La caza furtiva con galgos es muy triste // Le braconnage avec les galgos est très triste

Publié sur VICE.es en février 2014 // Article original: http://www.vice.com/es/read/la-caza-furtiva-con-galgos-es-muy-triste

José (ce n’est pas son vrai nom), un gitan de 30 ans, père de six enfants et très sympathique si on ne le dérange pas, m’a invité à l’accompagner à la chasse avec ses galgos, ceux dont il se vantait en les promenant avec une corde autour du cou le jour où je lui ai parlé de mon penchant pour les chiens. Mon grand-père disait  » si un gitan ne te la donne pas à l’entrée il te la donne à la sortie ». Moi, avec un point de vue un peu plus ouvert et rationnel, j’ai décidé de le vérifier.
VICE : José j’accepte ton invitation, allons à la chasse.
José : Viens ! Cet après-midi même, mais nous allons dans ta voiture.
Et ta fourgonnette ? (je lui demandai, me souvenant de mon grand-père).
La fourgonnette est, mais comme si elle n’y était pas. Parce que je n’ai pas de papiers, pas d’assurance et pas d’immatriculation.
OK mais j’ai seulement une Focus.
Nickel, nous y rentrons parfaitement. Toi, moi et les deux chiennes à l’arrière.
Quand je suis allé le chercher à son domicile, José m’attendait déjà. A côté, deux de ses galgos et Jésus, un cousin. Ils me convainquirent d’aller chercher une autre galga. Enfin, après que l’une des chiennes déféqua au milieu de la rue et qu’ils laissèrent les déjections là, je commençais à parler avec José.
 

 
Que fais-tu dans la vie José?
Comme je n’ai pas fait d’études, je fais ce que je peux. Je travaillais comme gardien dans les chantiers, afin d’éviter le vol de câbles. Mais maintenant je suis seul avec la vente ambulante : oignons, ail, citrons et ce que l’on me demande, quelques parfums par exemple.
Et ça te suffit pour nourrir six enfants ?
Disons ça suffit pour survivre de temps en temps.
Avec les galgos tu te fais un revenu supplémentaire?
Lorsqu’il y a des ventes oui. Parfois, j’en vends un ou j’accepte une affaire, ou un échange. On fait ce que l’on peut, mais entre nous, j’en retire peu ou rien comme argent. C’est purement un vice.
José était heureux de l’attention que je lui portais, tout en ne montrant aucune sensibilité ou préoccupation pour des choses aussi fondamentales comme avoir un vétérinaire, « placer » un chien auprès de quelqu’un sans se soucier de l’endroit, chasser des femelles lièvres pleines ou des jeunes, perdre un galgo durant la chasse si il n’est pas « bon » ou pouvoir leur donner le minimum d’attention nécessaires (promenades, activités, bonne nourriture …).
 
Qui a-t’il de vrai dans les grands chiffres autour des galgos ?
Bien sûr, qu’il y a de l’argent. Il y a des paris sur le cynodrome, là courent des lévriers anglais sur différentes distances. En plein champ, il y a les aussi des championnats qui ramènent aussi beaucoup d’argent, parce que de nombreux accros. Et puis, il y a des paris entre accros, qui se passent entre eux. Il ya aussi de bonnes ventes de chiens. Si quelqu’un tombe amoureux le prix à payer peu vite monter. Je sais qu’une chienne ici à Entrevías s’est vendue 60.000 euros.
C’est de la folie.
Voyons, ceci est un vice. Tu comprends ? Comme le sport ou la drogue, mais depuis bébé. Mon passe-temps vient du berceau, quand j’avais trois ans, j’allais déjà à la chasse dans les champs. J’ai toujours eu des galgos, maintenant j’en ai six et une autre qu’on doit me ramener. Je ne peux pas te dire combien en tout j’en ai eu.
Et comment les entretiens-tu ?
Pour le déjeuner, je donne des croquettes (je crois) et des carcasses (des squelettes de poulet). S’ils sont avec moi depuis plus d’un an, un ami leur fait les vaccins. Il s’y connait, parce que je n’ai pas de vétérinaire. Je les traite bien, pas comme tous ces pédés qui les tuent, qui les abandonnent, on devrait leur arracher les « œufs ». Je les ai avec leurs papiers et tout.Comme Dieu le veut. Il y a beaucoup de fils de p… par ici en liberté.
Tout était très triste, vraiment. Nous sommes arrivés dans une décharge vers Parla collée à la route. Il avait plu et nous avons marché entre les semis, les étangs, les terres en jachère et les chemins en rond environ six kilomètres. Quand José l’ordonnait, nous restions accroupis sans bouger, avec le froid qui nous donnait dans le dos, pour que le garde ne nous voit pas depuis sa camionnette. Nous avons trouvé des empreintes fraîches d’autres chiens de chasse qui avaient été là avant. Malchance. Seulement quatre lièvres sont sortis, deux ont été chassés mais dans aucune des courses ils n’ont été attrapés. Nous avons continué à parler pendant un certain temps.
 

