Interview de Irene BLANQUEZ, réalisatrice du documentaire « Février et le Galgo espagnol » – VICE, 9 février 2015

Comme nous l’avons déjà raconté à d’autres occasions, pour les galgos février est le pire des mois. À la fin de la saison de chasse, des milliers sont abandonnés à leur sort dans les champs quand ils ne sont pas directement sacrifiés ou abattus de manières les plus cruelles.
Heureusement, il existe aujourd’hui diverses associations dans toute l’Espagne pour essayer de faire tout leur possible pour que chaque année, cette pratique sauvage et rétrograde pour se débarrasser des chiens quand ils ne servent plus à aller à la chasse, se réduise progressivement et d’autre part, dans le cas les animaux ont été abandonnés, essayé de les sauver d’une mort presque certaine et ensuite mettre en adoption le plus grand nombre d’entre eux.
Février, la peur des galgos est un documentaire indépendant qui raconte la terrible situation que vivent des dizaines de milliers de lévriers chaque année en Espagne. Il est le résultat de deux années de travail, de tournage et d’édition en solitaire de la réalisatrice Irene Blanquez. Depuis quelques jours, ce documentaire peut être librement vu en ligne (vous pouvez le voir en fin d’article). Pour commenter le lancement, nous avons parlé avec Irène, sa directrice, pour qu’elle nous en dise un peu plus à ce sujet.
VICE: Que peut-on voir dans ton documentaire?
 
Irene Blanquez: D’un coté, une pratique inconnue par beaucoup, la chasse au lièvre en utilisant des galgos, et de l’autre les conséquences directes de cette pratique.
Le fil conducteur de « Février» est l’histoire de Mila. Elle est le personnage principal, le cas typique du galgo abandonné et abimé à la fin de la saison de chasse en février.
En plus d’expliquer comment le collectif des galgueros entraîne ses galgos, attachés aux véhicules à moteur et la façon dont ils sont élevés sans discernement, le documentaire met en évidence comment la chasse à l’aide des chiens est littéralement insoutenable (des milliers de galgos sont abandonnés indifféremment chaque année parce qu’ils ne sont plus  » utiles « pour le collectif des galgueros).
Ce document ne prétend pas être sensationnel, il n’y a pas d’images explicites, il est adapté pour les enfants de plus de 8 ans, et il me plait à penser que c’est un documentaire qui rend sa dignité au galgo et rompt avec les préjugés … Je suis de celle qui croit qu’en montrant la beauté, on obtient plus qu’en montrant la cruauté.
Où l’as-tu filmé ?
 
La maltraitance et l’abandon du galgo se produit dans de nombreux points géographiques espagnols, les zones rurales avec de grandes et arides superficies sont idéales pour la chasse. Dans mon cas, j’ai filmé dans des villes intérieures de l’Andalousie; à Cadix et Séville. Et je l’ai fait là-bas pour une question de logistique. Ceci est un projet autofinancé et là-bas, des bénévoles et des membres de SOS Galgos, ONG  aussi très présente dans ce film, m’ont ouvert les portes de leurs maisons, de leurs voitures et de leur quotidien. J’ai aussi filmé à Esplugues de Llobregat (Barcelone), où est basé SOS Galgos, en France et à Boston (USA).
Était-ce compliqué de filmer ?
Pendant une année entière, j’ai tourné 30 séances espacées les unes des autres. Étant un projet totalement indépendant et non rémunéré, je l’ai combiné avec d’autres emplois et je le faisais quand je le pouvais, week-ends, ponts, vacances … J’ai eu beaucoup de soutien de la part de SOS Galgos, ma famille et mes amis. Je partais avec un monotripode, un Sony EX1 et micro cravate, l’équipement le plus basique imaginable. Le point positif est que dans le genre documentaire, cela peut être avantageux … C’est différent de voir une femme seul tourner d’une équipe de cinq professionnels. Tu accèdes beaucoup facilement aux gens et tu as plus de capacité, réactivité et improvisation à la clé.
Comment a évolué la situation des galgos dans les zones qui apparaissent dans le documentaire ?
 
