plus, les aliments consommés acquièrent l’identité de celui qui les ingère. De ce fait, dans le Talmud, Pesa’him 59b, il n’est pas moral de manger des animaux sauf dans le cas où l’on poursuit un but saint et spirituel : « C’est alors seulement quel’homme réalise le maximum de son potentiel et ainsi, l’animal se trouve élevé, pourrait-on dire, au niveau de l’”humain” »12.

En ce qui concerne la chasse, le rabbin du 18siècle Yehezqel Landau explique dans son célèbre Noda Ben Yehudaque chasser pour le plaisir s’oppose à l’interdiction de faire souffrir un animal et à l’interdiction de détruire quoi que ce soit si ce n’est dans un but constructif. Elle rendrait, en outre, la viande impropre à la consommation surtout si l’animal est chassé avec un arc ou un fusil. Enfin, la chasse, nous dit le rabbin, pervertirait l’âme des hommes et de prendre comme exemple Esaü et Nemrod, deux grands chasseurs de la Bible, qui sont  passésde la chasse du gibier à celle des femmes pour finir par tuer des hommes. Aussi, n’est-il pas recommandé aux descendants d’Abraham, Isaac et Jacob de suivre de tels modèles. La pèche n’est autorisée que pour se nourrir et n’est en aucun cas licite pour le plaisir.

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Conclusion

Nous avons éclairci le passage de la Genèse 1 : 26-31, en montrant qu’une autre traduction existait et se présente plus proche des valeurs que le judaïsme véhicule en son sein. Aussi, l’homme n’est plus le maître omnipotent sur terre mais celui qui prend soin de la terre et l’administre avec respect. S’il suscite de la crainte aux autres créatures, c’est parce qu’il est entré dans la spirale de la chaîne alimentaire. A l’époque, il était tout aussi susceptible d’être mangé que de manger lui-même sa proie. Enfin, il semble que le carnivorisme soit considéré comme une punition vu qu’au commencement aucune créature ne se nourrissait de chair.

En fonction de nos sources relatives au bien-être animal issues de l’ensemble de la tradition judaïque, le concept de tsaârbaâlei ‘haïm en découle logiquement et nous pouvons affirmer que le judaïsme possède bien une éthique animale. Toute sa tradition en est imprégnée. En effet, cette éthique repose sur le fait que l’animal est perçu comme un être sensible doté d’une âme, de sentiments et d’intelligence. L’homme se trouve néanmoins dans une position supérieure à l’animal : à la fois interdit de cruauté à leur égard, certains rabbins pensent que l’homme peut s’en servir en cas de besoin.

Peut-être que cette éthique est encore trop faible pour certains. Il est vrai que le végétarisme annule en soi la mise à mort de l’animal et que d’autre mouvement tel que le véganisme supprime son exploitation. Toutefois, n’est-ce pas déjà un moindre mal que de respecter les animaux de leur vivant et d’adoucir leur mort ?

Actuellement,l’élevage et l’abattage industriels sont des plus inhumains et nombreux sont ceux qui arrêtent de manger de la viande après s’être informés sur les conditions de ces pauvres bêtes. Peut-on considérer que ce genre d’élevage est conforme au tsaârbaâlei ‘haïm?

En Belgique par exemple, pour abattre un animal, l’éleveur ou le boucher est obligé de passer par un abattoir conforme. C’est donc à la chaîne que les animaux sont tués l’un après l’autre dans un état de stress épouvantable. Même les animaux de la filière casherdoivent passer par ces abattoirs. Par conséquent, on peut également s’interroger sur la légitimité de l’appellation cacher. En effet, le cacher13s’inscrit dans une dimension éthique beaucoup plus large que le simple abattage rituel.

En tout cas, si tous les préceptes juifs concernant les animaux étaient respectés, n’en déplaise aux détracteurs de l’abattage sans étourdissement, la manière d’élever l’animal et de le mettre à mort serait beaucoup plus respectueuse de la vie animale quel’élevage et l’abattage industriel majoritaire en Occident.

Comme il est excessivement difficile de se sortir de cette industrie de la grande consommation, certains juifs se dirigent vers le végétarisme14. Et depuis longtemps déjà, de nombreux rabbins se positionnent en sa faveur, se référant notamment aux origines végétarienne de l’homme : Rabbi Abaraham Isaac Kook, RabbiSha’ar Yashuv Cohen, Chaim Zundel Maccoby…

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1 Traduction œcuménique de la Bible.