 
Je suppose que tu sais ce qu’est un pendeur.
Bien sûr, mais cela se faisait avant. Ils essayaient même de deviner le nombre de lièvres qu’un chien devait chasser, s’il en courrait quatre il devait en prendre deux ou s’il y avait cinq il devait en prendre trois, et s’il en prenait moins on le pendait. Ils faisaient aussi courir deux chiennes et ils pendaient celle qui perdait, et si aucune n’attrapait le lièvre ils pendaient la plus rapide en hauteur et l’autre plus bas, avec les pattes touchant le sol quelque fois. Maintenant ceci ne se voit plus, si on te prend à le faire, tu vas en prison. C’est comme tuer une personne.
Et pour braconner non, n’est-ce pas ? Je ne veux pas finir en prison aujourd’hui.
Ouais, il y a de tout. Moi, je me suis déjà fait prendre par l’ICONA (INstitut pour la COnservation  de la NAture), les gardes, la Gardia Civil, les propriétaires des terrains. Si le garde te voit, soit il appelle la police, soit il te jette dehors, normalement, il te dit que tu ne peux pas être ici et il t’inscrit sur sa liste. Si tu es pris par la Guardia Civil, elle te dresse unecontravention et si tu n’as pas les papiers en règle des chiens avec la puce électronique elle te les prend. C’est pour ça que si ce sont des bons chiens, ils ont toujours la puce électronique.
Je comprends, les chiens dont vous ne voulez pas, ils vous les prennent. Mais qu’en est-il des contraventions ?
Rien, nous ne payons pas, elles s’accumulent et restent en attente.
Où et quand chassez-vous ?
Et bien quand mes cousins m’appellent. Je suis toujours prêt. Presque chaque semaine. Nous allons dans les endroits les plus chauds: Madrid, Valladolid, Séville, Tolède, Estrémadure. C’est l’avantage du braconnier, que tu sois gitan ou non. Pour celui qui aime le braconnage, tous les champs sont les siens. Et pendant toute l’année, pas de saisons, pas de saison de reproduction ou de quoi que ce soit.
La vérité est que, indépendamment de ce que nous faisions, nous avons passé une bonne après-midi. José m’a parlé de sa vie quotidienne et de son fils, fier de lui car il avait été expulsé de l’école « une semaine ou deux » pour coller une raclée à un gosse beaucoup plus grand (sur les conseils du père).J’ai scellé mon amitié avec lui pour le remercier de son temps, qui m’a aidé à comprendre les raisons de son addiction et de son comportement. Il semble clair que la loi ne fonctionne pas et la racine du problème à propos de toutes les souffrances des chiens que dénoncent des organisations de défense des animaux est le manque d’éducation et la culture de certains aficionados. La seule solution possible dépend du gouvernement, de l’alphabétisation, l’intégration, l’information et la sensibilisation. C’est pourquoi, malgré les efforts héroïques de bénévoles, d’associations et de protection, ce problème persiste année après année.

// Merci à Caty pour la traduction //

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