Selon ce que j’ai entendu, il y a plus de maltraitance et d’abandon que jamais. Et maintenant, en février, c’est la pire période de toutes. Le documentaire est sortie en avant-première dans les cinémas commerciaux à Barcelone et Madrid à la fin de 2013 (Cinemes Gérone et Cineteca) mais il a été organisé plus de 70 projections à travers le pays pendant les deux mois de la tournée officielle. Toutes les associations de protection et de sauvetage, beaucoup d’entre elles spécialisées dans le galgo et le podenco, nous ont demandé le film. Nous le leur avons cédé gratuitement et elles ont organisé de projections et utilisaient le documentaire comme outil de sensibilisation dans leurs salles de classe, dans leurs centres civiques, dans leurs auditoriums … Le succès médiatique de ce documentaire est dû à tous ceux qui luttent tous les jours pour aider.
La maltraitance des galgos est de plus en plus connue et les médias ont beaucoup diffusé sur ce problème. Penses-tu que cela a fait changer l’attitude des gens en général face à ce problème ? En général, penses-tu que cela soit quelque chose de connu et rejeté ?
 
Je pense que pour ceux qui travaillent dans l’industrie de l’image et de la communication, le problème peut être bien connu. Il est vrai que pendant les deux dernières années, de nombreux professionnels radio et de télévision (présentateurs, acteurs …) se sont tournés vers la cause de galgos en donnant de la visibilité à ce problème. Pour moi, les véritables ambassadeurs ce sont les galgos que nous voyons dans les villes. Ils marchent la tête haute, ils sont l’indicateur comme quoi quelque chose est en train de changer, d’une part de plus en plus de gens connaissent leur situation injuste chien de chasse qui finit par être abandonné, et d’autre part, les personnes qui ont accueilli ou adopté un galgo savent que le galgo n’est pas peureux par nature. Il ya un fond très dur, les chiens que nous voyons en ville, sont la première génération de galgos « heureux », « aimés ». Les premiers qui commencent à donner leur confiance à l’homme.
Et l’attitude des institutions?
 
Les questions des droits des animaux ne sont pas les affaires d’État, mais devraient l’être. L’Espagne est un pays de chasse. C’est un passe-temps dans les différentes couches sociales. Le gouvernement devrait faire quelque chose, au moins pour contrôler l’élevage et les abandons massifs de galgos. Devant cette absence, des centaines d’associations et d’ONG font le travail à sa place. L’an dernier, le documentaire a été montré devant le Congrès des députés, il était question d’un forum parlementaire pour discuter des solutions possibles face à ce problème. La grande majorité des ONG a opté pour l’abolition de la chasse.
Que crois-tu être la solution à ce problème ?
 
Aujourd’hui, mon opinion personnelle est l’abolition de la chasse au lièvre, même si dans le documentaire je ne me prononce pas et je montre des opinions différentes à ce sujet. Chacun choisit librement ce qu’il pense, après avoir vu le documentaire. Je n’aime pas le comportementalisme, les données sont là.
Quels sont tes  projets? Vas-tu  continuer à faire des documentaires sur ces thèmes ? Es-tu en train d’en préparer ?
 
En ce moment, nous sommes en train de façonner et filmer le premier spot de Waggingtale Films, la société de production que nous avons créé dans le sillage de « Février » et dans ce spot nous  expliquons ce que nous offrons comme production (sites Web, taches …). Nous avons des propositions en cours  pour tourner des spots pour des entreprises avec des valeurs non seulement animales mais aussi écologique, et sur la défense de l’environnement. En quelques mois, nous allons commencer le tournage du teaser pour notre second documentaire, également sur la défense des animaux. Mais cette fois, même si nous avons appris beaucoup de «Février» et la façon de gérer un projet sans ressources financières, nous utiliserons des sponsors et de la finance participative.
Merci beaucoup, Irene.
Nous vous laissons avec le documentaire.
 par Juanijo VILLALBA
Lien vers le film documentaire: https://vimeo.com/125037931
Un grand merci à Caty pour la traduction.

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