2 B. Kone, Évangélisation et promotion humaine, Bamako, Mémoire de Licence Canonique, 2009 : http://www.memoireonline.com/06/09/2158/m_Evangelisation-et-Promotion-Humaine26.html

3 C. Dewhurst, Protection animale et judaïsme : Compréhension des lois de la Torah concernées, et exemples d’applications de nos jours, Paris, Thèse pour le Doctorat Vétérinaire, Faculté de médecine, 2010, p. 9.

4 Rabbi Solomon Granzfried, Code of Jewish Law, New-York : Hebrew Publishing Co., 1961, Livre 4, chapitre 191, 84. Voir aussi Rabbi Samson Raphaël Hirsch, Horeb, chapitre 60, section 416.

5 Maïmonide, Guide des Égares, trad. de l’arabe par Salomon Munk (1856-1866), nouvelle édition revue et mis à jour sous la dir. de René Lévy, avec la coll. de Maroun Aouad, Lagrasse, éd. Verdier, 2012, 3, 4.

6 Exode Raba 48 : 19‐20

7 Pour plus de détails, voir C. Dewhurst, ibidem, p.21.

8 Exode 20 : 8-10 ; Deutéronome 5 : 12-14.

9 Guémara Bérah’ott, 40a.

10 Pour plus de détails : Olivier Assouly, Les nourritures divines. Essai sur les interdits alimentaires, Actes Sud, 2002.

11 Pour plus de détails, voir C. Dewhurst, Protection animale et judaïsme … op.cit., pp. 114-118

12 La rabbinite Feige Twerski et le Rabbin Shraga Simmons, Judaïsme et végétarisme, trad. Claude Krasetzki : http://www.lamed.fr/index.php?id=1&art=934.

13 Religieusement acceptable pour l’usage approprié.

14 Richard Schwartz, The Schwartz Collection on Judaism, Vegetarianism, and Animal Rights, Jewish Vegetarians in North America :http://www.jewishveg.com/schwartz/index.html

Voir aussi : https://www.jewishvirtuallibrary.org/jsource/Judaism/rabbinicveg.html ;http://www.lamed.fr/index.php?id=1&art=934 ; http://www.jewishveg.com/francais/ja.html

 

CARRERA EN CAMPO: La chasse avec les Lévriers et ses dévires

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Le Galgo est un des chiens de chasse les plus populaires en Espagne. Il est utilisé pour une chasse au lièvre très particulière puisqu’elle se pratique sans fusil, appelée « Carrera en campo » et interdite dans la plupart des pays européens.

Au départ, il s’agissait d’une chasse à proprement parler, c’est à dire que le but était le prélèvement de gibier. Mais peu à peu, l’intérêt de cette discipline est plutôt devenu le spectacle de cette course en lui-même. L’origine de cette discipline remonte à des temps très anciens, sûrement à l’Antiquité mais s’est démocratisée à partir des années 80 en Espagne. Très populaire, la carrera en campo déclenche l’engouement et la ferveur du public espagnol pour ce loisir.

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Cette sorte de chasse ou course se divise en deux catégories : en compétition officielle ou en amateur.

Elle se pratique sur des « cotos » :vastes plaines à la végétation basse, comme on en trouve en grand nombre en Espagne (elle peut également avoir lieu en cynodrome).
3 En compétition officielle, les galgueros (chasseurs avec Galgos) sont fédérés en clubs et des championnats sont organisés. Les plus prestigieux sont même retransmis à la télévision sur des chaînes locales.

Les règles sont très strictes.

Sur le terrain, le« traillero » tient deux Galgos grâce à une sorte de double laisse dont le mécanisme permet de lâcher simultanément les deux lévriers.

Les nombreux juges, en général à cheval, s’alignent en rang derrière le traillero pour former la « mano » et avancent méthodiquement pour débusquer et lever le lièvre.

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Les deux Galgos sont alors lâchés et doivent courser le gibier en respectant un certain nombre de règles. Certaines sont pénalisantes voire disqualifiantes si elles ne sont pas respectées. Par exemple : le Galgo doit suivre la trajectoire du lièvre. S’il prend un raccourci pour arriver directement sur le gibier, on dit que le Galgo chasse « salement ».

La manche dure de quelques secondes (minimum 55 pour être validée) à quelques minutes et finit lorsque le lièvre est attrapé ou s’il réussit à s’enfuir.

Le juge principal, pour rendre son verdict, prend en compte un grand nombre de critères comme le démarrage du Galgo, la trajectoire empruntée, s’il a attrapé la proie, etc. Le vainqueur est alors sélectionné pour la manche suivante, et ainsi de suite.

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Il existe d’ailleurs également le même genre de course pour les Podencos, même en compétition officielle. Elle se déroule sur des terrains plus accidentés, plus adaptés à ces lévriers primitifs, avec des règles différentes.

Mais la majorité des galgueros sont des amateurs et ces parties de chasse ont souvent lieu dans des régions rurales reculées d’Espagne, où le temps semble s’être arrêté. Ici, les animaux sont mal considérés et les lévriers ne sont souvent que des outils.

De plus, ces chasseurs ont introduit la notion de pari : le propriétaire du Galgo vainqueur rafle la mise et une véritable économie parallèle se crée avec les dévires que provoque un tel enjeu.

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Pour les Galgos, ces courses sont très physiques, ils sont donc entraînés comme des athlètes. Une des méthodes pratiquées pour ces entraînements est d’attacher les lévriers derrière des quads et rouler sur plusieurs kilomètres, ce qui est très éprouvant physiquement. Il n’est pas rare de retrouver des Galgos morts, traînés sur la route. Les plus faibles ne seront de toutes façons pas assez performants à la chasse.

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9Pour ces athlètes, la fin de carrière arrive donc très tôt, souvent vers l’âge de trois ans. Ils sont alors donnés, abandonnés dans la nature (pour se retrouver écrasés par des voitures ou en perrera, fourrière espagnole où les chiens sont euthanasiés au bout d’un délai de 14 jours) ou tout simplement tués. Le mois de février est particulièrement redouté : il sonne la fin de la saison de chasse et des milliers de lévriers, trop vieux, blessés ou pas assez performants deviennent inutiles pour leur galguero.

10Une coutume particulièrement barbare et pratiquée dans les régions les plus dures d’Espagne veut que l’honneur bafoué du galguero doit être lavé avec le sang et la souffrance du Galgo perdant. Ainsi les lévriers sont jetés au fond des puis, brûlés à l’acide, mutilés, pendus. La méthode de pendaison dite « du pianiste » impose que les pattes arrières du lévrier touchent le sol pour que son agonie soit plus longue.

Ces actes de cruauté sont punis par la loi espagnole mais malheureusement l’impunité règne et rares sont les bourreaux condamnés. Certaines fédérations de galgueros, conscientes de la mauvaise image véhiculée par cette barbarie, tentent de sensibiliser les chasseurs par des campagnes de publicité.

11Campagne de sensibilisation de la FAG
12 La grande peur du galguero est qu’on lui dérobe ses lévriers. En effet, les vols sont très nombreux et une sorte de mafia s’organise pour subtiliser ces Galgos soit pour les utiliser, soit pour les revendre, vu qu’un bon Galgo peut rapporter beaucoup d’argent. Ceux qui ne font pas l’affaire sont généralement tués.

Pour éviter ces vols, les galgueros font vivre leurs lévriers dans des sous-sols ou des baraquements aux allures de bunkers. Les Galgos naissent, grandissent et vivent dans des conditions épouvantables et ne sortent que pour les entraînements et les parties de chasse.

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Un autre aspect du problème des Galgos et Podencos vient du fait que les espagnols ont une mauvaise image de ces lévriers. Là-bas, ce sont les chiens des chasseurs, des gitans et bien que depuis quelques années les espagnols commencent à les adopter, ils ne sont pas considérés comme des chiens de salon, pour vivre en famille, dans une maison.

Les lévriers qui se retrouvent donc en refuges ou perreras ont peu de chance d’être bien adoptés dans leur pays et doivent compter sur les associations étrangères pour les sortir du réseau de la chasse et de la maltraitance.

Outre l’interdiction de ce type de chasse que l’on peut bien évidemment souhaiter mais qui est loin d’aboutir pour le moment, on peut espérer la mise en place de certaines mesures pour lutter contre ce cercle vicieux :

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  • Contrôler l’élevage et limiter les naissances. Parce qu’un bon Galgo vaut son pesant d’or, les gualgueros font naître un nombre incroyable de lévriers afin de sélectionner les meilleurs. Il s’agit bien sur d’élevages sauvages en aucun cas réglementés.
  • Faire appliquer les lois existantes contre les actes de cruauté et punir sévèrement les coupables. Il est donc important de médiatiser les nombreux faits divers impliquant des galgueros ou trafiquants de lévriers.
  • Et bien sûr, sensibiliser les espagnols à cette maltraitance, notamment les plus jeunes. De nombreuses associations ibériques font d’ailleurs un travail remarquable et de longue haleine pour changer les mentalités.
Perrine / Action Invisible

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Qui sont les Podencos ?

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ORIGINES

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Le Podenco est un lévrier du type africain classé dans le groupe 5 des races canines : chiens de type Primitif, injustement déclassé de la catégorie 10 des lévriers dans la cynophilie française.

Descendant direct du Tesem, canidé sauvage vivant au néolithique dans la savane nord africaine, le Podenco est une des races, si ce n’est la race canine la plus ancienne au monde. Il est représenté sur des tombes de pharaons et des pièces de musée datant de 3400 ans avant JC, mais certaines peintures tribales feraient remonter son origine à 6000 ans avant JC.

Ce lévrier africain fut importé parles Phéniciens dans les Îles Baléares pour donner naissance auPodenco Ibicenco puis à d’autres races : le Podenco Canario, le Podenco Andalou, le Podenco Portugais…

De part son origine ancienne et sa nature rustique et primitive, le Podenco est une véritable passerelle vers la nature sauvage.

 

CARACTERE

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Comme la plupart des lévriers, le Podenco est un grand chat dans un corps de chien : libre et indépendant, il a la particularité d’être actif et très vivant à l’extérieur, calme et posé à l’intérieur.

A la maison, le Podenco apprécie le confort de son coussin et est friand de longues siestes.

Au jardin ou en promenade, il a besoin d’exprimer ses instincts et son énergie.

Mentalement vif et éveillé, il doit être diverti, stimulé. Le Podenco est très intelligent, il aime réfléchir et observer ses maîtres et son environnement. Les propriétaires de Podencos apprécient son caractère doux et sensible. Il est très fidèle et affectueux vis à vis de son« humain » et particulièrement tendre avec les enfants.Il est cependant méfiant et réservé envers les étrangers.

 

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Mais il serait une erreur d’oublier que le Podenco est un chasseur redoutable. Rapide et persévérant, on l’utilise en espagne pour la chasse au petit et grand gibier, seul ou en meute, de jour comme de nuit. Déterminé, il peut passer plusieurs heures à attendre patiemment sa proie. Cet instinct inné en fait parfois un animal fugueur, d’autant plus qu’il n’a pas beaucoup de rappel. Bien souvent, il revient vers son maître quand il a fini d’apprécier sa liberté ou quand il a enfin son trophée de chasse qu’il ramène volontiers au pied de son maître comme ferait le chat.

Doté d’une extraordinaire agilité, il est capable de sauter très haut. Le Podenco ne peut donc être lâché que dans des endroits parfaitement clôturés (au moins 1m50). Il est aussi doté d’un odorat et d’une vue aiguisée.

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Avec ses congénères, comme d’ailleurs avec ses maîtres, il demeure peu bagarreur et préfère s’éloigner plutôt que d’entrer dans un conflit.

 

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Podencos portugais

Le Podenco communique beaucoup (sans être particulièrement aboyeur) et a conservé un langage sonore et corporel primitif assez particulier. En effet, il est fréquent quele Podenco parle, grogne, mais ce qui peut être perçu comme un signe agressif n’est en fait qu’un appel au jeu ou l’expression de son contentement ! De même lors de séances de jeu intense, son côté « brut de décoffrage » manque souvent de délicatesse.

Une autre qualité du Podenco :tel le Tesem, grand gardien du temple du pharaon, il est très protecteur envers ses maîtres et sa maison.

 

EDUCATION

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Podencos andalous

Comme la plupart des lévriers, le Podenco s’éduque mais ne se dresse pas : il n’entend rien aux ordres trop stricts, et les « assis-couché-donne la patte » n’ont aucun intérêt pour lui. Un peu comme un chat, il fait ce qu’il lui plaît quand cela lui plaît. Pour autant, son maître ne doit pas lui laisser faire tout ce qu’il désire ! Son éducation est simple : il suffit de poser dès son arrivée les règles de la maison et de ne jamais céder.

Le Podenco peut se révéler très têtu, voire même comédien. Il rusera ou jouera de son charme pour arriver à ses fins. A l’adoptant donc de ne pas céder.

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Podenco maneto

Le Podenco est un lévrier facile à vivre, même pour des maîtres débutants à partir du moment où ils développent avec lui un rapport de complicité plutôt que de domination. Tout rapport de force physique est à bannir car le Podenco n’entend rien à la violence et se braquera ou fuira si l’on ne respecte pas sa nature sensible. Dans le cas contraire, s’il est confiant et respecté, le Podenco suivra et aimera son maître aveuglément et lui offrira une complicité et une fidélité sans limite.

Le Podenco doit être davantage considéré comme un « pote » que comme un chien docile, soumis et obéissant.

 

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Podenco ibicenco à poils durs

 

LE CHIOT PODENCO

Malgré sa nature facile à l’âge adulte, le chiot Podenco est un bébé particulièrement dynamique et têtu. La bonne attitude à adopter est « une main de fer dans un gant de velours » mais il demandera beaucoup de patience et des nerfs solides : il est difficile de canaliser son énergie débordante et ce petit pirate peut se révéler très joueur version destructeur.

Le Podenco quitte l’adolescence pourl’âge adulte entre 3 et 5 ans.

 

LES DIFFERENTS PODENCOS

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Podenco canario

Il existe de nombreuses races de Podencos, de tailles différentes, et de poils différents (poils ras, poils durs…) :

  • Le Podenco Ibicenco que l’on vous a décrit ci-dessus,
  • Le Podenco Canario est beaucoup plus vif et nerveux que son cousin, il convient aux maîtres dynamiques, c’est un Podenco très courageux.
  • Le Podenco Portugais (il en existe 3 tailles différentes) est très rustique et peu exigeant, indépendant et plus réservé, très timide avec les étrangers, il s’attache très fort à son maître,
  • Le Podenco Andalou (il en existe également plusieurs tailles), plus compact physiquement, il est très vivant et toujours vigilant.
  • Le Podenco Maneto est court sur patte. C’est le plus petit des Podencos. Il entre aisément dans les terriers de lapins pour les débusquer pour qu’ensuite les autres Podencos les prennent en chasse.
  • Le Podenco Orito est de couleur chocolat et feu. Sa robe est de plus en plus rare.
  • Le Podenco Campanero a une prédominance blanche avec des poils longs et durs.
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Podenco campanero

Il convient de rappeler que ce qui est décrit ci-dessus sont des généralités au sujet d’une race composée d’un nombre infini d’INDIVIDUS qui ont leur caractère et leur personnalité propres. Chaque Podenco, chaque lévrier est UNIQUE.

Il est important également de prendreen compte leur passé difficile, les Podencos que nous diffusons etfaisons adopter ont tous connu la maltraitance à des niveaux divers.

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Podenco orito

Pourquoi Action Invisible ?

Action Invisible est né d’un constat observé lors de mes différents voyages dans les refuges espagnols : grâce à l’efficace travail des associations européennes ainsi qu’aux médias, les Galgos sont de plus en plus rapidement adoptés à l’étranger. A condition bien sûr qu’ils soient de la bonne couleur, qu’ils aient l’âge idéal, que leur santé soit bonne et qu’ils soient de « pure race » …

Mais à leurs côtés, dans ces refuges surpeuplés, les Podencos croupissent par dizaines, par centaines, attendant leur tour. Méconnus des adoptants, boudés par les médias, ces Lévriers primitifs restent bien souvent de longues années au refuge avant de décrocher leur ticket pour la liberté. Le calvaire qu’ils subissent dans leur pays est pourtant tout aussi atroce que celui de leurs cousins Galgos ; et malgré l’injuste mauvaise réputation dont ils sont victimes en France et ailleurs, les Podencos se révèlent des compagnons extraordinaires une fois adoptés.

Les Mâtins espagnols, présents également en grand nombre dans les refuges, sont encore très peu mis en valeur et sont généralement condamnés à perpétuité dans leur geôle.

Action Invisible a été créé pour mettre en lumière ces innombrables Podencos, ces Mâtins géants au cœur tendre, ces Galgos noirs, vieux, handicapés, « leishmaniens » ou croisés, tous ces laissés pour compte boudés par le Bonheur et trahis par la Chance, afin qu’ils puissent eux aussi connaître le privilège mérité de vivre en famille.

Action Invisible n’est pas une association mais un réseau destiné à créer un lien entre refuges espagnols, associations francophones et familles adoptantes.

Contact: perrinemallet46@gmail.com